Un amendement veut enfin supprimer la TVA à 20 % qui frappe les propriétaires équipés d’une batterie solaire

Aujourd'hui, ajouter une batterie à des panneaux solaires fait grimper toute la facture à 20 % de TVA au lieu de 5,5 %. Un amendement au budget 2027 veut corriger cette anomalie, qui peut coûter près de 2 500 euros à un ménage. Adopté en commission des finances, il doit encore passer l'hémicycle, où le vote solennel est prévu le 20 octobre, puis le Sénat.

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Pour un propriétaire qui hésite entre panneaux seuls et panneaux avec stockage, la TVA n’est pas un détail : c’est souvent elle qui fait pencher la décision. Tant que la loi ne change pas, une installation photovoltaïque vendue avec une batterie dans une même opération est taxée à 20 % sur l’ensemble, panneaux compris. L’amendement I-CF1387, soutenu par la Fédération nationale de l’énergie solaire (FNES), propose d’étendre le taux réduit à la batterie et au pilotage. Il a franchi une première étape, mais son parcours est plus fragile qu’il n’y paraît.

Pourquoi la batterie fait basculer toute l’installation à 20 %

Depuis le 1er octobre 2025, une installation solaire résidentielle jusqu’à 9 kWc peut bénéficier d’une TVA à 5,5 %, à deux conditions cumulatives : des panneaux respectant des critères environnementaux stricts (bilan carbone, teneur en argent, plomb et cadmium) et la présence d’un système gestionnaire d’énergie capable de piloter automatiquement au moins deux usages en fonction de la production réelle. Nous détaillons l’ensemble de ces règles dans notre guide sur la TVA réduite pour les panneaux solaires.

La batterie, elle, reste exclue. L’administration fiscale considère qu’elle a une valeur économique propre et une fonction de stockage autonome : elle ne peut donc pas être qualifiée d’accessoire du panneau. Résultat, lorsque panneaux et batterie forment une seule opération économique, c’est tout le projet qui repasse au taux normal.

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Le paradoxe est total : le dispositif impose un pilotage intelligent pour favoriser l’autoconsommation, tout en pénalisant l’équipement qui permet justement de consommer sa production le soir, au moment où la revente du surplus rapporte de moins en moins.

Ce que l’amendement changerait sur votre devis

Selon la FNES, le texte prévoit d’appliquer le 5,5 % aux batteries associées à une installation de 9 kWc maximum, aux équipements de pilotage du logement, et à chaque équipement même facturé dans une seule opération. Pour mesurer l’enjeu, nous avons simulé un cas type.

Configuration (cas type ECOinfos)Montant HTTVAPrix TTC
Panneaux 6 kWc + gestionnaire d’énergie, seuls11 000 €5,5 % : 605 €11 605 €
Panneaux + batterie 10 kWh, règle actuelle17 000 €20 % : 3 400 €20 400 €
Panneaux + batterie, si l’amendement est adopté17 000 €5,5 % : 935 €17 935 €

Sur ce projet, l’économie atteindrait 2 465 euros. Le détail est parlant : 1 595 euros de ce surcoût portent sur les seuls panneaux, qui perdent leur taux réduit dès que la batterie entre dans le devis. Autrement dit, plus de la moitié de la pénalité ne vient pas de la batterie elle-même, mais de la contamination de toute l’installation. Les montants HT retenus sont des ordres de grandeur indicatifs, qui varient selon le matériel et la toiture.

Une première étape, mais un texte reparti de zéro

La commission des finances a rejeté le 9 octobre l’ensemble de la partie « recettes » du budget 2027, par 31 voix contre, 3 pour et 2 abstentions. Or pour un projet de loi de finances, la séance publique repart toujours du texte du gouvernement, comme le prévoit l’article 42 de la Constitution. Tous les amendements adoptés en commission doivent donc être redéposés et revotés dans l’hémicycle, où les débats se sont ouverts ce 13 octobre.

La FNES ne le conteste pas : c’est précisément pourquoi elle parle d’une première étape. L’adoption en commission vaut signal politique, pas acquis juridique. Il reste deux votes décisifs, celui de l’Assemblée en séance, avec un vote solennel sur la première partie prévu le 20 octobre, puis celui du Sénat.

Des atouts réels, des risques aussi

L’amendement reprend, selon elle, la recommandation n°11 du rapport Lévy-Tuot remis au Premier ministre en avril 2026, ce qui rend difficile pour l’exécutif de l’ignorer. Il est signé par des députés du socle gouvernemental, dont Jean-Luc Fugit, Stéphane Buchou et Olga Givernet. Enfin, en cas de recours au 49.3, le gouvernement choisit les amendements qu’il conserve, et les mesures consensuelles et peu coûteuses ont souvent été retenues ces dernières années.

Le principal danger tient au calendrier. Si le Parlement ne se prononce pas dans les délais constitutionnels, le budget peut être mis en œuvre par ordonnances, sur la base du texte gouvernemental. Dans ce scénario, la mesure pourrait disparaître purement et simplement. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a indiqué au 20 Minutes qu’il préférerait éviter cette voie. Une autre question reste ouverte : le cadre européen de la TVA cite les panneaux solaires parmi les équipements éligibles aux taux réduits, mais pas explicitement les batteries.

La FNES prépare d’ailleurs une seconde voie : une TVA intermédiaire de 10 à 12 % sur l’ensemble des installations résidentielles jusqu’à 9 kWc, batterie comprise.

Faut-il attendre avant de signer ?

D’ici l’adoption définitive, rien ne change : panneaux et batterie dans une même opération restent taxés à 20 %. Un devis qui appliquerait dès aujourd’hui 5,5 % à une batterie n’est pas conforme et exposerait l’installateur à un redressement, avec un risque de litige pour le client. Méfiez-vous des commerciaux qui présenteraient la mesure comme déjà votée.

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Si votre projet ne comprend pas de stockage, rien ne justifie d’attendre. S’il en comprend un, deux options se présentent : patienter jusqu’au vote final du budget, attendu en fin d’année, en vérifiant la date d’entrée en vigueur retenue, ou installer d’abord les panneaux et envisager la batterie comme un projet réellement distinct plus tard. Aucun délai minimal n’est fixé par l’administration, mais un découpage artificiel reste requalifiable.


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