Hydroélectricité : pourquoi la filière peut enfin repartir, alors que le contentieux avec l’Europe est officiellement clos ?

Il aura fallu plus de dix ans pour en arriver là. La Commission européenne vient de refermer deux procédures qui paralysaient les investissements dans les barrages français depuis le milieu des années 2010. Une décision qui change réellement la donne pour la première source d'électricité renouvelable du pays, devant l'éolien et le solaire.

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Un contentieux vieux de plus de dix ans enfin soldé

Tout remonte à deux procédures lancées par Bruxelles contre la France. La première, ouverte en 2015, visait la position dominante d’EDF sur le marché de l’hydroélectricité. La seconde, engagée en 2019, portait sur l’absence de remise en concurrence des concessions de barrages arrivées à échéance, une obligation que la France refusait d’appliquer.

Conséquence directe de ce flou juridique : les exploitants ne pouvaient plus engager d’investissements qui ne figuraient pas déjà dans leur cahier des charges d’origine. Un vrai problème quand on sait que l’âge moyen des barrages français dépasse aujourd’hui 70 ans et qu’ils ont besoin de travaux de maintenance et de modernisation conséquents.

Pendant plus de dix ans, cette insécurité juridique a donc gelé ou différé des projets pourtant indispensables : augmentation de puissance, rénovation d’ouvrages vieillissants, extension de capacités de stockage… Plusieurs élus locaux avaient alerté sur les conséquences concrètes de ce blocage, à la fois pour l’emploi dans les territoires concernés et pour la capacité de la France à produire une électricité toujours aussi décarbonée.

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Une réforme qui change le régime juridique des barrages

Un accord de principe avait été trouvé fin août 2025 entre Paris et Bruxelles : la Commission acceptait d’abandonner ses poursuites à condition que la France réforme son cadre juridique. Le Parlement a voté ce texte mi-juin 2026, et la réforme est entrée en vigueur le 1er septembre 2026.

Concrètement, les barrages et centrales de plus de 4,5 MW basculent d’un régime de concession vers un régime d’autorisation. L’État reste propriétaire des ouvrages, ce qui écarte tout scénario de privatisation, mais le cadre d’exploitation change. En contrepartie, au moins 40 % des capacités hydroélectriques d’EDF devront être ouvertes à la concurrence par le biais d’enchères, un mécanisme dont la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a lancé la consultation le 9 septembre, avec des contributions attendues jusqu’au 16 octobre.

L’hydroélectricité, pilier discret du mix renouvelable français

On a tendance à l’oublier derrière le solaire et l’éolien, mais l’hydroélectricité reste la deuxième source de production électrique en France, juste derrière le nucléaire, avec 13,92 % de la production nationale en 2024, soit 74,7 térawattheures. C’est surtout, et de très loin, la première filière renouvelable du pays.

Le parc est aujourd’hui organisé autour de 340 concessions, qui représentent à elles seules 90 % de la puissance hydroélectrique installée. Les deux principaux exploitants sont EDF et la Compagnie Nationale du Rhône, dont Engie est l’actionnaire de référence. Les installations plus modestes, de moins de 4,5 MW, restent de leur côté sous le régime de l’autorisation, déjà en vigueur pour environ 2 300 sites.

Ce poids de l’hydroélectricité dans le mix français n’a rien d’anecdotique. C’est en grande partie grâce à elle, aux côtés du nucléaire, que l’électricité produite en France affiche l’un des bilans carbone les plus faibles d’Europe. Un atout que les responsables politiques ne cessent de rappeler à chaque étape de ce dossier, tant il conditionne la trajectoire climatique du pays pour les décennies à venir.

Ce que ce déblocage change concrètement

Au-delà du symbole juridique, cette résolution ouvre la voie à des investissements chiffrés en plusieurs milliards d’euros dans les vallées françaises. Le ministère de l’Économie table sur une puissance installée supplémentaire de 2,8 gigawatts, dont 1,7 GW de nouvelles capacités de stockage, conformément à la programmation pluriannuelle de l’énergie adoptée en février 2026.

Pour donner une idée concrète : 2,8 GW de puissance hydroélectrique supplémentaire, c’est à peu près l’équivalent de deux réacteurs nucléaires de taille moyenne. Les professionnels du secteur estiment par ailleurs que ces investissements pourraient faire grimper le rendement des installations existantes de 15 à 20 % d’ici 2035.

Au-delà des chiffres, l’enjeu dépasse la seule production d’électricité. Les barrages jouent un rôle de flexibilité essentiel pour l’équilibre du réseau électrique, en stockant l’énergie quand elle est abondante pour la restituer en cas de pic de consommation, un peu comme une immense batterie naturelle à l’échelle du pays. Un atout stratégique que la France ne pouvait plus se permettre de laisser à l’arrêt, alors que les objectifs climatiques et de souveraineté énergétique se rapprochent.

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Reste maintenant à voir à quel rythme ces nouveaux investissements vont effectivement se concrétiser sur le terrain. Entre la consultation de la CRE sur les enchères, qui doit se clore le 16 octobre, et le temps nécessaire pour lancer des chantiers sur des ouvrages aussi stratégiques, les premiers effets tangibles de cette réforme ne se feront sans doute sentir que progressivement. Mais pour une filière à l’arrêt depuis plus d’une décennie, le simple fait de pouvoir à nouveau planifier l’avenir constitue déjà, en soi, une petite révolution.


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