Montrer le sommaire Cacher le sommaire
Les résultats de la 12e période de l’appel d’offres photovoltaïque sur bâtiment, dit AO PV BAT PPE2, ont été publiés ce mardi par la Direction générale de l’énergie et du climat. Ils confirment ce que la filière anticipait depuis plusieurs semaines : une session très largement sursouscrite, doublée d’une chute marquée du prix moyen des lauréats. Derrière ces chiffres se dessine une bascule intéressante, celle d’un segment porté non plus par quelques grandes centrales, mais par une multitude de projets de taille plus modeste.
Une session sursouscrite plus de cinq fois
Pour un volume appelé de 300 MW, la 12e période a attiré 1 159 dossiers cumulant 1 559,28 MWc, soit plus de cinq fois la puissance recherchée. C’est de très loin le niveau de candidatures le plus élevé observé sur cet appel d’offres depuis son lancement en 2021. Après plusieurs sessions sous-souscrites entre fin 2024 et mi-2025, où le volume déposé peinait à atteindre l’objectif, l’inversion de tendance est nette et rapide.
Cette abondance de candidatures traduit un regain d’appétit des porteurs de projets pour le mécanisme de complément de rémunération, qui sécurise un revenu de référence sur vingt ans. Dans un contexte où les tarifs d’achat du petit photovoltaïque en toiture ont été fortement révisés à la baisse, l’appel d’offres redevient une voie privilégiée pour les installations de plus de 500 kWc cherchant de la visibilité économique sur le long terme.
Appel d’offres éolien terrestre : EDF et ENGIE tirent les prix vers le bas
Trois mois après son lancement, le plan d’électrification passe à l’action
326 lauréats pour 300 MW : la percée des petits projets
La CRE retient 326 projets lauréats pour une puissance totale attribuée de 300,23 MW, très légèrement au-dessus des 300 MW appelés. Le contraste avec la période précédente est saisissant : la 11e session n’avait désigné que 129 lauréats pour une puissance quasi identique de 300,85 MWc. Autrement dit, à volume constant, le nombre de projets retenus a plus que doublé.
Mécaniquement, la taille moyenne des installations retenues s’effondre. Elle passe d’environ 2,3 MWc par projet en période 11 à près de 0,9 MWc par projet en période 12. Le segment des grandes toitures reste dominé, dans cette session, par des installations de dimension intermédiaire plutôt que par les centrales de plusieurs mégawatts qui structuraient les périodes antérieures. C’est ce basculement qui justifie de parler d’un raz-de-marée de petits projets, une dynamique qui pourrait rebattre les cartes entre grands développeurs nationaux et acteurs plus locaux.
Un prix moyen au plus bas depuis le lancement de l’appel d’offres
L’autre enseignement majeur concerne le prix. Le tarif moyen pondéré des lauréats s’établit à 82,98 €/MWh, contre 96,48 €/MWh lors de la période 11. La baisse atteint 13,50 €/MWh, soit près de 14 % en une seule session, un recul d’une ampleur inédite pour cet appel d’offres, dont les prix reculaient jusqu’ici de un à deux euros par période.
Ce niveau constitue le plancher historique de l’AO PV Bâtiment. Il passe même sous le précédent point bas de 83,12 €/MWh atteint lors de la toute première période, en février 2022. La forte concurrence entre candidats, conjuguée à la baisse continue des coûts des composants et à la pression exercée par le prix plafond, a tiré les offres vers le bas. Pour les développeurs, cette compétitivité accrue est à double tranchant : elle démontre la maturité économique de la filière, mais elle réduit la marge de manœuvre tarifaire des futurs candidats.
Six sessions pour lire la tendance
Le tableau ci-dessous replace la période 12 dans la trajectoire récente de l’appel d’offres et met en évidence le double mouvement, hausse du nombre de lauréats et effondrement du prix.
| Période | Résultats | Lauréats | Puissance attribuée | Prix moyen |
|---|---|---|---|---|
| P8 | Décembre 2024 | 72 | 253,30 MWc | 99,95 €/MWh |
| P9 | Mars 2025 | 54 | 220,30 MWc | 98,20 €/MWh |
| P10 | Mai 2025 | 74 | 191,16 MWc | 97,53 €/MWh |
| P11 | Novembre 2025 | 129 | 300,85 MWc | 96,48 €/MWh |
| P12 | Juillet 2026 | 326 | 300,23 MW | 82,98 €/MWh |
La lecture est limpide. Après trois sessions sous-souscrites où le volume attribué restait sous les 300 MWc, l’objectif est de nouveau saturé depuis la période 11, puis largement dépassé en candidatures à la période 12. Dans le même temps, le prix qui grignotait quelques euros à chaque tour a décroché d’un coup.
Un signal fort, à contre-courant de la crise du solaire en toiture
Ce résultat intervient dans un climat tendu pour le photovoltaïque français. Sur le segment du petit solaire en toiture, sous le régime de l’arrêté tarifaire, la révision des dispositifs de soutien a fragilisé de nombreux installateurs et provoqué une mobilisation de la filière. Le succès de cette 12e période raconte donc une autre histoire, celle d’un segment des grandes toitures qui, lui, reste dynamique et attractif pour les investisseurs.
Un élément de contexte mérite d’être suivi de près. Le cahier des charges applicable à cette période, publié en février 2026, rend explicitement éligibles les installations de plus de 500 kWc valorisant une partie de leur production en autoconsommation individuelle ou collective. Cette ouverture pourrait avoir élargi le vivier de candidats, notamment des projets de taille plus modeste adossés à un site consommateur, sans qu’il soit possible, à ce stade et sans l’analyse détaillée des résultats, d’en mesurer précisément l’effet.
Ce qu’il faut retenir pour la filière
Pour les développeurs et les bureaux d’études, le message est double. La demande de raccordement à un contrat de complément de rémunération n’a jamais été aussi forte sur ce segment, mais le ticket d’entrée tarifaire s’est durci. Proposer un prix compétitif ne suffit plus, il faut aussi un dossier techniquement irréprochable et un sourcing bas carbone maîtrisé pour se hisser parmi les lauréats.
Canicule : le nucléaire français a déjà perdu 8,7 % de sa puissance
Plan d’électrification : le gouvernement lance le leasing social des pompes à chaleur
L’analyse fine des résultats, répartition régionale, classement des développeurs, poids des plus grosses installations, sera précisée dans les jours à venir par la CRE et les cabinets spécialisés. Elle permettra de confirmer si cette percée des petits projets est un mouvement de fond ou une singularité liée aux paramètres de cette session.
Retrouvez la liste des lauréats ici.

