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- Ce que révèle la nouvelle cartographie d’Enedis et RTE
- Pourquoi ces zones sont bloquées : la saturation des postes-sources
- La Nouvelle-Aquitaine, région pilote d’une tension qui s’annonce ailleurs
- Comment savoir si votre projet est concerné avant d’investir
- Ce que prévoient Enedis et RTE pour désaturer le réseau
Ce que révèle la nouvelle cartographie d’Enedis et RTE
Les deux gestionnaires de réseau ont publié une cartographie nationale faisant apparaître en rouge les secteurs où le raccordement d’un nouveau projet éolien ou photovoltaïque nécessiterait plus de cinq ans. Trois zones sont explicitement citées : le sud de la région Centre-Val de Loire, le Lot-et-Garonne dans le Sud-Ouest et les Vosges dans le Grand Est. Dans ces territoires, la contrainte ne porte pas sur la volonté de développer des installations, mais sur la capacité des infrastructures à évacuer l’électricité produite vers les zones de consommation.
Enedis nuance toutefois la portée du constat : le gestionnaire rappelle qu’environ 90% du territoire conserve des capacités disponibles pour accueillir de nouvelles installations, et que la situation française reste moins tendue que celle observée en Espagne ou aux Pays-Bas, deux marchés jugés nettement plus saturés. Cette comparaison reste une appréciation d’Enedis, non un chiffrage indépendant, et mérite d’être lue comme telle.

Pourquoi ces zones sont bloquées : la saturation des postes-sources
Le nœud du problème se trouve dans les postes-sources, ces équipements qui font l’interface entre le réseau de transport de RTE et le réseau de distribution d’Enedis en transformant l’électricité de très haute tension vers des niveaux compatibles avec la distribution régionale. Enedis en exploite actuellement environ 2 300 sur l’ensemble du territoire. Quand un poste-source atteint sa limite dans une zone donnée, tout nouveau projet doit soit attendre un renforcement, soit être redirigé vers un poste voisin lui aussi sous tension.
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Cédric Boissier, directeur raccordement chez Enedis, résume la situation en s’adressant directement aux porteurs de projets : il leur demande d' »écouter le réseau » et d’intégrer la question du raccordement dès la conception, plutôt qu’une fois le site choisi.
Cette saturation localisée s’explique surtout par la vitesse du développement rural. Le rythme de raccordement des énergies renouvelables s’est fortement accéléré sur le réseau de distribution : Enedis a raccordé 6,6 GW en 2025, contre 5,5 GW en 2024 et 4,2 GW en 2023. Fin 2025, le gestionnaire comptait 1,275 million de producteurs renouvelables raccordés à son réseau. Or les deux tiers de cet essor récent se concentrent dans des zones rurales où la consommation locale reste faible, ce qui complique l’acheminement de la production vers les points de consommation.
| Année | Puissance renouvelable raccordée par Enedis | Évolution |
|---|---|---|
| 2023 | 4,2 GW | référence |
| 2024 | 5,5 GW | + 31% |
| 2025 | 6,6 GW (dont 5,8 GW de solaire et 0,8 GW d’éolien) | + 20% |
Le Lot-et-Garonne illustre cette dynamique locale : la puissance renouvelable raccordée au réseau y a plus que triplé en six ans, au point de figurer aujourd’hui parmi les zones rouges de la cartographie.
La Nouvelle-Aquitaine, région pilote d’une tension qui s’annonce ailleurs
La région Nouvelle-Aquitaine, où se trouve justement le Lot-et-Garonne, offre un cas concret de ce que la saturation signifie une fois chiffrée. Selon des données RTE consolidées début 2026, 62 des 350 postes-sources de la région sont en saturation contractuelle, et la moitié d’entre eux le sont aussi physiquement, ce qui signifie qu’aucune marge technique ne subsiste sans travaux. Dans les Pyrénées-Atlantiques, la puissance raccordée a triplé entre 2021 et 2024. Dans les Landes, elle a plus que doublé sur la même période.
| Indicateur (Nouvelle-Aquitaine, données 2025-2026) | Valeur |
|---|---|
| Postes-sources en saturation contractuelle | 62 sur 350 |
| Postes-sources supplémentaires jugés nécessaires | 32 |
| Capacité encore disponible pour de nouveaux projets | 1,5 GW |
| Puissance EnR déjà raccordée dans la région | environ 11,2 GW |
| Investissement S3REnR programmé | 1,8 milliard d’euros, sur 16,3 GW planifiés |
Pour un porteur de projet installé dans une commune concernée par ces postes saturés, la conséquence concrète est double : un délai de raccordement qui peut dépasser cinq ans, et dans certains cas un refus temporaire de nouvelle demande tant qu’aucun renforcement n’a été engagé. C’est cette réalité, déjà documentée en Nouvelle-Aquitaine depuis plusieurs mois, qui se généralise désormais à l’échelle nationale avec la cartographie publiée le 15 juillet.
Comment savoir si votre projet est concerné avant d’investir
Avant d’engager une étude de faisabilité ou un premier devis, il est possible de vérifier gratuitement la capacité d’accueil du réseau à l’adresse exacte du projet. Enedis met à disposition l’outil « Cartographie des capacités réseau », accessible depuis son portail client entreprises, qui permet d’identifier en quelques clics :
- la puissance encore disponible en injection sur le secteur concerné, en basse comme en haute tension
- les zones où un raccordement est possible sans renforcement du réseau, donc plus rapide et moins coûteux
- une première simulation pour un projet de production ou de consommation, avec réponse immédiate
Concrètement, un agriculteur qui envisage un hangar photovoltaïque de quelques centaines de kilowatts a intérêt à consulter cet outil avant de choisir l’emplacement du bâtiment ou de signer un compromis, puisque deux parcelles voisines peuvent afficher des délais de raccordement très différents selon le poste-source dont elles dépendent. Les données sont actualisées mensuellement, mais elles ne reflètent pas toujours la file d’attente des demandes déjà déposées : un contact direct avec l’interlocuteur raccordement reste recommandé pour confirmer la faisabilité avant tout engagement financier.
Ce que prévoient Enedis et RTE pour désaturer le réseau
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Les deux gestionnaires ne présentent pas cette cartographie comme un point d’arrêt mais comme un outil de priorisation des investissements. Enedis prévoit de construire une centaine de nouveaux postes-sources d’ici 2030, dont près des deux tiers spécifiquement pour accompagner le raccordement de capacités renouvelables. À l’échelle nationale, la Commission de régulation de l’énergie a approuvé en février 2026 le programme d’investissements 2026 de RTE, doté de 4,24 milliards d’euros, en hausse d’environ 27% par rapport aux dépenses réalisées en 2025, une progression qui finance à la fois le renforcement du réseau existant, les raccordements de nouveaux utilisateurs et le développement de l’éolien en mer.
Ces travaux s’inscrivent dans les schémas régionaux de raccordement au réseau des énergies renouvelables, les S3REnR, qui réservent progressivement des capacités aux projets à mesure que les renforcements sont livrés. En Nouvelle-Aquitaine par exemple, 90% des 16,3 GW prévus par le schéma régional sont déjà programmés, pour un investissement de 1,8 milliard d’euros. Le nouveau schéma de la région n’est toutefois pas attendu avant fin 2027 ou début 2028, ce qui signifie que la tension actuelle sur certains postes-sources devrait perdurer encore plusieurs années avant un desserrement significatif.

