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Si vous envisagez des panneaux solaires ou si vous surveillez le prix de votre électricité, un discours prononcé fin juin à Paris vous concerne plus qu’il n’y paraît. Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, y a défendu un maintien des énergies renouvelables en France, au moment précis où leur avenir reste suspendu à des arbitrages politiques qui décideront du niveau des aides et de la stabilité du cadre pour les ménages.
Au colloque de l’Union française de l’électricité (UFE), le 23 juin 2026, le dirigeant du premier groupe pétrolier français a livré un message qui tranche avec l’image de son entreprise : « il faut garder les énergies renouvelables » et « surtout pas s’arrêter ». Un plaidoyer qui tombe dans un contexte français très particulier, où un coup de frein sur le solaire et l’éolien a bien failli être décidé quelques mois plus tôt.
Un dirigeant du pétrole qui plaide pour le solaire et l’éolien
L’argument central de Patrick Pouyanné n’est pas d’abord climatique, il est géopolitique. Dans un monde marqué par les tensions de 2026 autour du détroit d’Ormuz, après la crise gazière de 2022, il estime que la sécurité d’approvisionnement devient un moteur aussi puissant que le climat pour développer des énergies produites localement. Le pétrole et le gaz importés restent exposés aux crises internationales, alors que le solaire, l’éolien, la géothermie ou l’hydroélectricité sont, eux, des énergies domestiques. Pour lui, cette motivation de souveraineté pourrait même peser davantage que l’argument climatique dans les décisions des États.
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Son autre mot-clé est celui d’abondance. Selon le PDG de TotalEnergies, le monde ne manque pas seulement d’énergies bas carbone, il manque d’énergie tout court, et l’on ne pourra réduire la place des fossiles qu’après avoir construit un système électrique robuste. La France, grâce à son parc nucléaire, dispose d’une électricité déjà largement décarbonée, mais cet atout doit être complété par les renouvelables pour répondre à la hausse attendue de la demande. Cette lecture rejoint la trajectoire du groupe, positionné sur l’électricité depuis 2020 : elle représente environ 10 % de ses productions et ventes d’énergie aujourd’hui, avec un objectif de 20 % en 2030, et un profil imaginé autour de 50 % d’hydrocarbures et 50 % d’électricité à l’horizon 2050.
Ce que ça change pour vous : des aides au solaire déjà en pleine mutation
C’est le point le plus concret pour un particulier. Patrick Pouyanné plaide pour une évolution des mécanismes de soutien : selon lui, le solaire au sol et l’éolien terrestre sont désormais compétitifs, et soutenir des capacités intermittentes sans batteries pose désormais problème. Ce raisonnement vise les grands dispositifs, comme les contrats pour différence, mais il décrit exactement la direction que la France a déjà prise pour le solaire résidentiel.
Depuis l’arrêté tarifaire S21, entré en vigueur le 5 juin 2026, la prime à l’autoconsommation a été purement et simplement supprimée pour toute nouvelle demande de raccordement, et le tarif de rachat du surplus a été unifié autour de 1,1 c€/kWh, soit environ quatre fois moins qu’au trimestre précédent. Le message envoyé aux ménages est clair : le modèle « je produis et je revends » n’a plus d’intérêt, place à l’autoconsommation. Voici ce que la réforme change concrètement pour une installation résidentielle.
| Dispositif | Jusqu’au 4 juin 2026 | Depuis le 5 juin 2026 (arrêté S21) |
|---|---|---|
| Prime à l’autoconsommation (≤ 9 kWc) | 80 €/kWc, soit jusqu’à 720 € pour 9 kWc | Supprimée pour les nouveaux dossiers |
| Tarif de rachat du surplus | environ 0,04 €/kWh | 0,011 €/kWh HT, garanti 20 ans, indexé +2 %/an |
| Vente en totalité (≤ 9 kWc) | Possible sous conditions | Supprimée, autoconsommation avec vente du surplus uniquement |
| TVA (≤ 9 kWc, critères remplis) | 10 % puis 5,5 % | 5,5 % |
L’ordre de grandeur parle de lui-même. Pour une installation de 6 kWc, la disparition de la prime représente jusqu’à 480 € d’aide en moins à l’investissement, et un surplus revendu qui ne rapporte plus qu’une fraction de sa valeur passée. La logique de rentabilité bascule vers l’autoconsommation : avec un prix d’achat sur le réseau autour de 19 à 20 c€/kWh et un rachat à 1,1 c€/kWh, chaque kilowattheure consommé sur place vaut désormais près de dix-sept fois plus qu’un kilowattheure revendu. Les contrats signés avant la réforme conservent, eux, leur prime et leur tarif d’origine pendant vingt ans. Le plaidoyer de Patrick Pouyanné pour un soutien recentré sur le stockage et la pilotabilité n’est donc pas une hypothèse lointaine : c’est déjà, pour les foyers, la réalité de la facture.
Le vrai enjeu : le risque d’un coup d’arrêt politique
Si le discours de Patrick Pouyanné fait sens, c’est parce que l’avenir des renouvelables en France n’a rien d’acquis. Au début de l’année 2026, le gouvernement a un temps envisagé de publier la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie tout en décrétant un moratoire sur le solaire et l’éolien terrestre, un scénario alors qualifié de « RN-compatible » et fermement dénoncé, notamment par notre média. Le moratoire a finalement été écarté, mais la PPE3, publiée le 13 février 2026, a revu les ambitions à la baisse : l’objectif solaire pour 2030 est passé de 54 à 48 GW, et le texte prévoit un plafond de capacités soutenues plutôt qu’un calendrier d’accélération.
La filière a réagi avec un mélange de soulagement et de déception : soulagement d’avoir évité l’arrêt, déception face à des objectifs jugés en retrait. Surtout, la PPE3 intègre une clause de revoyure en 2027, année d’élection présidentielle, ce qui replace la question énergétique au cœur du débat politique. C’est précisément cette incertitude qui pèse sur les ménages : un cadre stable permet d’investir sereinement dans le solaire ou la rénovation, alors qu’une remise en cause à chaque échéance électorale fragilise la visibilité et la confiance. Quand le patron de TotalEnergies demande d’accélérer les autorisations « pour le nucléaire comme pour les renouvelables », il vise ce point aveugle : la lenteur administrative et l’instabilité découragent les investissements, particuliers compris.
La nuance que le discours n’a pas soulignée
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Le plaidoyer mérite toutefois d’être lu avec du recul. Quelques semaines avant ce colloque, le 9 juillet 2026, TotalEnergies a finalisé la cession de l’ensemble de ses actifs solaires distribués en Europe, environ 170 MW majoritairement sur toitures, dans sept pays dont la France. Le groupe se recentre sur les grandes fermes solaires et éoliennes, plus rentables à son échelle, et abandonne précisément le segment le plus proche des particuliers, celui du solaire sur bâtiment. Défendre les renouvelables « en général » n’engage donc pas au même niveau que soutenir le solaire résidentiel.
Il faut aussi rappeler que TotalEnergies reste un groupe dont les hydrocarbures représentent l’essentiel de la production, et que Patrick Pouyanné inscrit les batteries, les centrales à gaz de flexibilité et le nucléaire dans la même logique de système que le solaire et l’éolien. Son propos n’oppose pas les filières, il les subordonne à un système pilotable où les renouvelables ne sont soutenues qu’accompagnées de stockage. C’est une vision cohérente sur le plan industriel, mais qui, appliquée sans discernement, pourrait aussi justifier de conditionner davantage les aides, y compris pour les ménages.

