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Si vous avez déjà des panneaux solaires, votre installation reste parfaitement légale et rien ne vous oblige à changer d’équipement. En revanche, si vous prévoyez d’en installer, la provenance de l’onduleur devient un critère à regarder de près, car l’Union européenne prépare un cadre qui pourrait écarter certains fabricants, y compris pour les maisons individuelles.
C’est le sens d’un rapport publié par le Groupe d’experts sur les énergies intelligentes (SEEG) de la Commission européenne. Rédigé par des gestionnaires de réseau, des industriels du solaire, des régulateurs, des spécialistes de la cybersécurité et des universitaires, il recommande noir sur blanc de restreindre l’utilisation des fournisseurs à haut risque. Le texte n’est pas contraignant, mais il tombe au moment précis où Bruxelles réécrit ses lois sur la cybersécurité.
Ce que recommandent les experts européens
Un onduleur moderne est un équipement connecté : il envoie la production vers une application, reçoit des mises à jour à distance et peut moduler sa puissance. Multipliés par des millions de toitures, ces appareils forment une capacité de pilotage considérable. Selon les experts, des failles dans les onduleurs pourraient être exploitées pour provoquer des coupures ou déstabiliser le réseau électrique.
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Le rapport juge que la législation actuelle ne couvre pas le risque de « portes dérobées » intentionnelles, notamment lorsque le fabricant relève d’un pays considéré comme à risque. Il propose donc des restrictions dans les quatre catégories étudiées : résidentiel avec batterie, résidentiel, commercial et industriel, et grandes centrales. Il recommande aussi de classer les onduleurs comme produits importants de classe II au titre du Cyber Resilience Act, ce qui imposerait une évaluation par un organisme indépendant plutôt qu’une simple autodéclaration du fabricant.
Christoph Podewils, secrétaire général du Conseil européen de la fabrication solaire (ESMC), salue une avancée vers des normes renforcées et attend sa traduction dans la révision en cours du Cybersecurity Act. L’ESMC, qui représente les fabricants européens, milite de longue date pour ces restrictions : un soutien logique, à lire aussi comme celui d’une partie intéressée.
Pourquoi l’onduleur est devenu un sujet de souveraineté
Les fabricants chinois détiennent environ 80 % du marché mondial des onduleurs, et leur part dans les importations européennes est passée de 45 % à 61 % entre 2018 et 2024. Des prix souvent 30 à 50 % inférieurs à ceux des modèles européens expliquent cette domination.
Certains pays n’ont pas attendu. La Lituanie interdit depuis mai 2025 aux fabricants de pays jugés menaçants, dont la Chine, d’accéder à distance aux installations de plus de 100 kW. Ce seuil épargne les toitures domestiques, précisément ce que le rapport européen propose de dépasser.
Un cadre réglementaire qui se resserre déjà
| Texte | Où en est-on | Ce qu’il prévoit | Effet pour un particulier |
|---|---|---|---|
| Règles de financement européen | Appliquées depuis le printemps 2026, dérogations tranchées d’ici le 1er novembre 2026 | Plus de fonds UE ni BEI pour les projets avec onduleurs de Chine, Russie, Iran ou Corée du Nord | Aucun direct |
| Cyber Resilience Act | Signalement des failles obligatoire depuis le 11 septembre 2026, application complète le 11 décembre 2027 | Exigences de cybersécurité et marquage CE des produits connectés | Oui, pour les équipements vendus après fin 2027 |
| Cybersecurity Act révisé (CSA2) | Proposé le 20 janvier 2026, en négociation | Mécanisme pour désigner et restreindre les fournisseurs à haut risque dans l’énergie | Possible si les recommandations sont retenues |
| Rapport du SEEG | Publié en octobre 2026 | Restrictions dans toutes les catégories, résidentiel compris | Visé explicitement, non contraignant |
Pour les grands projets, la Commission a déjà fait le calcul : l’onduleur pèse environ 5 % du coût d’une centrale, et changer de fournisseur alourdirait la facture de moins de 2 %. Sur une toiture, l’onduleur représente une part plus importante du budget.
Ce que cela pourrait coûter sur une maison
Prenons une installation résidentielle classique de 6 kWc, facturée autour de 12 000 à 14 000 euros posée. L’onduleur, ou l’ensemble des micro-onduleurs, y pèse généralement entre 1 000 et 2 000 euros. Si l’écart de prix de 30 à 50 % se maintenait au moment de basculer vers un fabricant non concerné, le surcoût serait de l’ordre de 300 à 800 euros, soit 3 à 6 % du budget total. De quoi allonger le retour sur investissement de quelques mois, sans remettre en cause l’intérêt de l’autoconsommation.
Ce chiffrage reste un ordre de grandeur, et plutôt prudent : la montée en volume des fabricants alternatifs devrait au contraire resserrer les écarts de prix.
Les bons réflexes dès maintenant
Pour un propriétaire déjà équipé, aucune mesure rétroactive n’est sur la table. Quelques gestes simples renforcent toutefois la sécurité : changer le mot de passe par défaut de l’application de suivi, accepter les mises à jour du micrologiciel et, si possible, connecter l’onduleur à un réseau Wi-Fi invité plutôt qu’au réseau principal du foyer.
Pour un projet en cours, demandez à l’installateur la marque et l’origine de l’onduleur, sa politique de mises à jour et la durée de garantie, et faites-les figurer sur le devis. Un professionnel sérieux répondra sans difficulté.
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Enfin, méfiez-vous des démarcheurs qui brandiraient ce rapport pour vous pousser à remplacer en urgence un onduleur qui fonctionne. Aucune obligation de remplacement n’existe aujourd’hui.

