Deux maisons en feu, un pompier électrocuté : incendies à cause des tuiles solaires

Mai 2026, Gütersloh. Un pompier reçoit une décharge électrique en manipulant des tuiles photovoltaïques lors d'un incendie de toiture. Le 9 juin, rebelote à Kleve : une maison équipée du même type de technologie s'embrase, mobilisant 65 secouristes pendant près de cinq heures. Deux incidents, deux villes allemandes différentes, une même technologie au cœur des flammes. Ces faits divers auraient pu passer inaperçus. Ils soulèvent pourtant une question que la filière du solaire résidentiel ne peut plus esquiver : les tuiles photovoltaïques intégrées présentent-elles des risques spécifiques, et qui en porte la responsabilité ?

Montrer le sommaire Cacher le sommaire

L’incendie de Kleve : une intervention de cinq heures aux portes du chaos

Mardi 9 juin, en début d’après-midi, plusieurs riverains appellent les secours pour signaler un départ de feu sur un balcon, Materborner Allee à Kleve (Allemagne. Quand les pompiers arrivent sur place, le tableau est bien plus grave : les flammes ont déjà atteint la structure du toit. Ce toit est doublement problématique. Il est recouvert de tuiles photovoltaïques intégrées et végétalisé, une combinaison qui transforme une intervention déjà délicate en véritable défi opérationnel.

Soixante-cinq intervenants ont été mobilisés. L’opération a duré près de cinq heures, jusqu’à 19 heures. Pour accéder aux foyers cachés et neutraliser les points chauds, une partie de la toiture a dû être physiquement démontée. Les occupants avaient heureusement quitté le bâtiment avant l’arrivée des secours et aucun blessé n’est à déplorer. La cause exacte de l’incendie reste à ce jour sous enquête.

Gütersloh en mai : le jour où un pompier a pris une décharge

Quelques semaines plus tôt, le scénario de Gütersloh avait déjà alerté les professionnels du secteur. Un feu s’est propagé sous un toit équipé de tuiles solaires. Pour accéder aux foyers, les pompiers ont dû démonter manuellement des composants photovoltaïques. C’est lors de cette manipulation qu’un intervenant a subi une décharge électrique en touchant une tuile encore sous tension. Transporté à l’hôpital, il n’a pas été grièvement blessé, mais l’incident a exposé une réalité rarement mentionnée dans les communications institutionnelles sur le solaire.

La planète brûle et vos banques financent le pétrole : le classement 2025 qui met la france au pied du mur

Tant qu’une installation photovoltaïque est exposée à la lumière du jour, elle produit de l’électricité. Il est impossible d’interrompre cette production, quelles que soient les circonstances. Couper le disjoncteur principal ne suffit pas : les tuiles ou panneaux continuent de générer une tension tant qu’elles voient le soleil. En situation d’urgence, cette caractéristique physique incontournable représente un danger réel pour les équipes d’intervention.

Pourquoi les tuiles solaires intégrées compliquent-elles les secours ?

Les tuiles photovoltaïques intégrées au bâti (BIPV, Building Integrated Photovoltaics) ne fonctionnent pas comme des panneaux solaires classiques posés en surimposition sur une toiture existante. Elles constituent directement l’enveloppe du bâtiment. Cette différence architecturale, qui fait précisément leur intérêt esthétique et structurel, devient un facteur aggravant lors d’un incendie.

Avec une installation classique, les pompiers peuvent accéder à la charpente en retirant des panneaux fixés sur une structure distincte. Avec des tuiles intégrées, démonter les éléments solaires revient à démonter le toit lui-même. L’opération est plus longue, plus complexe et ralentit l’accès aux foyers cachés. S’ajoutent la difficulté de localiser rapidement les câbles électriques encastrés dans la structure, et l’impossibilité de couper la production en journée. Quand une toiture végétalisée vient encore s’ajouter, comme à Kleve, la complexité opérationnelle franchit un autre palier.

Les services d’incendie européens développent des protocoles adaptés aux installations photovoltaïques depuis plusieurs années. Mais la montée en puissance des solutions intégrées introduit des variables que les anciens protocoles ne couvrent pas encore entièrement.

