EDF OA : un mail sème la panique chez les producteurs solaires de plus de 9 kWc

Mise à jour du 26 août 2026 : depuis la publication de cet article, l’administration et EDF OA ont apporté de nouvelles précisions sur la situation des producteurs photovoltaïques de plus de 9 kWc. Retrouvez ces éléments en fin d’article. Depuis quelques jours, les téléphones des installateurs et des fédérations sonnent beaucoup. En cause : des courriers envoyés par EDF Obligation d'Achat à des producteurs photovoltaïques équipés d'installations de plus de 9 kWc, évoquant la réforme de la facturation électronique. Le message, tel qu'il est reçu par de nombreux particuliers, sème une vraie inquiétude. Faut-il vraiment créer une entreprise et obtenir un numéro SIRET pour continuer à vendre l'électricité de ses panneaux ? La Fédération Nationale des Énergies Solaires (FNES), qui a alerté ses membres à ce sujet, appelle clairement au calme et à la prudence. Voici ce que l'on sait vraiment, et ce qu'il faut comprendre avant de se précipiter.

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En résumé :

  • Des courriers d’EDF OA envoyés aux producteurs équipés de plus de 9 kWc laissent entendre qu’un numéro SIRET serait nécessaire pour continuer à vendre leur électricité.
  • L’obligation de facturation électronique découle de l’ordonnance n° 2021-1190 du 15 septembre 2021, applicable progressivement entre septembre 2026 et septembre 2027.
  • La FNES appelle à la prudence et déconseille de pousser les particuliers à créer une structure dans l’urgence.
  • Plusieurs juristes et cabinets comptables estiment qu’un particulier producteur n’est pas forcément concerné, notamment parce que la vente relève de l’autoliquidation de TVA.
  • Une demande de clarification a été déposée auprès de l’administration, et un premier rendez-vous FNES / EDF OA / Enedis s’est tenu le 22 juin 2026.

Ce que disent réellement les courriers d’EDF OA

Le point de départ de cette agitation est une série de communications adressées par EDF OA à ses cocontractants. Sur sa page dédiée, l’acheteur obligé indique noir sur blanc que la facturation électronique est obligatoire et qu’elle s’impose à tous les producteurs. EDF OA précise même un seuil : si votre installation, ou le cumul de puissance de vos installations, dépasse 9 kWc, vous seriez concerné par la réforme, en renvoyant vers l’article 325 de la doctrine fiscale (BOI-TVA).

Il faut d’abord rappeler un point essentiel que beaucoup d’oublient dans la panique ambiante : cette obligation n’a pas été inventée par EDF OA. Elle découle de l’ordonnance n° 2021-1190 du 15 septembre 2021, qui généralise la facturation électronique entre tous les assujettis à la TVA. EDF OA, en communiquant ainsi auprès de ses producteurs, ne fait qu’exercer son devoir d’information vis-à-vis de ses cocontractants au tarif de rachat d’EDF OA. C’est son rôle, et il est légitime. Mais informer n’est pas qualifier juridiquement une situation. Une communication commerciale, aussi sérieuse soit-elle, ne peut se substituer ni à l’État, ni au juge quant à l’interprétation d’un texte fiscal.

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Le calendrier de la réforme, pour bien situer les échéances

La réforme de la facturation électronique avance selon un calendrier progressif, désormais stabilisé après plusieurs reports. Voici les deux dates pivots à retenir.

ÉchéanceCe qui devient obligatoire
1er septembre 2026Réception des factures électroniques pour toutes les entreprises assujetties à la TVA, et émission pour les grandes entreprises et ETI
1er septembre 2027Émission des factures électroniques étendue aux PME, TPE et micro-entreprises

Concrètement, dès septembre 2026, toute entité assujettie doit pouvoir recevoir une facture au format électronique via une Plateforme Agréée (PA), l’ancien terme de PDP. EDF OA a d’ailleurs déjà désigné la sienne : Generix. Pour l’émission, les petites structures bénéficient d’un sursis jusqu’en septembre 2027. À noter que la solution publique gratuite initialement promise, le Portail Public de Facturation, a été abandonnée dans sa fonction d’émission : il ne reste qu’un annuaire central et un concentrateur de données. Aucune plateforme gratuite d’État n’existe donc pour émettre ses factures.

Le cœur du problème : un flou réglementaire sur les particuliers

C’est ici que tout se complique, et que la prudence s’impose. Aucune clarification officielle de l’État n’existe spécifiquement sur le cas de la vente d’électricité solaire par un particulier. Ce vide réglementaire ouvre la porte à des lectures contradictoires, qui expliquent pourquoi les producteurs reçoivent aujourd’hui des messages anxiogènes.

