Pékin verrouille ses secrets du solaire et fragilise le photovoltaïque made in France

Si vous comptez faire poser des panneaux solaires, pas de panique : la Chine ne s'apprête pas à bloquer leurs exportations. Pékin veut en revanche interdire ou soumettre à licence douze technologies de fabrication photovoltaïque. Une mesure qui ne touche pas votre devis aujourd'hui, mais qui pourrait retarder l'arrivée de panneaux fabriqués en France à un prix compétitif.

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Le prix des panneaux posés sur votre toit ne devrait pas bouger à cause de cette annonce. L’enjeu est ailleurs : la capacité de l’Europe à fabriquer un jour ses propres panneaux performants, et donc à vous offrir une vraie alternative aux modules chinois.

Le 16 octobre 2026, le ministère chinois du Commerce et celui des Sciences et Technologies ont publié un projet de révision du catalogue des technologies interdites ou restreintes à l’exportation. Sur 40 technologies listées, douze concernent directement le photovoltaïque : fabrication du polysilicium, des plaquettes de silicium (wafers) et des cellules. Le texte reste en consultation jusqu’au 15 novembre 2026, mais une obligation d’enregistrement préalable des transferts de technologie s’applique déjà.

Ce que Pékin veut vraiment bloquer

Certaines technologies seraient interdites à l’exportation, d’autres soumises à autorisation. Parmi les premières figurent certains procédés de fabrication de cellules et modules pérovskites et tandem, la génération de panneaux qui promet de dépasser les rendements du silicium classique. Les restrictions viseraient aussi les procédés de production de polysilicium capables d’atteindre au moins 30 000 tonnes par an sur une seule ligne.

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Le texte va plus loin que les brevets et les licences. Une machine qui incorpore une technologie listée pourra elle aussi tomber sous le coup du contrôle, tout comme l’assistance technique qui accompagne l’installation, la mise au point et la modernisation d’une ligne de production. Or c’est précisément ainsi que se construisent aujourd’hui la plupart des usines solaires hors de Chine : avec des équipements chinois et des techniciens chinois pour les faire tourner.

Pékin invoque la sécurité nationale, citant l’aérospatial, la défense ou les drones. En attendant le texte définitif, les entreprises chinoises doivent déjà déclarer toute cession de propriété intellectuelle, toute licence accordée à un acteur étranger ou tout changement de contrôle, y compris pour les opérations en cours.

Pourquoi votre devis ne devrait pas bouger

Le ministère chinois le précise : les produits fabriqués avec ces technologies ne sont pas visés en principe. Et même si leur prix devait grimper, l’effet sur votre facture resterait limité.

Selon l’indice pvXchange relayé par Solarserver, un module full black s’échangeait 0,155 euro par watt-crête en septembre 2026 sur le marché de gros européen, en recul de 3,1 % sur un mois après une hausse d’environ 19 % depuis janvier. Pour une installation de 3 kWc, cela représente environ 465 euros hors taxes de panneaux, sur un projet facturé entre 6 000 et 9 000 euros TTC posé. Même une nouvelle hausse de 20 % des modules ne pèserait qu’une centaine d’euros, soit 1 à 1,5 % du budget total (estimation ECOinfos).

Élément viséStatut envisagéEffet pour un particulier
Panneaux fabriqués en ChineNon visés en principeAucun effet direct sur le prix
Procédés pérovskites et tandemExportation interditePanneaux nouvelle génération plus lents à être produits hors de Chine
Grandes lignes de polysiliciumExportation restreinteFilière européenne du silicium plus difficile à bâtir
Machines et assistance techniqueAutorisation requiseUsines européennes potentiellement retardées
Installation déjà en serviceNon concernéeAucun changement

Un conseil pratique au passage : méfiez-vous d’un commercial qui brandirait un « blocage chinois » pour vous faire signer dans la journée. Les panneaux ne sont pas concernés, et les prix de gros ont même légèrement reculé en septembre.

Le vrai perdant, c’est le panneau fabriqué en Europe

L’Agence internationale de l’énergie estime que la Chine détient plus de 80 % de chaque étape de fabrication des panneaux, et environ 95 % des capacités mondiales de wafers. L’Europe pèse à peine 1 % de l’industrie photovoltaïque mondiale.

L’exemple français le plus parlant est HoloSolis. Son projet de gigafactory à Hambach, en Moselle, vise 5 GW par an, soit plus de 10 millions de panneaux, et repose sur un accord de licence de brevet signé avec le chinois Trina Solar pour sa technologie de cellules. Une licence accordée à un acteur étranger : c’est exactement le type d’opération que Pékin soumet désormais à enregistrement. Le calendrier a déjà glissé, puisque l’entreprise annonce aujourd’hui un démarrage des travaux en 2027 et des premiers modules en 2028. Son équipe de R&D comptait aussi explorer le tandem silicium-pérovskite, justement visé par l’interdiction envisagée.

L’autre grand projet français, Carbon, a déjà jeté l’éponge : placée en liquidation judiciaire, l’entreprise a abandonné en mai 2026 son usine de Fos-sur-Mer, un projet de 1,5 milliard d’euros.

Pour le consommateur, l’écart reste palpable. Dans le guide de prix d’ECOinfos, une installation de 3 kWc revient en moyenne à 6 991 euros TTC avec des panneaux chinois contre 8 050 euros avec des panneaux européens, soit environ 1 060 euros de plus. Sans transfert de technologie, combler cet écart deviendra encore plus difficile.

Un bras de fer qui se joue des deux côtés

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Cette annonce fait écho au mouvement inverse engagé à Bruxelles. Un groupe d’experts de la Commission recommande de restreindre les fournisseurs jugés à haut risque, jusque dans le résidentiel, comme nous l’expliquions dans notre article sur pourquoi l’Europe s’inquiète désormais de l’onduleur installé chez les particuliers. L’Europe veut moins dépendre des équipements chinois, la Chine verrouille le savoir-faire qui permettrait de s’en passer.

Reste la question du calendrier. Lors d’un précédent projet de restriction sur les technologies de wafers en 2023, Frank Haugwitz, conseiller chez Apricum, rappelait que la version 2020 du catalogue avait mis environ deux ans à entrer en vigueur après la consultation. Le texte final peut évoluer, mais l’enregistrement obligatoire produit déjà ses effets.


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