Terres rares : comment l’Europe a sélectionné 46 projets stratégiques pour ne plus dépendre de la Chine ?

Lithium, nickel, cobalt, graphite... la Commission européenne vient de lever le voile sur une nouvelle liste de 46 projets stratégiques destinés à sécuriser l'approvisionnement du continent en matières premières critiques. Un enjeu de taille pour l'industrie des batteries, pilier de la transition énergétique et de la voiture électrique, encore largement tributaire des importations chinoises.

Montrer le sommaire Cacher le sommaire

Une Europe qui ne veut plus être à la merci des importations

Depuis plusieurs années, l’Union européenne importe l’essentiel des métaux qui composent ses batteries, ses éoliennes ou ses panneaux solaires. Et pour cause : selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine assure aujourd’hui plus de 90 % du raffinage mondial des terres rares, et traite également une large majorité du lithium et du cobalt de la planète. Une dépendance qui inquiète de plus en plus à Bruxelles, surtout depuis que Pékin a durci, il y a près d’un an, ses restrictions à l’exportation sur plusieurs matières premières critiques.

C’est tout l’objet du règlement européen sur les matières premières critiques, le Critical Raw Materials Act (CRMA), entré en vigueur en mai 2024. Son ambition : réduire la dépendance de l’Europe envers les fournisseurs de pays tiers, et en premier lieu la Chine, qui domine aujourd’hui l’extraction et la transformation de la plupart de ces métaux stratégiques.

Vendredi 9 octobre, Stéphane Séjourné, le vice-président exécutif de la Commission chargé de la stratégie industrielle, a présenté cette nouvelle liste comme une accélération sans précédent des efforts européens pour reconquérir sa souveraineté sur ces matières premières.

Baisse de la TVA, arrêt du photovoltaïque : ce que le programme énergie du RN changerait pour les ménages
Pourquoi le PDG d’Ecosia tacle le nucléaire français alors que l’Allemagne est 15 fois plus polluante ?

46 projets, 15 matières premières couvertes : ce que ça change concrètement

Cette deuxième vague de projets stratégiques vient s’ajouter aux 47 déjà sélectionnés en 2025. Choisis parmi 102 candidatures déposées dans 16 États membres, les 46 nouveaux projets couvrent 15 des 17 matières premières jugées stratégiques par la réglementation européenne : lithium, nickel, cobalt, manganèse, graphite, terres rares ou encore cuivre.

Concrètement, ces projets se répartissent sur toute la chaîne de valeur, avec notamment huit initiatives consacrées à l’extraction, onze à la transformation et dix-neuf au recyclage. Leur mise en œuvre nécessitera au moins 21 milliards d’euros d’investissements, dans un secteur où plus de 2 milliards d’euros ont déjà été mobilisés depuis le lancement du plan RESourceEU, via le Fonds pour l’innovation, les aides d’État et la Banque européenne d’investissement.

Parmi les projets retenus figure Lithium de France, porté par l’entreprise Arverne en Alsace. Son objectif : extraire du lithium directement depuis des eaux géothermales profondes, une technique qui limite fortement l’impact environnemental par rapport aux mines traditionnelles.

Quels avantages pour les entreprises sélectionnées ?

Décrocher le label de « projet stratégique » n’a rien d’anecdotique pour les industriels concernés. Le CRMA leur garantit d’abord des délais de permis encadrés, qui ne peuvent dépasser 27 mois pour les projets d’extraction et 15 mois pour les autres.

Ces entreprises bénéficient également d’un accès prioritaire aux financements européens, qu’il s’agisse de la Banque européenne d’investissement, de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, ou des fonds de cohésion. Un comité dédié peut même être réuni pour les aider à construire un plan de financement complet associant prêteurs publics et privés.

La Commission prépare par ailleurs la création d’un Centre européen des matières premières critiques, chargé de coordonner les investissements, les achats groupés et la constitution d’éventuels stocks stratégiques à l’échelle du continent. Un nouvel appel à projets est déjà annoncé pour la fin de l’année 2026.

Ce que cela signifie pour les Français et l’industrie automobile

Pour les constructeurs automobiles et les fabricants de batteries, cette annonce n’est pas qu’une question de géopolitique. Lithium, nickel, cobalt, manganèse et graphite constituent justement les ingrédients de base des batteries lithium-ion qui équipent la grande majorité des voitures électriques vendues en Europe. Moins dépendre de la Chine pour ces métaux, c’est aussi réduire l’exposition des constructeurs aux à-coups de prix et aux ruptures d’approvisionnement, deux facteurs qui pèsent directement sur le coût final des véhicules électriques.

Pompe à chaleur : pourquoi MaPrimeRénov’ pourrait disparaître dès janvier 2027 ?
Le Crédit Agricole vend désormais des panneaux solaires, et ses propres clients installateurs sont furieux

La France n’est pas en reste dans cette nouvelle vague, avec au moins cinq projets intégralement implantés sur son territoire, dont Lithium de France, mais aussi des sites consacrés au recyclage des aimants en terres rares ou à la transformation du nickel et du cobalt. De quoi soutenir, à terme, des emplois industriels sur le sol français, dans des bassins souvent marqués par la désindustrialisation.

Il faudra toutefois de la patience avant d’en voir les effets sur le prix d’une voiture électrique ou d’une batterie domestique. Entre le lancement d’un projet minier ou industriel et sa mise en service effective, plusieurs années s’écoulent généralement, le temps d’obtenir les autorisations, de lever les financements et de construire les installations. Reste que l’autonomie complète n’est pas pour tout de suite. Même avec ces 46 nouveaux projets, l’Union européenne restera encore loin de ses objectifs 2030, qui visent à couvrir 10 % de sa consommation annuelle par l’extraction, 40 % par la transformation et 25 % par le recyclage. La bataille pour la souveraineté des matières premières critiques ne fait donc que commencer, et elle se jouera aussi, demain, dans les territoires qui accueilleront ces nouvelles usines.


Vous aimez cet article ? Partagez !



ECOinfos Energies renouvelables est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Partagez votre avis