Montrer le sommaire Cacher le sommaire
Si vous avez climatisé votre logement en soirée cet été, vous avez participé au phénomène que RTE met en lumière dans son bilan publié le 21 septembre. La demande d’électricité des ménages a nettement grimpé en fin de journée, au moment précis où la production solaire s’éteint. Pour la plupart des foyers au tarif réglementé, la facture n’a pas bougé. En revanche, ce décalage entre midi et 19 h dessine déjà l’enjeu des prochaines années : ce n’est plus la quantité d’électricité qui compte, c’est l’heure à laquelle on la consomme.
Dans ses premières analyses sur le fonctionnement du système électrique au cours de l’été 2026, le gestionnaire du réseau détaille un été hors norme : 53 jours de vague de chaleur selon Météo-France, une sécheresse sévère et un parc nucléaire bridé par la température des rivières.
Un été où le solaire a pris le relais
Entre juin et août, les panneaux solaires français ont produit 15,1 TWh, contre 12,5 TWh un an plus tôt. Cette hausse s’explique d’abord par l’arrivée de nouvelles installations : près de 5,9 GW de puissance supplémentaire en un an, soit un parc solaire plus grand d’un cinquième. Toitures de particuliers, ombrières et centrales au sol ont donc toutes contribué à ce record.
Fiche CEE BAT-TH-116 : financer l’installation de la GTB pour vos bâtiments tertiaires
Pourquoi le gouvernement s’attaque au tarif de rachat solaire de 8 000 fermes, écoles et mairies
Autre enseignement qui intéressera les propriétaires : la chaleur n’a presque pas pénalisé les panneaux. RTE confirme que le rendement baisse légèrement au-delà d’environ 25 °C, mais que cet effet est resté minime face à l’ensoleillement exceptionnel. Le graphique ci-dessous le montre : même par forte chaleur, les points restent alignés sur la droite de production.

Ce renfort tombait à pic. L’hydraulique a connu sa deuxième plus faible production estivale depuis 50 ans, et jusqu’à 13,4 GW de réacteurs nucléaires ont été indisponibles le 17 août, dont 1,8 GW à Gravelines à cause d’un afflux de méduses.
| Été (juin à août) | 2025 | 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Consommation brute | 95,2 TWh | 99,1 TWh | +4 % |
| Production solaire | 12,5 TWh | 15,1 TWh | +21 % |
| Production éolienne | 8,0 TWh | 8,9 TWh | +11 % |
| Production hydraulique | 12,3 TWh | 10,8 TWh | -12 % |
| Production nucléaire | 84,4 TWh | 83,7 TWh | -1 % |
| Centrales fossiles (gaz surtout) | 2,6 TWh | 4,1 TWh | +58 % |
| Prix du gaz PEG, moyenne d’août | 31,6 €/MWh | 61,5 €/MWh | x 1,9 |
Le vrai point faible, c’est 19 heures
Le cœur du rapport se trouve dans une courbe. Le 9 juillet 2026, en pleine vague de chaleur, la consommation dépassait celle d’une journée normale de juillet 2025 d’environ 4 GW à midi. Vers 19 h, l’écart atteignait près de 6,5 GW, selon notre lecture du graphique de RTE. En cause, une thermosensibilité accrue du secteur résidentiel : les logements restituent la chaleur accumulée et les climatiseurs tournent en soirée.

C’est à ce moment que le gaz entre en scène. Les centrales fossiles ont surtout tourné entre 18 h et minuit, en bonne partie pour exporter vers des voisins dont la demande était encore plus tendue. Résultat : trois soirées au-dessus de 400 €/MWh, avec un pic à 487,4 €/MWh le 13 août à 19 h 45, du jamais vu depuis décembre 2022. Pour les foyers en offre dynamique indexée sur le marché spot, ces heures-là ont coûté très cher.

Et votre facture en février 2027 ?
Pas de panique pour les abonnés au tarif Bleu. La dernière révision, au 1er août 2026, a relevé le tarif réglementé de 2,5 % TTC en moyenne, et le kWh en option Base est passé à 0,2001 € pour un compteur 3 ou 6 kVA. Sur les marchés à terme, le contrat de livraison pour 2027 a bondi d’environ 45 % en un mois, pour dépasser 92 €/MWh mi-septembre. Mais le tarif réglementé lisse les prix d’achat sur environ deux ans : selon une analyse de JeChange, la moyenne retenue sur la fenêtre de calcul tourne autour de 60 €/MWh, et même une variation de 5 % dans un sens ou dans l’autre représenterait moins de 3,60 € par mois pour un foyer type. La prochaine révision est attendue au 1er février 2027.
Point important : RTE souligne que l’électricité française reste environ 40 €/MWh moins chère que l’allemande sur les marchés à terme. La hausse est européenne, mais l’avantage français tient.
Combien vaut un kWh solaire bien placé
C’est ici que l’été 2026 parle directement aux propriétaires de panneaux. Prenons un cas type : un climatiseur qui consomme 1 kW pendant 4 heures chaque soir de canicule, soit 212 kWh sur les 53 jours de chaleur. Au tarif Base actuel, cela représente environ 42 € tirés du réseau. Avancer la moitié de ce refroidissement entre 14 h et 18 h, quand une installation de 3 kWc produit à plein, réduit ce montant d’environ 21 €.
| Cas type (estimation ECOinfos) | kWh achetés au réseau | Coût au tarif Base |
|---|---|---|
| Clim uniquement en soirée | 212 kWh | environ 42 € |
| Moitié avancée en après-midi solaire | 106 kWh | environ 21 € |
Le rapport de la CRE sur vos factures a-t-il été retouché après des échanges avec le gouvernement ? Elle dément
Après les contrats S6 et S10, le S21 entre à son tour dans le viseur du budget 2027
Le montant reste modeste sur un été, mais la logique est la même que celle décrite par RTE à l’échelle nationale : déplacer l’abondance solaire de midi vers le soir. Batterie domestique, pilotage de la clim ou du ballon d’eau chaude, recharge du véhicule en journée : plus le solaire pèse lourd, plus chaque kWh consommé au bon moment prend de la valeur.
Nos sources et nos calculs
Les données de production, de consommation, de prix spot et de disponibilité nucléaire proviennent du rapport RTE du 21 septembre 2026, qui repose en partie sur des chiffres provisoires. Les éléments sur le tarif réglementé et les prix à terme sont attribués à la CRE, via les sites spécialisés cités, et à l’analyse de JeChange. Le qualificatif d’été le plus chaud et le plus ensoleillé provient de Météo-France. Sont des estimations éditoriales d’ECOinfos : la lecture de l’écart de 4 à 6,5 GW sur le graphique de RTE, et le cas type de climatisation, calculé avec une puissance électrique de 1 kW et au prix de 0,2001 €/kWh TTC.

