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La compétition n’a jamais été aussi vive sur l’éolien à terre. La onzième période de l’appel d’offres PPE2 dédié à l’éolien terrestre, clôturée fin mai 2026, s’est soldée par une sursouscription massive et un resserrement des prix qui en dit long sur la maturité de la filière. Deux acteurs se détachent nettement du peloton, EDF Renouvelables et Engie Green, qui captent une part majeure des volumes attribués. Derrière ce résultat, c’est toute la mécanique concurrentielle des appels d’offres qui se donne à voir, avec ses gagnants et ses écartés.
Une session sursouscrite près de trois fois
Le chiffre résume à lui seul l’intensité de la bataille : 144 dossiers déposés, pour une puissance cumulée proposée de 2,3 GW. En face, un volume appelé de 800 MW. Autrement dit, l’offre a dépassé la demande dans un rapport proche de trois pour un. Cette pression est la plus forte enregistrée depuis plusieurs sessions et tranche avec les débuts poussifs des appels d’offres PPE2, marqués en 2021 et 2022 par des taux de souscription insuffisants.
Ce retournement n’est pas anecdotique. Il traduit un vivier de projets prêts à sortir de terre, alors que la filière n’avait raccordé que 270 MW de nouvelles capacités au premier semestre 2025, un rythme jugé insuffisant au regard des objectifs nationaux. Les développeurs disposent donc de projets dans les cartons, mais se heurtent à un guichet volontairement resserré.
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Un volume appelé revu à la baisse
C’est l’autre variable clé de cette session. Le volume appelé a été ramené de 925 MW, référence historique de cet appel d’offres, à 800 MW. Cette réduction découle des modalités annoncées par le gouvernement début avril 2026, dans le sillage de la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie. Une seconde période est programmée pour septembre 2026, également calibrée autour de 800 MW, avec une particularité : seuls les projets ayant déjà obtenu leur autorisation environnementale peuvent candidater, gage d’exemplarité en matière d’acceptabilité locale et d’intégration paysagère.
Mécaniquement, réduire le volume appelé tout en attirant davantage de dossiers accentue la sélectivité. Sur les 144 candidatures, 39 dossiers ont été retenus pour 808 MW attribués, soit un taux de réussite d’à peine plus d’un dossier sur quatre. Les projets recalés ne sont pas nécessairement mauvais : dans un appel d’offres où le prix pèse l’essentiel de la note, il suffit d’être quelques euros au-dessus du voisin pour rester à quai.
EDF et Engie en tête des lauréats
Selon les éléments disponibles, EDF et Engie concentrent une part significative des volumes attribués. Rien de surprenant sur le fond : les deux énergéticiens disposent d’équipes de développement étoffées, d’un accès au financement à des conditions avantageuses et d’un portefeuille de projets suffisamment large pour arbitrer et concentrer leurs meilleures offres sur une même période. Cette capacité à jouer sur les volumes et sur le coût du capital constitue un avantage compétitif difficile à égaler pour un développeur indépendant.
Ce constat mérite toutefois d’être confirmé par le rapport de synthèse public de la CRE, qui détaille habituellement la répartition de la puissance retenue par société mère. Lors de la neuvième période, la CRE avait ainsi publié la ventilation des lauréats par groupe, un exercice de transparence qui permet de mesurer la concentration réelle du marché. La répartition régionale, elle, se joue traditionnellement dans un quatuor de tête, Grand Est, Hauts-de-France, Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes, qui absorbe l’essentiel des capacités.
Un prix tiré vers le plancher
C’est le fait marquant de cette session. La forte concurrence a poussé les candidats à comprimer leurs offres, tirant le prix moyen pondéré vers son plancher. Pour mémoire, le prix moyen s’établissait à 86,62 €/MWh lors de la dixième période, déjà en léger repli, après 87,61 €/MWh au printemps 2025 et 87,92 €/MWh un an plus tôt. La trajectoire est baissière depuis plusieurs sessions, et la sursouscription de cette onzième période ne pouvait que l’accentuer.
Un point de vocabulaire s’impose ici pour éviter tout malentendu. Ces appels d’offres ne comportent pas de « prix plancher » réglementaire : ils fonctionnent avec un prix plafond confidentiel, communiqué par le ministre à la CRE, au-delà duquel une offre est écartée. Parler de prix au plancher renvoie donc au niveau historiquement bas atteint par le prix moyen des projets retenus, et non à un seuil garanti. Cette nuance a son importance pour un lecteur professionnel : c’est la pression concurrentielle, et non un plancher administratif, qui compresse les tarifs. Les lauréats bénéficient ensuite d’un complément de rémunération sur 20 ans, calculé par différence entre un tarif de référence et le prix moyen du marché, la différence étant versée au producteur par EDF au titre des charges de service public de l’énergie.
Ce que cela change pour la filière
Pour les producteurs, le message est double. D’un côté, la vitalité du vivier de projets confirme que l’éolien terrestre reste une filière compétitive, capable d’attirer des candidatures bien au-delà des volumes offerts. De l’autre, la sélectivité croissante rebat les cartes. Un développeur qui aligne un tarif quelques euros trop haut repart sans contrat, quelle que soit la qualité de son site. La maîtrise du coût du capital et des coûts de construction devient l’arme décisive, ce qui joue structurellement en faveur des grands groupes intégrés.
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Pour les collectivités et les territoires, cette dynamique pose la question de la diversité des acteurs. Une concentration accrue autour de quelques énergéticiens peut fragiliser les projets participatifs et citoyens, alors même que le cahier des charges valorise, à la marge, la gouvernance partagée et le financement collectif. Ces critères ne pèsent toutefois que quelques points face aux 95 points attribués au prix, un déséquilibre qui limite leur portée dans un contexte de concurrence exacerbée. À noter que l’éolien reste, par ailleurs, une source de recettes locales, de l’ordre de 10 à 15 k€ par MW installé et par an au titre de la fiscalité, dont l’IFER, redistribuée entre les collectivités concernées.
Le calendrier des prochaines échéances
La prochaine fenêtre est déjà connue. Une deuxième période éolien terrestre est attendue en septembre 2026, réservée aux projets déjà autorisés sur le plan environnemental. Elle interviendra dans un contexte politique particulier, à quelques mois de l’échéance présidentielle de 2027, période durant laquelle la trajectoire des énergies renouvelables fera l’objet de débats nourris. Pour les développeurs, l’enjeu sera de digérer les enseignements de cette onzième session, où la barre a été placée haut, et où seuls les projets les plus affûtés sur le prix ont franchi la ligne.

