VoltR lève 22 millions d’euros pour refaire des batteries neuves avec des usagées

Ce n'est plus une expérimentation. Le français VoltR, qui refabrique des batteries lithium à partir des cellules récupérées dans les vélos, trottinettes et outils usagés, sécurise 22 millions d'euros auprès de Bpifrance, de Decathlon et de l'État. De quoi multiplier sa production par six en deux ans, au moment où Bruxelles durcit les obligations de collecte et de recyclage des batteries.

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La batterie de votre vélo électrique ou de votre perceuse qui « ne tient plus » contient souvent des cellules encore largement exploitables. C’est sur ce constat que VoltR vient de convaincre l’État, via France 2030, et Decathlon de mettre 22 millions d’euros sur la table, avec l’objectif de transformer une start-up angevine en véritable industriel de la seconde vie des batteries.

Pour les fabricants, les distributeurs et les gestionnaires de flottes, l’enjeu est très concret : disposer d’une source européenne de cellules lithium, moins carbonée et moins dépendante de l’Asie, alors que le règlement européen sur les batteries impose des objectifs de collecte et de valorisation de plus en plus élevés d’ici 2031.

Un montage à 22 millions entre fonds propres et subventions

Le financement se décompose en deux blocs. 16 millions d’euros sont levés en fonds propres auprès du Fonds SPI 2, géré par Bpifrance pour le compte de l’État dans le cadre de France 2030, et de Decathlon PULSE, la structure d’investissement du distributeur sportif. Les 6 millions restants sont des subventions obtenues dans le cadre du programme Première Usine, qui accompagne les jeunes entreprises industrielles dans la construction de leur premier site de production.

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L’entrée de Decathlon n’a rien d’anodin. Le groupe vend des vélos électriques, des trottinettes et une multitude d’équipements à batterie : il connaît à la fois les volumes de batteries en fin de vie qui reviennent du terrain et les besoins en batteries pour de nouveaux produits. Côté Bpifrance, le Fonds SPI explique vouloir boucler la chaîne de valeur, après avoir déjà soutenu la production de batteries neuves et le recyclage.

De 11 salariés à un site industriel en moins de quatre ans

L’opération marque un vrai changement d’échelle pour une entreprise créée en décembre 2022. À son inauguration, VoltR employait 11 personnes dans un atelier du technocampus Électronique et IoT de Verrières-en-Anjou (49). L’entreprise avait ensuite levé 4 millions d’euros lors d’un premier tour auprès notamment de C4 Ventures. Elle revendique aujourd’hui plus de 20 000 batteries mises sur le marché.

Le principe est simple à expliquer, beaucoup moins à industrialiser. VoltR collecte des batteries usagées auprès d’opérateurs de mobilité, de recycleurs et d’éco-organismes, les démonte pour en extraire les cellules, puis diagnostique chacune d’elles grâce à un outil d’intelligence artificielle développé en interne. Les cellules jugées saines sont réassemblées dans de nouvelles batteries, destinées à des usages adaptés à leur capacité résiduelle.

Avec cette levée, l’entreprise prévoit de doubler la surface de son usine, de multiplier par six sa capacité de production en deux ans et de créer une quarantaine d’emplois. Une partie de l’argent servira à automatiser le démantèlement, encore largement manuel il y a deux ans, et à construire un site de stockage classé ICPE. Ce dernier point est loin d’être un détail : la presse régionale rapportait que VoltR ne pouvait stocker réglementairement qu’une tonne de batteries dans ses locaux actuels, contre 50 tonnes envisagées sur un projet de site à Durtal (49). Pour une activité qui dépend entièrement du gisement de batteries usagées, c’est le principal goulot d’étranglement.

Ce que le règlement européen change pour la filière

La levée intervient dans un contexte réglementaire qui joue clairement en faveur de ce modèle. Le règlement (UE) 2023/1542, entré en vigueur le 17 août 2023, couvre toutes les batteries, y compris celles des vélos et trottinettes électriques, et fixe des objectifs chiffrés à plusieurs étages.

Obligation du règlement (UE) 2023/1542Première échéanceSeconde échéance
Collecte des batteries portables63 % fin 202773 % fin 2030
Collecte des batteries de vélos et trottinettes51 % fin 202861 % fin 2031
Lithium récupéré dans les déchets de batteries50 % fin 202780 % fin 2031
Lithium recyclé dans les nouvelles batteries (VE, industrielles)6 % en 203112 % en 2036

Concrètement, plus de batteries vont être collectées, ce qui grossit mécaniquement le gisement de cellules potentiellement réutilisables. La remanufacture ne se substitue pas au recyclage : elle s’intercale avant lui, en prolongeant la vie des cellules encore performantes, et ne renvoie vers la récupération de matière que celles qui ne peuvent plus servir. C’est précisément la chaîne complète que les trois partenaires disent vouloir faire émerger en Europe.

Les ambitions à 2030 restent à démontrer

VoltR n’a jamais caché des objectifs élevés. Ses fondateurs évoquaient dès 2024 quatre usines en Europe, 45 millions de cellules reconditionnées par an et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2030. Avec plus de 20 000 batteries livrées à ce jour, la marche reste considérable, et la multiplication par six annoncée pour les deux prochaines années sera le premier vrai test.

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Plusieurs questions restent ouvertes. L’approvisionnement d’abord, puisque la collecte des batteries de mobilité légère reste aujourd’hui très incomplète. La compétitivité ensuite, face à des cellules neuves asiatiques dont les prix ont fortement baissé. La confiance des clients enfin, qui devront accepter des batteries « neuves éco-conçues » assemblées à partir de cellules de seconde main. Sur ce dernier point, l’arrivée d’un distributeur grand public comme Decathlon au capital est sans doute le signal le plus fort de l’opération.


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