Centrales solaires au sol : le seuil d’évaluation environnementale bientôt relevé de 1 à 3 MWc ?

Un projet de décret discret, mais potentiellement décisif pour des centaines de projets photovoltaïques français. Depuis le 11 juin 2026, le gouvernement soumet à consultation publique un texte qui prévoit de tripler le seuil à partir duquel une centrale solaire au sol est obligatoirement soumise à une évaluation environnementale systématique. Si le décret passe en l'état, les projets compris entre 1 et 3 MWc n'auront plus à traverser cette étape, souvent jugée longue et coûteuse par les développeurs. La consultation est ouverte jusqu'au 2 juillet 2026, et les premières contributions témoignent déjà d'un débat tranché entre promoteurs de la simplification et défenseurs du cadre environnemental actuel.

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Ce que prévoit concrètement le texte

L’article 17 de ce projet de décret s’inscrit dans un chantier plus large de simplification de l’action publique locale. Il modifie la nomenclature des projets soumis à évaluation environnementale, en relevant de 1 MWc à 3 MWc le seuil de déclenchement systématique pour les centrales photovoltaïques au sol.

Pour mesurer l’impact réel de cette mesure, il faut rappeler le cadre en vigueur. Les installations solaires en toiture et les ombrières de parking ne sont aujourd’hui pas concernées par l’obligation d’évaluation environnementale. Les projets au sol d’une puissance inférieure ou égale à 300 kWc en sont également dispensés. Entre 300 kWc et 1 MWc, les projets sont soumis à un examen au cas par cas, conduit par l’autorité environnementale compétente, qui décide si une évaluation complète est nécessaire. Au-delà de 1 MWc, l’évaluation environnementale systématique s’impose sans exception : étude d’impact, consultation du public, avis de l’autorité environnementale.

Si le décret est adopté tel quel, le régime « cas par cas » s’étendrait à toute la tranche 300 kWc à 3 MWc. Seules les centrales atteignant ou dépassant 3 MWc resteraient soumises à évaluation systématique. Les installations en toiture et les ombrières ne seraient pas touchées par cette modification.

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Une simplification attendue, et pas sans logique

Du côté des développeurs, la réaction est globalement favorable. L’argument central avancé est celui de la cohérence réglementaire : le seuil de 3 MWc correspond déjà à la limite à partir de laquelle un projet solaire au sol passe d’une déclaration préalable à un permis de construire. Aligner le seuil d’évaluation environnementale sur ce repère existant donnerait une meilleure lisibilité procédurale aux porteurs de projets, qui jonglent aujourd’hui avec des calendriers superposés et peu prévisibles.

Sur le fond, les partisans du texte font valoir que de nombreux projets de moins de 3 MWc se développent sur des friches industrielles ou des terrains déjà artificialisés, sans enjeu écologique particulier, et n’ont pas forcément besoin d’une procédure lourde pour être instruits sérieusement. L’examen au cas par cas, maintenu dans le texte, garantirait le déclenchement d’une évaluation complète dès lors qu’un projet présente un enjeu identifié. Le filtre environnemental est donc conservé, mais rendu moins systématique.

L’accélération des délais est un autre argument de poids. L’évaluation environnementale systématique peut allonger de plusieurs mois, voire d’un à deux ans, le calendrier d’un projet. Pour des développeurs travaillant sur des projets de proximité ou des installations communales, ce délai est souvent rédhibitoire. La réforme pourrait ainsi faciliter l’émergence d’une photovoltaïque de petite et moyenne puissance, qui représente pourtant une part non négligeable des objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie.

Les réserves des opposants : biodiversité, paysage et agriculture

Les voix critiques ne contestent pas forcément le principe d’une simplification, mais alertent sur ses effets concrets. Leur principal grief : affaiblir les garanties environnementales sans s’assurer que le cas par cas remplira réellement le rôle de la procédure systématique qu’il remplace.

L’évaluation environnementale systématique présente une caractéristique que le cas par cas ne garantit pas : elle est automatique, non soumise à interprétation préalable, et impose une étude d’impact complète couvrant les effets sur la biodiversité, les continuités écologiques, les paysages, l’agriculture et la gestion de l’eau. Passer à un régime de cas par cas introduit une phase de jugement de l’autorité compétente sur la nécessité même de déclencher la procédure. Pour les associations de défense de l’environnement, cette étape représente autant d’occasions de passer à côté d’un impact réel.

Le risque d’un cumul de petits projets est également soulevé. Un parc solaire de 2,9 MWc ne représente pas grand-chose pris isolément, mais si plusieurs installations de cette envergure se développent sur un même territoire sans évaluation systématique, leurs effets combinés sur les écosystèmes locaux pourraient ne jamais être examinés de manière globale et cohérente.

Ce que dit le débat sur l’état des procédures actuelles

Parmi les 32 contributions déposées au moment de la rédaction de cet article, un point de convergence se dessine malgré les désaccords de fond : les procédures actuelles doivent être améliorées. Les délais sont trop longs, les dossiers trop lourds, les instructions trop variables selon les territoires et les services instructeurs. Sur ce constat, partisans et opposants du texte semblent s’entendre.

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Là où les positions divergent, c’est sur la méthode. Simplifier en rehaussant les seuils, c’est une voie rapide mais potentiellement fragilisante sur le plan environnemental. Simplifier en réformant les procédures elles-mêmes, en les rendant plus prévisibles, mieux encadrées dans le temps et homogènes sur le territoire, c’est plus ambitieux mais sans doute plus robuste juridiquement et écologiquement.

La consultation reste ouverte jusqu’au 2 juillet 2026. D’ici là, développeurs, collectivités, associations et citoyens peuvent encore faire entendre leur voix. Le texte final du décret, s’il est adopté, pourrait redessiner durablement les conditions dans lesquelles des centaines de projets solaires seront instruits chaque année en France.


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