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Une stratégie de continuité à un an de la présidentielle
Devant les acteurs réunis pour ce qui était le dernier grand rendez-vous de la filière avant la présidentielle, la ministre a réaffirmé le cap du gouvernement : développer de front le nucléaire et les énergies renouvelables, tout en accélérant l’électrification de l’économie. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et la volatilité des marchés de l’énergie, elle a insisté sur la nécessité de renforcer l’indépendance énergétique du pays, rappelant que l’énergie est désormais une composante à part entière des conflits internationaux.
Maud Bregeon a fait de la crise énergétique de 2022 un point de bascule. Selon elle, cette période a paradoxalement permis d’accélérer en même temps la relance du nucléaire, le déploiement des renouvelables et l’électrification des usages. Le message adressé à la filière était clair : la trajectoire fixée par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), publiée le 13 février 2026, ne sera pas remise en cause par le calendrier électoral.
De nouveaux appels d’offres solaire et éolien dès l’automne
C’est l’annonce la plus concrète de l’intervention. Après le lancement de l’appel d’offres en mer d’environ 10 GW (issu de la fusion des AO9 et AO10, soit 5 GW d’éolien posé et 5 GW d’éolien flottant), la ministre a confirmé la poursuite des procédures pour l’éolien terrestre et le photovoltaïque.
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De nouveaux appels d’offres seront ouverts cet automne, avec l’objectif d’en lancer un autre dès janvier prochain. Surtout, Maud Bregeon a fermé la porte à tout scénario d’attentisme : il est, selon ses mots, hors de question d’acter un abandon ou une mise sur pause qui priverait la filière de visibilité pendant au moins douze mois.
Cette mise au point répond directement aux inquiétudes exprimées ces dernières semaines. Lors du colloque photovoltaïque du Syndicat des énergies renouvelables (SER) à Strasbourg début juin, plusieurs représentants avaient évoqué une situation de « quasi-moratoire », alertant sur l’absence de visibilité au-delà de l’été une fois les appels d’offres en cours épuisés. Le SER et Enerplan avaient d’ailleurs été reçus par la ministre le 17 juin, porteurs d’une liste de demandes sur le calendrier des procédures, l’autoconsommation et le stockage. L’engagement pris au colloque de l’UFE constitue une première réponse à cette pression.
Nucléaire et renouvelables, la fin d’un faux débat
La ministre a profité de la tribune pour évacuer l’opposition récurrente entre atome et énergies vertes, rappelant qu’il ne s’agit pas de choisir entre le nucléaire et les renouvelables mais de miser sur leur complémentarité dans le futur mix électrique français. Cette logique structure l’ensemble de la PPE3, qui combine relance nucléaire et montée en puissance des renouvelables pour atteindre une électricité décarbonée à 95 %.
Les objectifs chiffrés de la feuille de route donnent la mesure de l’effort attendu de la filière dans les dix prochaines années.
| Filière | Capacité 2025 | Objectif 2035 |
|---|---|---|
| Photovoltaïque | environ 30 GW | 55 à 80 GW |
| Éolien en mer | déploiement en cours | 15 GW |
| Nucléaire (relance) | 57 réacteurs existants | 6 EPR2, première mise en service visée en 2038 |
La PPE3 vise plus largement à porter la production électrique décarbonée entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 458 TWh en 2023, tout en divisant par près de trois la consommation d’énergies fossiles sur la même période.
L’électrification des usages, le véritable défi
Au-delà de la production, Maud Bregeon a insisté sur le maillon souvent oublié de la transition : la demande. L’enjeu est de faire grimper la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie, aujourd’hui d’environ 28 %, vers 40 % d’ici 2035. Un objectif ambitieux, alors que les énergies fossiles pèsent encore près de 58 % de la consommation finale.
Cette bascule passe par trois leviers concrets : l’accélération de la mobilité électrique, le déploiement massif des pompes à chaleur et la réduction progressive de la dépendance au gaz. C’est l’objet du plan d’électrification des usages présenté en avril 2026, qui regroupe 22 mesures. Parmi elles, la désignation prochaine de 100 territoires d’électrification, pensés comme des laboratoires pour planifier la sortie du fioul et du gaz, accompagner les ménages et densifier les infrastructures de recharge.
Ce que cela change pour la filière
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Pour les développeurs, installateurs et investisseurs, le principal acquis de cette intervention est la visibilité. La confirmation d’appels d’offres à l’automne, puis en janvier, écarte le trou d’air calendaire que beaucoup anticipaient, et sécurise en partie les plans de charge des entreprises pour 2026 et début 2027. C’est un point d’appui important pour un secteur dont le carnet de commandes dépend directement du rythme des procédures publiques.
La vigilance reste toutefois de mise. Les volumes précis, les cahiers des charges et les tarifs de référence de ces futurs appels d’offres n’ont pas été détaillés, et c’est sur ces modalités que se jouera la réalité de la relance. Entre l’engagement politique pris en clôture du colloque et sa traduction opérationnelle, la filière attendra des actes mesurables, dans un calendrier suspendu, lui, aux échéances de 2027.

