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Si vous avez fait poser des panneaux solaires depuis juin 2026, ou si vous comptez le faire, l’électricité que vous ne consommez pas sur le moment ne vous rapporte presque plus rien. La stocker pour l’utiliser le soir peut en revanche faire économiser près de 300 euros par an, à condition que la batterie soit bien dimensionnée et achetée au bon prix. C’est le sens du message porté par Frédéric Joffre, ingénieur expert chargé des grands comptes chez le bureau d’études Tecsol, lors de l’Université de l’autoconsommation organisée par Enerplan : le stockage doit désormais être étudié dans chaque projet photovoltaïque, sans pour autant être installé partout.
Un kWh revendu ne vaut presque plus rien
Le décor a changé en quelques mois. Depuis l’arrêté du 1er juin 2026, applicable aux demandes de raccordement déposées à partir du 5 juin, le surplus des nouvelles installations est racheté 1,1 c€/kWh HT par EDF OA, contre 4 c€ auparavant, et la prime à l’autoconsommation a été supprimée. Dans le même temps, un ménage au tarif réglementé paie son électricité environ 20 c€/kWh TTC en option Base depuis le 1er août 2026.
L’écart est donc de 1 à 18 entre un kWh revendu et un kWh acheté. La batterie exploite précisément ce décalage, en déplaçant la production de midi vers le soir. Les propriétaires équipés avant juin 2026 conservent leur tarif de rachat pendant 20 ans, ce qui change sensiblement leur calcul, comme le montre la simulation ci-dessous.
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Ce que rapporte vraiment une batterie : la simulation ECOinfos
Prenons une batterie domestique d’environ 7 kWh, qui restitue 1 500 kWh par an au foyer (soit environ 250 cycles), avec un rendement de 90 %. Pour récupérer ces 1 500 kWh, il faut y stocker environ 1 670 kWh de surplus, qui auraient sinon été revendus. Le gain net correspond à l’électricité qu’on n’achète plus, moins la revente à laquelle on renonce.
| Date du contrat de rachat | Tarif de rachat du surplus | Économie sur la facture | Revente perdue | Gain net annuel |
|---|---|---|---|---|
| Avant fin mars 2025 | 12,69 c€/kWh | 300 € | 212 € | 89 € |
| De mars 2025 à juin 2026 | 4 c€/kWh | 300 € | 67 € | 233 € |
| Depuis le 5 juin 2026 | 1,1 c€/kWh | 300 € | 18 € | 282 € |
Le résultat est sans appel : pour une installation récente, la même batterie rapporte plus de trois fois plus que pour une installation raccordée en 2024. Le temps de retour reste toutefois à surveiller. Avec un prix installé compris entre 3 500 et 5 000 euros, l’investissement se rembourse en 12 à 18 ans au prix actuel de l’électricité.
Frédéric Joffre le résume sans détour : à la question de la puissance minimale qui justifie une batterie, il répond que la rentabilité dépend d’abord du profil de consommation et du prix de l’électricité achetée. Un foyer absent en journée, qui cuisine et recharge un véhicule électrique le soir, tirera bien plus de valeur de son stockage qu’un télétravailleur qui consomme déjà sa production en direct.
Pourquoi un devis de l’an dernier peut vous induire en erreur
L’autre message de l’ingénieur concerne les prix. Il évoque une baisse de l’ordre de 70 % depuis 2022 pour les systèmes de stockage auxquels il fait référence et prévient : une étude fondée sur des prix anciens peut écarter à tort un projet devenu intéressant. Pour un particulier, la leçon est simple : un devis batterie qui date de plus d’un an mérite d’être refait.
Quatre évolutions devraient prolonger ce mouvement selon lui : des cellules conçues spécifiquement pour le stockage stationnaire, l’émergence de la technologie sodium-ion, moins dépendante de matières premières tendues, la standardisation des équipements, qui remplace les assemblages sur mesure, et enfin l’utilisation de la batterie des véhicules électriques grâce à la recharge bidirectionnelle. Cette dernière piste intéresse directement les automobilistes équipés de panneaux, mais elle suppose que le véhicule, la borne et l’installation électrique soient compatibles. Les gains attendus du sodium-ion restent pour l’instant des projections.
Ce que ça change si vous installez des panneaux maintenant
Chez Tecsol, explique Frédéric Joffre, l’ajout de stockage est désormais étudié sur tous les projets. Lorsque l’investissement n’est pas retenu, l’objectif est de préserver la possibilité d’ajouter une batterie plus tard. Transposé à une maison, cela revient à demander à son installateur un onduleur compatible avec une batterie et une installation prête à l’accueillir, même si l’achat est reporté de quelques années, le temps que les prix baissent encore.
L’ingénieur insiste aussi sur un point souvent négligé dans les devis : une batterie ne crée pas de valeur par sa seule présence. Tout repose sur le pilotage, c’est-à-dire le système qui décide quand charger, quand restituer et quels appareils alimenter en priorité. Avant de signer, il est donc utile de vérifier la capacité réellement utilisable, et pas seulement la capacité affichée, ainsi que la présence d’un gestionnaire d’énergie capable de piloter le ballon d’eau chaude ou la recharge du véhicule.
Le stockage ne règle pas tout
Frédéric Joffre rappelle enfin une limite essentielle. Les batteries domestiques couvrent des besoins de quelques heures, voire de quelques jours. Elles ne compensent pas le décalage saisonnier entre une production solaire abondante en été et des besoins de chauffage concentrés en hiver.
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Pour les foyers qui viennent d’installer des panneaux ou qui s’apprêtent à le faire, la question n’est plus de savoir si une batterie a du sens en théorie, mais de refaire le calcul avec leurs propres chiffres, au bon moment et au bon prix.