D’un côté, les courriers d’EDF OA laissent entendre un assujettissement à la facturation électronique pour les installations de plus de 9 kWc, ce qui impliquerait mécaniquement la détention d’un numéro SIRET, donc la création d’une structure pour un particulier qui n’en a pas. La fiche officielle des impôts dédiée aux producteurs photovoltaïques va d’ailleurs dans ce sens en partant du principe qu’au-delà de 9 kWc, le producteur a opté pour un régime (micro-entreprise ou réel simplifié) et dispose donc déjà d’un SIREN.

De l’autre côté, plusieurs cabinets comptables et juristes ne partagent pas cette lecture automatique. Leur raisonnement repose sur plusieurs arguments solides. D’abord, la vente d’électricité photovoltaïque relève de l’autoliquidation de TVA : depuis le 1er avril 2012 et l’application de l’article 283 du Code général des impôts, le producteur ne facture jamais la TVA. C’est l’acheteur, EDF OA, qui la verse directement à l’État. Le producteur facture en hors taxe, avec la mention « autoliquidation ». Ensuite, dans la pratique actuelle, les démarches de raccordement et de Consuel se font déjà sans SIRET pour un particulier. Imposer la création d’une entreprise reviendrait donc à transformer chaque petit producteur en société, alors même que l’objectif initial du texte, la lutte contre la fraude à la TVA, paraît hors de portée dans ce contexte : les données d’injection sont comptabilisées par le gestionnaire de réseau, et aucune fraude n’est possible sur un contrat d’achat encadré.

La position de la FNES : ne rien précipiter

Face à ces interprétations divergentes, le message de la FNES est sans ambiguïté. La fédération recommande de ne pas pousser les clients à créer une structure dans l’urgence. C’est un point capital, car ce type de flou attire historiquement des acteurs peu scrupuleux, prêts à vendre des prestations inutiles en jouant sur la peur de l’amende, comme on l’a déjà vu lors d’autres réformes administratives.

Plutôt que de rester dans l’incertitude, la FNES a saisi l’administration compétente pour obtenir une clarification écrite. Elle indique avoir bon espoir d’obtenir une réponse rapidement, le sujet étant pris au sérieux par les services concernés. La fédération avance sur deux fronts en parallèle.

Le premier objectif est d’obtenir de la clarté. La FNES porte le dossier directement auprès des bons interlocuteurs, à savoir EDF OA, la DGEC (Direction générale de l’énergie et du climat) et les services fiscaux. Selon la réponse obtenue, elle explore la possibilité d’une demande de dérogation pour les particuliers vendant de l’énergie jusqu’à 36 kVA, en s’appuyant précisément sur l’argument de l’absence de risque de fraude fiscale.

Le second front consiste à préparer une solution de repli. Si l’obligation devait finalement être confirmée et appliquée aux particuliers, la FNES veut éviter à chaque producteur de devoir monter sa propre entreprise. Elle travaille donc à un dispositif automatisé et mutualisé, reposant notamment sur un mandat de facturation et une prise en charge collective, pour que la mise en conformité ne se transforme ni en usine à gaz, ni en aubaine pour des prestataires opportunistes.

Un dialogue déjà engagé avec EDF OA et Enedis

L’élément le plus rassurant de ce dossier est qu’il bouge déjà. Un premier rendez-vous réunissant la FNES, EDF OA et Enedis s’est tenu le 22 juin 2026. Les parties ont pu confronter leurs interprétations, exposer leurs intentions et formuler des suggestions. Selon la fédération, les différents contacts en charge du sujet sont mobilisés en interne, et de premières pistes communes commencent à se dessiner. Il reste toutefois des réponses résiduelles attendues, promises rapidement, qui permettront de valider ou d’invalider les directions retenues.

En attendant cette clarification officielle, la conduite à tenir pour un producteur concerné est simple : ne rien faire dans la précipitation. Si vous êtes équipé d’une installation de plus de 9 kWc et que vous avez reçu un courrier d’EDF OA, la bonne réflexion n’est pas de courir créer une micro-entreprise, mais de vérifier votre situation réelle au regard de la TVA, idéalement avec votre comptable, et d’attendre la position définitive de l’administration. Le sujet touche directement au droit de produire et de consommer sa propre électricité sans devenir mécaniquement un chef d’entreprise, un principe que la filière entend défendre. La prochaine étape se jouera dans les semaines à venir, lorsque les services fiscaux et la DGEC trancheront enfin ce point resté trop longtemps dans l’ombre.

Mise à jour du 26 août 2026 : la situation s’est clarifiée

Depuis la publication de cet article, plusieurs éléments sont venus préciser la situation des particuliers producteurs d’électricité photovoltaïque.

