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Qu’est-ce qui a changé au 1er janvier 2026 ?
Pour comprendre ce qui se joue, il faut saisir un détail technique qui a des conséquences très concrètes. Le DPE ne mesure pas directement les kilowattheures consommés par un logement : il les convertit en « énergie primaire », c’est-à-dire en énergie mobilisée pour les produire et les acheminer jusqu’à votre compteur. Pour effectuer cette conversion, il applique un coefficient différent selon l’énergie utilisée.
Jusqu’au 31 décembre 2025, le coefficient de conversion de l’électricité était fixé à 2,3. Autrement dit, chaque kWh d’électricité consommé dans un logement était compté comme 2,3 kWh d’énergie primaire dans le calcul du DPE. Un coefficient particulièrement pénalisant pour les logements chauffés à l’électricité, alors que le mix électrique français est l’un des plus décarbonés d’Europe grâce au nucléaire et aux renouvelables.
Depuis le 1er janvier 2026, ce coefficient est passé de 2,3 à 1,9, conformément à la valeur européenne actualisée. Mécaniquement, la consommation en énergie primaire affichée pour un logement tout-électrique baisse d’environ 17 %, sans que rien n’ait changé dans le logement lui-même. Pour de nombreux biens classés F ou G, cette baisse est suffisante pour franchir le seuil et changer d’étiquette. Selon les estimations officielles du gouvernement, environ 850 000 logements ont ainsi quitté automatiquement la catégorie des passoires thermiques au 1er janvier 2026.
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Et dès janvier 2027, ça recommence
L’arrêté du 19 août 2026, publié au Journal officiel le 26 août, enfonce le clou. À compter du 1er janvier 2027, le coefficient de conversion de l’électricité sera abaissé une nouvelle fois, de 1,9 à 1,7. Pour un logement tout-électrique, cela se traduira par une baisse supplémentaire de 10,5 % de la consommation en énergie primaire affichée, toujours sans aucun travaux.
Par exemple, un appartement parisien chauffé à l’électricité, classé F en 2025, aura pu passer en E au 1er janvier 2026. S’il se retrouve encore en limite de classe, il pourrait franchir un nouveau palier au 1er janvier 2027 grâce à ce second abaissement.
Cumulé à la réforme de 2026, le gain total atteint environ 26 % sur l’énergie primaire affichée par rapport au DPE calculé avant 2026. Quelque 300 000 logements supplémentaires devraient bénéficier de ce second reclassement. Les petites surfaces sont particulièrement avantagées, car la consommation d’eau chaude sanitaire pèse proportionnellement plus lourd dans leur calcul.
Bonne nouvelle pratique : les propriétaires n’ont pas besoin de refaire un DPE complet pour bénéficier de la nouvelle étiquette. À partir du 1er janvier 2027, une attestation de nouvelle étiquette pourra être téléchargée gratuitement sur le site de l’Observatoire DPE-Audit de l’ADEME, à partir du numéro à treize caractères figurant en haut du diagnostic existant.
Ce que ça change, et ce que ça ne change pas
Pour les propriétaires et les bailleurs, les implications sont immédiates et concrètes. Une meilleure étiquette énergétique, c’est d’abord une revalorisation patrimoniale directe : les biens classés F ou G subissent aujourd’hui une décote significative sur le marché immobilier, et leur mise en location est progressivement interdite selon un calendrier allant jusqu’en 2034. Sortir de ce statut, même par un reclassement administratif, lève une épée de Damoclès.
L’accès au financement bancaire s’en trouve également facilité, les établissements de crédit étant de plus en plus réticents à accompagner l’acquisition de passoires thermiques. Et pour les locataires en place, la réforme n’a aucune conséquence négative.
Mais il est essentiel de ne pas se méprendre sur ce que cette réforme ne fait pas. La facture d’électricité ne baisse pas. L’isolation du logement reste identique. Le confort thermique ne s’améliore pas. Le coefficient modifie une convention de calcul administrative, pas la réalité physique du bâtiment. Un logement mal isolé classé E après reclassement reste un logement mal isolé, avec des déperditions thermiques et des charges qui en découlent.
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C’est précisément sur ce point que six organisations professionnelles de la filière isolation ont haussé le ton après la publication de l’arrêté d’août 2026. Elles dénoncent ce qu’elles appellent une « sortie artificielle » du statut de passoire thermique, qui donne l’illusion de progrès sans qu’un seul chantier de rénovation n’ait été ouvert. Au total, entre 2026 et 2027, plus d’un million de logements auront changé de classe énergétique par simple jeu d’écriture, sans isolation renforcée, sans remplacement de chaudière, sans double vitrage.
L’asymétrie entre filières aggrave le malaise. Le coefficient de conversion du gaz, lui, reste fixé à 1. Un pavillon chauffé au fioul classé G le restera au 1er janvier 2027, quand son voisin tout-électrique à la consommation réelle identique aura peut-être gagné deux classes. Pour les professionnels de l’isolation, cette distorsion fragilise la cohérence même du dispositif et risque de décourager les travaux de rénovation énergétique que la France doit pourtant massifier d’urgence pour tenir ses objectifs climatiques.

