L’Europe, Washington et Londres s’allient contre les onduleurs solaires chinois : que se passe-t-il ?

Quelques centimètres de plastique et d'électronique, discrets derrière un panneau solaire, et pourtant capables, en théorie, de provoquer un blackout à distance. C'est la menace qui pousse aujourd'hui l'Union européenne, les États-Unis et le Royaume-Uni à durcir simultanément leur réglementation sur les onduleurs d'origine chinoise. Pour les particuliers équipés de panneaux, la question se pose naturellement : suis-je concerné, et qu'est-ce que cela change concrètement ?

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Un composant discret devenu enjeu géopolitique majeur

Dans une installation photovoltaïque, l’onduleur joue un rôle absolument central : il convertit l’électricité produite par les panneaux en courant alternatif compatible avec votre réseau domestique et le réseau national. Ce boîtier, installé généralement dans un garage ou une cave, est bien plus qu’un accessoire technique : c’est le cœur numérique de toute installation solaire.

C’est précisément cette position stratégique qui inquiète les autorités occidentales. Les onduleurs modernes sont connectés à internet, ce qui leur permet d’être pilotés à distance. Des chercheurs en cybersécurité ont mis au jour dès 2025 des dispositifs de communication dissimulés dans certains modèles chinois connectés au réseau américain. Ces composants permettaient potentiellement une communication à distance non autorisée, ouvrant la voie à des scénarios de sabotage ou d’espionnage industriel.

Ce que l’Europe a déjà décidé : gel des subventions depuis mai 2026

L’Union européenne a été la première à réagir. En mai 2026, la Commission européenne a décidé de couper les financements publics aux projets utilisant des onduleurs issus de pays jugés à « haut risque », une catégorie qui inclut la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord. Il ne s’agit pas, à ce stade, d’une interdiction d’importation pure et simple : les onduleurs chinois restent commercialisables en Europe. Mais tout projet photovoltaïque bénéficiant d’un financement européen devra désormais s’en passer.

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La mesure est d’autant plus significative que les fabricants chinois occupent une position dominante sur le marché continental. Sungrow, Huawei et Ginlong concentrent à eux trois environ 70 % de l’approvisionnement en onduleurs de l’Union européenne. Retirer ces acteurs des projets aidés constitue donc une rupture majeure pour la filière.

C’est le cas, par exemple, d’une centrale solaire au sol co-financée par des fonds européens : elle devra désormais s’équiper d’onduleurs européens ou américains, dont les prix sont généralement plus élevés que leurs équivalents chinois.

La réaction de Pékin ne s’est pas fait attendre. Le ministère chinois du Commerce a dénoncé une décision prise « sans aucune preuve factuelle », estimant que Bruxelles avait instrumentalisé les arguments de sécurité pour servir des intérêts protectionnistes. Une position que la Commission conteste fermement, en s’appuyant sur les conclusions des audits réalisés dans plusieurs États membres.

Pourquoi Washington et Londres suivent le même chemin ?

De l’autre côté de l’Atlantique, la prise de conscience suit une trajectoire similaire. La Commission fédérale des communications américaine (FCC) finalise une réglementation qui pourrait entrer en vigueur avant la fin de l’année 2026. Cinq sources proches du dossier, interrogées par Reuters, ont confirmé que Washington cherche à limiter les risques de perturbation du réseau électrique par des acteurs étrangers, en ciblant en priorité les équipements de Sungrow et de Huawei.

Le Royaume-Uni prépare de son côté des mesures analogues dans le cadre de sa politique de résilience des infrastructures critiques. Cette convergence transatlantique est un signal fort : la sécurité des réseaux électriques est désormais traitée au même niveau de priorité que la cybersécurité des systèmes bancaires ou des télécommunications.

Huawei, Sungrow, Ginlong : les leaders mondiaux dans le viseur

Ces trois fabricants ne sont pas des acteurs anodins. Sungrow et Huawei figurent parmi les leaders mondiaux, avec des parts de marché considérables en Europe comme aux États-Unis. Leurs onduleurs sont réputés pour leur fiabilité, leur connectivité avancée et leurs tarifs compétitifs, ce qui explique leur adoption massive par les installateurs européens ces dix dernières années.

L’enjeu industriel est donc considérable. Si les restrictions s’étendent au-delà des seuls projets aidés, c’est toute la chaîne d’approvisionnement de la filière solaire qui devra se réorganiser. Les fabricants alternatifs, principalement européens comme SMA ou Fronius, ou américains comme Enphase, disposent de capacités de production bien inférieures à la demande actuelle. Des tensions sur les délais et les prix sont à anticiper.

Ce que cela change concrètement pour les particuliers en France

Pour un propriétaire qui installe des panneaux sur son toit, la situation mérite d’être clarifiée. Les restrictions actuelles concernent exclusivement les projets financés sur fonds publics européens, c’est-à-dire les grandes centrales solaires au sol et les projets collectifs subventionnés. Un particulier qui finance son installation via des aides nationales comme la TVA réduite à 5,5 % n’est pas directement concerné.

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En revanche, si les réglementations américaine et britannique venaient à inspirer des mesures analogues au niveau national, le paysage pourrait évoluer rapidement. À ce stade, aucun texte en France n’interdit ni ne restreint l’usage d’onduleurs chinois dans les installations résidentielles. Il est toutefois conseillé, au moment de choisir votre équipement, de vous renseigner sur l’origine et les certifications de l’onduleur proposé par votre installateur, et de vérifier qu’il répond aux normes européennes de cybersécurité.

Ce que cette offensive réglementaire révèle, c’est une prise de conscience collective et accélérée : les infrastructures énergétiques ne sont plus uniquement des enjeux économiques ou climatiques. Elles sont désormais au cœur des stratégies de souveraineté nationale, et chaque composant, aussi discret soit-il, peut devenir un terrain de tension géopolitique.


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