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Le gouvernement fait le point ce mardi sur l’avancement de son plan d’électrification, présenté au printemps par le Premier ministre Sébastien Lecornu et composé de 22 mesures. Parmi elles, un dispositif est particulièrement attendu par la filière du chauffage : un leasing social pour les pompes à chaleur, calqué sur celui qui existe déjà pour les voitures électriques. L’objectif affiché est d’équiper 25 000 ménages modestes d’ici 2028 en installations réversibles, capables à la fois de chauffer l’hiver et de rafraîchir l’été.
Ce plan avait été annoncé en pleine tension sur les marchés pétroliers, liée à la fermeture temporaire du détroit d’Ormuz au printemps. Les prix de l’essence sont depuis revenus à des niveaux proches de ceux d’avant crise, mais l’exécutif ne compte pas ralentir la cadence. Au delà de l’enjeu de décarbonation, cette stratégie sert aussi les intérêts d’EDF, qui dispose d’une production électrique excédentaire à écouler.
Un principe simple, un montage plus complexe
Le mécanisme reprend la logique du leasing automobile. Pendant trois ans, le ménage continue de payer un montant équivalent à son ancienne facture de chauffage au gaz. Au terme de cette période, il devient propriétaire d’une pompe à chaleur installée et intégralement remboursée. Une source au ministère de l’Energie résume ainsi le principe : le foyer paie le prix de son chauffage à gaz pendant trois ans, puis récupère un équipement entièrement financé.
Trois mois après son lancement, le plan d’électrification passe à l’action
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Concrètement, l’offre couvre l’achat de la pompe à chaleur, son installation, sa maintenance et la fourniture en électricité nécessaire à son fonctionnement. C’est ce montage packagé, unique en son genre, qui distingue ce dispositif des aides classiques comme MaPrimeRénov’. Les entreprises candidates devront démontrer que le coût cumulé du remboursement et de l’électricité reste inférieur ou égal à ce que le ménage payait auparavant pour son gaz ou son fioul. Si l’équation ne tient pas, le gouvernement pourrait intervenir en s’appuyant sur le programme des certificats d’économie d’énergie (CEE), initialement conçu pour financer des travaux d’efficacité énergétique et de plus en plus mobilisé pour l’électrification des usages.
Sur le plan technique, l’argument avancé par le ministère est celui de l’efficacité. Une pompe à chaleur réversible consomme nettement moins d’électricité qu’un radiateur électrique classique, et permettrait selon les estimations gouvernementales de diviser par deux le coût du chauffage par rapport à une installation au gaz. Elle reste toutefois plus onéreuse à l’achat, ce qui justifie précisément l’intérêt du montage en leasing pour les foyers qui ne peuvent pas avancer la totalité du prix.
Trois candidats déjà positionnés, un calendrier serré
Selon les informations communiquées par la ministre de l’Energie Maud Bregeon, trois acteurs se sont d’ores et déjà positionnés sur cette offre : EDF, via sa filiale travaux Izy by EDF, l’énergéticien britannique Octopus Energy, et Effy, spécialiste de la rénovation énergétique qui s’est engagé à déposer une candidature à la rentrée. Le calendrier est précis : les lauréats seront désignés le 15 septembre, pour un lancement des premières commandes à partir du 1ᵉʳ octobre.
Cette mise en concurrence n’est pas anodine pour le secteur. Effy avait déjà salué publiquement les orientations du plan d’électrification, y voyant une validation de son approche d’offre packagée regroupant travaux, aides et financement autour d’un interlocuteur unique. De son côté, EDF dispose déjà d’un réseau structuré de plus de mille artisans RGE via Izy by EDF, ce qui pourrait lui donner un avantage logistique pour tenir les délais fixés par le ministère.
Le dispositif s’inscrit dans un objectif plus large porté par la filière professionnelle. L’AFPAC et Uniclima, les deux fédérations qui structurent le secteur des pompes à chaleur en France, se sont engagées collectivement sur une trajectoire ambitieuse : atteindre un million de pompes à chaleur installées par an d’ici 2030, avec une montée en puissance progressive, environ 400 000 installations dès 2027 et 600 000 en 2030, pour un parc total attendu de 6,1 millions d’unités à cette échéance. Pour donner un ordre de grandeur, la France comptait moins d’un logement sur trente équipé en 2017, contre plus d’un sur dix aujourd’hui, soit environ quatre millions d’installations. Cette accélération répond notamment à l’interdiction progressive des chaudières fossiles dans le neuf, déjà largement effective via la réglementation environnementale RE2020.
Un dispositif miroir de celui des véhicules électriques
Le parallèle avec la mobilité n’est pas qu’une image. Le gouvernement relance en parallèle la troisième édition du leasing social automobile, qui démarre le 16 juillet et vise 50 000 nouveaux ménages. Pour les véhicules partiellement fabriqués en Europe, l’aide pourra atteindre 9 500 euros, avec un objectif de loyers mensuels contenus sous les 200 euros, les constructeurs devant proposer au moins un modèle sous les 140 euros par mois.
Le ministère élargit aussi son soutien aux gros rouleurs professionnels, avec une aide à l’achat pouvant grimper jusqu’à 7 600 euros à compter du 1ᵉʳ septembre, ciblant les ménages des déciles D6 à D8 parcourant plus de 12 000 kilomètres par an à titre professionnel, soit selon l’Insee des revenus annuels compris entre 30 000 et 35 000 euros environ. Les aides aux camionnettes électriques fabriquées en Europe montent jusqu’à 9 500 euros, et celles destinées aux poids lourds routiers peuvent atteindre 100 000 euros pour un véhicule dont le prix avoisine 300 000 euros. Faute de budget public suffisant, ces aides s’appuient elles aussi en partie sur les certificats d’économie d’énergie. D’autres appels à projets ciblent l’électrification des engins de chantier, des engins agricoles et des bateaux de pêche.
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Toutes les mesures du plan n’avancent cependant pas au même rythme. La publication de la liste des cent territoires d’électrification, censés bénéficier d’un accompagnement renforcé pour accélérer leur sortie du gaz, a été reportée. Le ministère explique ce retard par un afflux de candidatures largement supérieur aux attentes, plus de 200 dossiers déposés, un succès qui complique visiblement l’arbitrage entre collectivités.
Pour les professionnels du secteur, installateurs comme fournisseurs, ce nouveau calendrier de mi-septembre à début octobre constitue un repère concret à surveiller. Le choix des trois premiers opérateurs retenus, et les conditions précises d’éligibilité des ménages, détermineront largement le rythme de déploiement réel du dispositif sur le terrain d’ici la fin de l’année.

