Le solaire passe devant le charbon en Chine, un record qui ne fait pas encore baisser les émissions

La Chine compte désormais plus de puissance solaire installée que de centrales au charbon, une première annoncée le 1er septembre par Pékin. Pour un ménage français qui fait chiffrer une installation cette rentrée, ce record n'annonce pourtant aucune baisse de prix : les modules ont pris entre 24 et 30 % en Europe depuis janvier. Voici ce que ce basculement change vraiment sur un devis.

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Le chiffre a de quoi marquer : la Chine dispose désormais de plus de puissance solaire installée que de centrales au charbon, une première dans l’histoire du premier émetteur mondial de gaz à effet de serre. Pour un propriétaire français qui demande un devis photovoltaïque en cette rentrée, la conséquence est pourtant contre-intuitive. Ce basculement ne fera pas baisser le prix de votre installation, et il ne l’a d’ailleurs pas fait : depuis janvier 2026, les modules vendus en Europe se sont renchéris de 24 à 30 % selon les segments, après deux années de chute libre. Comprendre pourquoi suppose de regarder ce que ce record dit réellement, et surtout ce qu’il ne dit pas.

Un basculement en puissance installée, pas en production

Selon l’Administration nationale de l’énergie chinoise, le parc photovoltaïque du pays atteignait 1 286 GW fin juillet 2026, contre 1 285 GW pour le parc de centrales au charbon. Le solaire devient ainsi la première filière électrique chinoise en capacité raccordée. Sur un parc électrique total de 4 080 GW, solaire et charbon pèsent chacun près de 32 %, l’éolien complétant l’ensemble avec 690 GW installés.

La nuance est décisive, et l’administration chinoise elle-même ne l’a pas masquée : cette hiérarchie porte uniquement sur les capacités raccordées, pas sur l’électricité réellement produite. Entre janvier et juillet 2026, la production photovoltaïque chinoise a atteint 802,4 TWh, en hausse de 15,5 % sur un an, soit 13 % de la consommation électrique totale du pays. Autrement dit, un tiers de la puissance installée fournit un huitième de l’électricité consommée.

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Pourquoi cette canicule de septembre 2026 risque de faire exploser votre facture d’énergie

Ce décalage n’a rien d’anormal, et il concerne directement tout propriétaire de panneaux. Rapportée aux heures de la période, la production solaire chinoise correspond à un facteur de charge d’environ 12,6 %, calcul ECOinfos à partir des données publiées. C’est exactement l’ordre de grandeur d’une toiture résidentielle française, qui produit en moyenne 1 000 à 1 200 kWh par kWc et par an, soit à peu près 12 à 13 % du temps à pleine puissance. Une installation de 6 kWc ne délivre jamais 6 kW en continu, pas plus qu’un parc de 1 286 GW ne produit comme 1 286 GW de charbon.

Pourquoi ce qui se passe en Chine décide du prix de votre toiture

Le lien entre une statistique pékinoise et un devis signé dans le Sud-Ouest n’a rien d’abstrait. La Chine a produit 81,6 % des modules photovoltaïques mondiaux en 2024 selon Wood Mackenzie, et la quasi-totalité des panneaux importés en Europe en proviennent, directement ou via l’Asie du Sud-Est. Les panneaux posés sur les toits français sont chinois dans leur immense majorité, et le prix payé par le ménage suit donc les décisions industrielles et fiscales prises à Pékin bien plus que la conjoncture française.

Or, depuis 2025, ces décisions vont toutes dans le même sens. Pour mettre fin à une guerre des prix devenue destructrice pour les marges, les autorités chinoises ont imposé des taux d’utilisation réduits aux producteurs de polysilicium et engagé une rationalisation des capacités. Dans la foulée, le remboursement de la taxe à l’exportation sur les produits solaires a été supprimé au 1er avril 2026, une mesure dont pv magazine estimait qu’elle renchérirait mécaniquement les modules de 5 à 9 %. La période des panneaux bradés, alimentée par une surproduction massive et des stocks pléthoriques dans les ports européens, s’est refermée.

Le ralentissement chinois lui-même y contribue. Les nouvelles capacités solaires raccordées en Chine entre janvier et juillet 2026 se sont limitées à 85,65 GW, en baisse de 62 % sur un an, après une année 2025 marquée par une ruée sur les raccordements. Un marché intérieur qui se calme, ce sont des fabricants qui cherchent des débouchés à l’export, mais aussi des industriels qui n’ont plus aucun intérêt à casser les prix.

Les modules ont bondi au premier semestre, puis se sont stabilisés

L’indice pvXchange, référence sur les prix de gros des modules en Europe, documente précisément ce mouvement. La hausse s’est concentrée sur le premier semestre 2026 avant de marquer le pas.

Segment de moduleNiveau janvier 2026 (calcul ECOinfos)Niveau été 2026Évolution depuis janvier
Haut rendementenviron 0,115 €/Wc0,150 €/Wc+30,4 %
Standard (mainstream)environ 0,105 €/Wc0,130 €/Wc+23,8 %
Full blackenviron 0,130 €/Wc0,160 €/Wc+23,1 %
Entrée de gammeenviron 0,055 €/Wc0,075 €/Wc+36,4 %

Depuis mai, la dynamique s’est essoufflée. Le segment full black a même reculé d’environ 3 %, et dans son point marché du 20 août, pvXchange décrivait des prix globalement stables, avec de nouvelles baisses sur certains segments, les excédents de production devant encore être écoulés. Les fabricants n’anticipent pas de recul marqué d’ici la fin de l’année. Traduction pour un particulier : ni flambée à redouter, ni effondrement à espérer dans les prochains mois.