La principale évolution concerne le seuil de 9 kWc. La doctrine fiscale retient désormais clairement qu’un particulier qui n’est pas assujetti à la TVA au titre d’une autre activité et qui vend l’électricité issue d’une ou plusieurs installations dont la puissance cumulée n’excède pas 9 kWc bénéficie d’une présomption de non-assujettissement.

Au-delà de 9 kWc cumulés, cette présomption ne s’applique plus. L’administration considère alors que la vente d’électricité constitue une activité économique exercée en qualité d’assujetti à la TVA.

Cette position a également été reprise dans une réponse du Gouvernement publiée début août 2026, ce qui lève une grande partie du flou qui existait lors de la rédaction initiale de cet article.

Autre précision importante : le mécanisme d’autoliquidation de la TVA applicable à certaines ventes d’électricité ne permet pas, à lui seul, d’échapper aux obligations liées à la facturation électronique. L’autoliquidation détermine qui acquitte la TVA, mais ne supprime pas nécessairement la qualité d’assujetti du producteur.

Pour les producteurs concernés, il faut également distinguer les deux échéances de la réforme. À compter du 1er septembre 2026, les assujettis doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques. Pour les petites entreprises, TPE et microentreprises, l’obligation d’émettre des factures électroniques n’interviendra qu’au 1er septembre 2027.

EDF OA a par ailleurs précisé les modalités envisagées pour accompagner les producteurs concernés, notamment avec la mise à disposition d’une Plateforme Agréée accessible depuis l’espace producteur, sous réserve de remplir les conditions requises, notamment en matière d’identification SIREN/SIRET.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’un particulier doive constituer une société commerciale. En revanche, pour les producteurs concernés qui ne disposent pas encore d’un numéro SIREN/SIRET, des démarches d’immatriculation de l’activité peuvent devenir nécessaires.

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Enfin, les discussions avec la filière ne sont pas totalement closes. La FNES continue notamment de défendre des mesures de simplification ou d’éventuelles dérogations pour les particuliers concernés. À ce jour, aucune dérogation générale permettant aux producteurs de plus de 9 kWc d’échapper à ces règles n’a toutefois été officiellement publiée.

En résumé : le débat ne porte plus réellement sur l’existence du seuil de 9 kWc, désormais clairement retenu par l’administration, mais sur les conséquences pratiques de cette règle et sur les éventuels dispositifs de simplification qui pourraient encore être obtenus pour les particuliers.


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3 avis sur « EDF OA : un mail sème la panique chez les producteurs solaires de plus de 9 kWc »

  1. Merci pour cet article complet sur une nouvelle complication administrative dont la filière solaire aurait pu se passer, tout comme les particuliers producteurs d’électricité. Cependant, le problème est que certains particuliers producteurs d’électricité la revendant à des régies électriques locales font face à des trésoreries publiques qui ne veulent pas leur payer les factures tant qu’ils ne leur donnent pas de SIRET…

    Répondre
  2. Bonjour et merci pour cet article,
    La situation a-t-elle évolué ?
    Est-ce qu’on en sait un peu plus sur ce sujet ?

    Par avance merci pour votre retour

    Bien cordialement

    Répondre
    • Bonjour,

      Merci pour votre message.

      Oui, la situation a évolué depuis la publication de l’article et nous disposons désormais d’éléments officiels plus précis.

      L’administration fiscale a confirmé sa position : pour un particulier qui ne relève pas déjà de la TVA au titre d’une autre activité, une installation dont la puissance cumulée ne dépasse pas 9 kWc bénéficie d’une présomption de non-assujettissement et reste hors du dispositif de facturation électronique.

      En revanche, au-delà de 9 kWc, l’administration considère désormais clairement que la vente d’électricité constitue une activité économique assujettie à la TVA. Cela implique notamment l’attribution d’un numéro SIREN/SIRET et l’entrée dans le dispositif de facturation électronique.

      Deux réponses officielles du Gouvernement, publiées début août, sont venues confirmer cette lecture.

      Un point mérite toutefois d’être précisé : l’obligation de septembre 2026 porte, pour les petits producteurs concernés, sur la capacité à recevoir des factures électroniques. L’obligation d’émettre les factures sous ce format n’interviendra qu’au 1er septembre 2027 au plus tard. Il sera également possible, selon les modalités retenues avec l’acheteur obligé, de lui donner mandat pour établir la facture.

      L’autoliquidation de la TVA par EDF OA reste applicable, mais elle ne suffit pas à placer le producteur hors du champ de la réforme.

      Enfin, la FNES continue de demander des mesures de simplification, voire une dérogation pour certains particuliers. À notre connaissance, aucune dérogation n’a toutefois été officiellement accordée à ce jour.

      Nous allons donc mettre à jour l’article le 26 août 2026, car le flou qui existait au moment de sa rédaction a été en grande partie levé depuis.

      Bien cordialement,

      Répondre

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