Pourquoi la Chine arrête la guerre des prix du solaire et ce que ça change pour vous en 2026

Depuis 2023, les prix des panneaux solaires avaient chuté de plus de 50 % sous l'effet d'une surproduction chinoise massive et d'une concurrence destructrice entre fabricants. Cette période exceptionnellement favorable pour les acheteurs est officiellement terminée. Les autorités chinoises ont officiellement demandé à leurs industriels de cesser la guerre des prix, et les effets se font déjà sentir en Europe : les modules haut de gamme ont repris plus de 30 % depuis janvier 2026. Faut-il se dépêcher d'installer ses panneaux ? Voici ce que cette rupture change vraiment.

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Pourquoi Pékin a décidé de tirer le frein ?

Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut remonter quelques années en arrière. Entre 2022 et 2024, les fabricants chinois ont investi massivement dans leurs capacités de production de polysilicium et de modules photovoltaïques. Le résultat : une surabondance d’offre qui a fait chuter les prix à des niveaux inférieurs aux coûts de fabrication. Certains vendaient à perte simplement pour écouler leurs stocks.

Cette stratégie, soutenue pendant des années par des remboursements de TVA à l’export de 9 %, a certes permis à la Chine de s’imposer comme le dominant incontesté du marché mondial du solaire. Mais elle a fini par fragiliser sérieusement la filière elle-même. Les six principaux fabricants chinois ont cumulé des pertes de plusieurs milliards de dollars au premier semestre 2025, et plus d’une cinquantaine d’entreprises ont fait faillite sur la seule chaîne d’approvisionnement dans l’année.

Face à ce constat, les autorités ont agi sur deux fronts simultanément. D’un côté, l’Association chinoise de l’industrie photovoltaïque (CPIA) a officiellement appelé les fabricants à rétablir des prix rationnels sur les marchés étrangers, en mettant fin à la concurrence par les volumes. De l’autre, Pékin a supprimé le remboursement de TVA à l’exportation des panneaux solaires à compter du 1er avril 2026, retirant d’un coup un avantage compétitif structurel dont bénéficiait la filière depuis des décennies. Pour les batteries, la réduction est progressive, avec un arrêt total prévu en 2027.

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Cette décision n’est pas qu’économique : elle répond aussi à une logique diplomatique. En augmentant volontairement ses prix à l’export, la Chine cherche à désamorcer les enquêtes antidumping ouvertes aux États-Unis, en Europe et en Inde, qui menaçaient de refermer des marchés entiers à ses fabricants.

Ce que ça donne sur le marché européen aujourd’hui

Les effets de ces décisions se lisent déjà très clairement dans les indices de prix publiés chaque mois par pvXchange, la référence du secteur en Europe. Après avoir touché un plancher historique fin 2024, les prix des modules ont rebondi dès le début de l’année 2026, avant de se stabiliser à un niveau sensiblement plus élevé.

Concrètement, les modules haut rendement s’établissent aujourd’hui autour de 0,150 €/Wc, soit une hausse de plus de 30 % depuis janvier 2026. Les modules standards se négocient aux alentours de 0,130 €/Wc, en progression de près de 24 % sur la même période. La stabilisation observée depuis mai ne doit pas laisser penser que les prix vont repartir à la baisse : les analystes s’accordent à dire que le plancher structurel se situe désormais entre 0,086 et 0,088 dollar par watt-crête, et que les niveaux de 2024 ne reviendront pas.

Pour vous, propriétaire ou futur propriétaire d’une installation solaire, cela se traduit par des devis sensiblement plus élevés qu’il y a dix-huit mois. Une installation de 3 kWc en autoconsommation coûte aujourd’hui entre 6 991 € TTC avec des modules chinois et 8 050 € TTC avec des modules européens, pose comprise. Ce sont des fourchettes qui auraient paru élevées à l’été 2024, mais qui reflètent désormais la réalité d’un marché en cours de rééquilibrage.

Pour donner un ordre de grandeur concret : un propriétaire qui a signé son devis en décembre 2024 pour une installation de 6 kWc a économisé environ 1 400 à 1 600 euros par rapport au même projet commandé aujourd’hui, uniquement grâce à la fenêtre de prix bas qui existait à cette époque.

Faut-il attendre, ou agir maintenant ?

C’est la question que beaucoup se posent. Attendre n’est plus une stratégie gagnante sur le seul argument du prix des panneaux, puisque les analystes ne voient aucun signal de retournement à la baisse à horizon prévisible.

Ce qui rend le calcul encore plus favorable aujourd’hui, c’est l’évolution du prix de l’électricité. Le tarif réglementé a augmenté de 2,5 % au 1er août 2026, et le marché de gros a atteint une moyenne de 95 €/MWh en juillet, soit près de 45 % au-dessus de la moyenne annuelle. Chaque kilowattheure produit et consommé directement vaut donc davantage. Par ailleurs, depuis le 5 juin 2026, le tarif de rachat du surplus est tombé à 1,1 centime par kilowattheure, rendant l’autoconsommation maximale encore plus centrale dans le calcul de rentabilité.

La vraie question n’est donc plus de savoir si les panneaux vont redevenir moins chers, mais combien vous coûte chaque mois supplémentaire à acheter votre électricité au réseau. Sur une installation bien dimensionnée, l’amortissement reste atteignable en huit à dix ans, selon votre région et votre taux d’autoconsommation.

Une consolidation qui devrait aussi changer la donne sur la qualité

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Il y a un aspect souvent négligé dans cette transformation : la fin de la guerre des prix devrait progressivement favoriser une consolidation industrielle. Les fabricants les moins solides sont appelés à disparaître ou à être absorbés, tandis que les survivants se différencieront par la qualité et l’innovation plutôt que par les tarifs.

Pour vous en tant qu’acheteur, cela signifie moins de modules d’entrée de gamme douteux à prix cassés, et davantage de garanties sur la durabilité des équipements. C’est une bonne nouvelle sur le long terme. La durabilité d’une installation solaire se mesure sur vingt à trente ans : le prix du module à l’achat n’est qu’une variable parmi d’autres dans l’équation de rentabilité globale.


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