Ce que la hausse des panneaux pèse vraiment sur un devis de 6 kWc

C’est l’élément que les argumentaires commerciaux passent volontiers sous silence. Le panneau ne représente qu’une fraction modeste du prix d’une installation résidentielle.

Pour une installation de 6 kWc, la fourniture des modules représente 780 € au prix standard actuel de 0,130 €/Wc, et 900 € avec des modules haut rendement à 0,150 €/Wc. Rapporté à un devis complet couramment situé entre 10 000 et 13 000 € pose comprise, cela pèse environ 7 à 8 % du montant total. Tout le reste, c’est l’onduleur, la structure de fixation, le câblage, la main-d’œuvre, le raccordement Enedis, le Consuel et la marge de l’installateur.

Conséquence directe : la hausse de 24 à 30 % observée depuis janvier représente, sur ces 6 kWc, un surcoût de 150 € pour des modules standards et de 210 € pour du haut rendement, calcul ECOinfos à partir des niveaux pvXchange. Sur un devis de 11 000 €, l’écart est de l’ordre de 1,4 à 2 %. Réel, mais très loin de justifier une signature précipitée.

La vraie rupture pour les ménages français n’est pas chinoise

Pendant qu’on regardait Pékin, le cadre français a changé bien plus brutalement. L’arrêté tarifaire publié au Journal officiel du 4 juin 2026 a supprimé la prime à l’autoconsommation et ramené le tarif de rachat du surplus à 1,1 c€/kWh hors taxes, contre 4 c€/kWh au trimestre précédent. Les installations de 9 kWc ou moins ne peuvent plus vendre en totalité et basculent obligatoirement en autoconsommation avec vente du surplus.

Voici ce que cela donne sur un cas type, une installation de 6 kWc produisant 6 600 kWh par an avec 40 % d’autoconsommation, au tarif réglementé de 0,2001 €/kWh en vigueur depuis le 1er août 2026.

PosteDemande de raccordement avant le 5 juin 2026Demande de raccordement depuis le 5 juin 2026
Prime à l’autoconsommation480 € versés (80 €/kWc)0 €
Tarif de rachat du surplus0,04 €/kWh0,011 €/kWh
Revenu annuel du surplus (3 960 kWh)158 €44 €
Économie annuelle d’autoconsommation (2 640 kWh)528 €528 €
Gain annuel total687 €572 €

L’écart annuel atteint 115 €, auxquels s’ajoute la perte de la prime de 480 €. Sur la durée du contrat de vingt ans, la réforme française coûte environ 2 800 € à ce ménage type, calcul ECOinfos hors indexation. À titre de comparaison, la hausse des modules chinois lui coûte 150 à 210 €. Le changement de réglementation française pèse donc treize à dix-huit fois plus lourd que la hausse des panneaux chinois.

Cette bascule change aussi la logique du projet. Avec un surplus racheté 1,1 c€/kWh alors que le kWh acheté au réseau coûte 20 c€, chaque kilowattheure autoconsommé vaut désormais dix-huit fois plus qu’un kilowattheure revendu. La rentabilité ne se joue plus sur la revente, mais sur le taux d’autoconsommation, donc sur le dimensionnement de l’installation, le pilotage des usages et, éventuellement, le stockage.

L’argument commercial à ne pas prendre pour argent comptant

Les remontées d’entreprises douteuses recensées par la rédaction et par les groupes de signalement du secteur font apparaître un ressort désormais classique en cette période : la hausse des prix chinois brandie comme argument d’urgence pour faire signer un devis le soir même. La séquence est toujours la même, un tarif présenté comme valable jusqu’au lendemain, une remise conditionnée à une signature immédiate, et une référence vague à la fin des panneaux bon marché.

Les chiffres ci-dessus permettent de répondre calmement. Une hausse de 150 à 210 € sur le poste modules ne justifie aucune signature dans l’urgence, d’autant que les prix se sont stabilisés depuis mai. Le délai de rétractation de quatorze jours reste la protection la plus solide en démarchage à domicile, et il n’existe aucune raison technique de ne pas comparer trois devis avant d’engager 11 000 €. Un installateur sérieux détaille son prix poste par poste, ce qui rend immédiatement visible la part réelle du matériel chinois dans la facture.

Le charbon chinois n’a pas dit son dernier mot

Reste à ne pas surinterpréter le symbole. Le dépassement en puissance installée n’annonce pas une sortie rapide du charbon, qui fournissait encore 53 % de l’électricité chinoise en 2025. Sa production avait certes reculé de près de 2 % cette année-là, une première en six ans, mais le mouvement ne s’est pas confirmé : selon Global Energy Monitor, la Chine a mis en service 30 GW de nouvelles centrales à charbon au premier semestre 2026, soit dix fois plus qu’elle n’en a fermé, et la production charbonnière est repartie à la hausse de 3,4 %.

La consommation électrique chinoise, elle, continue de progresser, à 6 139,9 TWh entre janvier et juillet 2026, en hausse de 4,7 % sur un an. Le solaire absorbe une part croissante de cette croissance sans réduire encore le socle fossile. La transition chinoise ressemble pour l’instant à une addition plus qu’à un remplacement, alors que Pékin vise un pic d’émissions avant 2030 et la neutralité carbone en 2060.

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Pour le lecteur français, la leçon est double. La domination industrielle chinoise continue de fixer le prix du matériel posé sur les toitures, avec une stabilisation qui laisse le champ libre à une décision réfléchie. Et l’essentiel de l’équation économique d’un projet photovoltaïque se joue désormais à Paris, dans un arrêté tarifaire, bien plus qu’à Pékin.


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