Ce que dit Solteq : « nos tuiles ne sont pas à l’origine des incendies »

Solteq, fabricant des tuiles photovoltaïques présentes sur les deux toitures, a tenu à répondre rapidement. L’entreprise affirme que les investigations menées jusqu’à présent établissent que ses tuiles ne sont dans aucun des deux cas à l’origine du départ de feu. Berkay Bayer, son représentant, rappelle que la société est issue du domaine de la sécurité opérationnelle pour le photovoltaïque, avant même de concevoir des tuiles. L’objectif affiché depuis l’origine est de réduire les risques d’exploitation à leur minimum.

Sur l’incendie de Gütersloh, Solteq pointe le système de stockage d’énergie (les batteries installées sous le toit) comme hypothèse la plus probable. Selon l’entreprise, les tuiles avaient cessé de produire de l’électricité avant l’incendie, mais les batteries alimentaient encore le système. La propagation du feu serait donc imputable aux batteries, non aux tuiles.

Pour Kleve, Solteq révèle qu’une anomalie avait été détectée sur l’installation plusieurs semaines avant l’incendie. L’onduleur avait signalé un défaut d’isolement. L’entreprise affirme avoir préconisé une inspection immédiate et l’arrêt de l’installation, conformément à ses manuels d’exploitation. Elle souligne par ailleurs que des installateurs électriques avaient probablement utilisé des connecteurs incompatibles sur les câbles, alors qu’elle fournit toujours les connecteurs homologués adaptés à ses systèmes.

Des dispositifs de sécurité qui existaient avant les incidents

Au-delà des explications sur les causes, Solteq a détaillé les dispositifs de sécurité qu’elle développe et déploie sur ses installations. Le premier, le Solteq-BFA (arrêt automatique en cas d’incendie), existe depuis 2008. Il déclenche l’arrêt complet de l’installation dès qu’un incendie est détecté, en interrompant notamment la formation d’arcs électriques susceptibles d’aggraver un départ de feu.

Depuis février 2026, l’entreprise propose également le Solteq-VBS, un système de protection incendie préventive. Un câble fusible thermique traverse les zones à risque de l’installation et s’active à partir de 110°C. Dès qu’une surchauffe est détectée, qu’elle provienne des modules, du câblage, des connecteurs, des onduleurs ou des batteries, l’installation s’arrête automatiquement en environ 50 millisecondes. Cette coupure quasi instantanée élimine le risque d’arc électrique avant qu’il ne puisse évoluer en incendie déclaré. La combinaison des systèmes VBS et BFA permet également de supprimer toute tension résiduelle sur l’installation en cas d’urgence, réduisant directement le risque d’électrocution pour les secouristes.

Depuis début 2026, toutes les toitures Solteq intègrent aussi en série une sous-couche ignifuge à base de fibre de verre et d’aluminium, développée en interne. Elle constitue une barrière physique contre la propagation du feu et apporte des propriétés isolantes à l’ensemble de la structure du toit.

Chaque maison équipée d’une toiture Solteq reçoit enfin une plaque d’identification et une fiche technique pompiers, précisant l’emplacement exact des composants photovoltaïques et des dispositifs d’arrêt d’urgence. L’entreprise déclare également intensifier ses programmes de formation à destination des services de secours à l’échelle nationale.

Ce que ces incidents révèlent à toute la filière

Électricité verte à prix fixe : comment protéger sa facture tout en soutenant les énergies renouvelables

Solteq précise que, sur ses quarante années d’activité, aucun bâtiment résidentiel n’a jamais été entièrement détruit à cause d’un défaut imputable à ses tuiles, et que son assureur Allianz n’a eu à indemniser aucun sinistre lié à cette technologie.

Ces chiffres rassurants ne doivent cependant pas occulter l’enseignement de fond de ces deux incidents. La cause des feux n’est peut-être pas la tuile elle-même, mais une installation mal réalisée, un composant inadapté ou une alerte ignorée peuvent transformer un système vertueux en source de danger. Les tuiles photovoltaïques intégrées ont un avenir certain dans la transition énergétique. Leur démocratisation devra s’accompagner d’une montée en compétence équivalente de l’ensemble des acteurs, des installateurs jusqu’aux sapeurs-pompiers, si l’on veut que cet avenir soit aussi sûr qu’il est prometteur.


Vous aimez cet article ? Partagez !