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À peine visibles depuis les plages de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, les trois éoliennes du projet EFGL (Éoliennes flottantes du golfe du Lion) marquent une étape décisive pour la filière française de l’éolien en mer. Installées à plus de 16 kilomètres au large de Leucate et du Barcarès, ces trois machines de 10 MW chacune, soit 30 MW au total, sont désormais raccordées au réseau électrique national et injectent leur production depuis le début du printemps 2026, selon les informations communiquées par Ocean Winds, actionnaire majoritaire du projet aux côtés de la Banque des Territoires.
Le calendrier a été précis. RTE, chargé du raccordement, a achevé la mise à disposition du câble électrique reliant l’éolienne dite « de tête » au réseau à la mi-avril 2026. Quelques semaines plus tard, Ocean Winds annonçait officiellement, début mai, l’injection des premiers mégawattheures produits en mer. Selon l’exploitant, la mise en production totale de la ferme, c’est-à-dire un fonctionnement à pleine puissance de façon continue, était attendue « dès la fin du printemps », soit autour du mois de juin 2026. Les dernières prises de parole disponibles, début et mi-mai, évoquaient encore une phase de tests, avec une entrée en service définitive annoncée comme imminente par Jérémy de Barbarin, directeur du projet EFGL chez Ocean Winds.
Un projet pilote unique en Méditerranée
Lauréat dès 2016 d’un appel à projets de l’Ademe dans le cadre du programme d’investissements d’avenir, devenu France 2030, le projet EFGL est né d’une décennie de développement, de concertation locale et d’études environnementales menées avec le Parc naturel marin du golfe du Lion. Il s’agit du deuxième parc éolien flottant à produire de l’électricité en France, après Provence Grand Large, mis en service en juin 2025 au large de Port-Saint-Louis-du-Rhône, et il précède de peu Eolmed, le troisième parc pilote du golfe du Lion, porté par Qair avec BW Ideol et TotalEnergies au large de Gruissan, qui a lui aussi commencé à injecter de l’électricité fin avril 2026.
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Les trois turbines Vestas V164, montées sur des flotteurs conçus par Principle Power, culminent à 186 mètres en bout de pale, l’équivalent d’un immeuble d’une soixantaine d’étages, pour des pales de 80 mètres de long. Avec leur ballast, chaque ensemble flotteur-éolienne pèse près de 5 000 tonnes. Elles ont été assemblées à quai à Port-La Nouvelle, dans l’Aude, avant d’être remorquées et installées en mer entre l’été et l’automne 2025, sur des ancrages capables de résister à des efforts de 320 tonnes. Le site retenu, à une profondeur d’environ 70 mètres, illustre l’intérêt principal de la technologie flottante : elle permet d’exploiter des gisements de vent au large, là où l’éolien posé sur le fond marin n’est techniquement pas envisageable.
Une fois à pleine puissance, le parc doit produire près de 110 000 MWh par an, de quoi couvrir la consommation électrique annuelle de plus de 50 000 habitants, soit l’équivalent de la ville de Narbonne, et ce pendant une durée d’exploitation prévue de 20 ans. Ocean Winds met également en avant l’ancrage industriel du projet dans le tissu économique régional, avec environ 85 % de fournisseurs directs français et 60 % de PME parmi les entreprises mobilisées.
Un chantier maritime hors norme
L’installation en mer, achevée début septembre 2025 avec la pose de la troisième et dernière éolienne, a nécessité un dispositif logistique inédit en Occitanie. Chaque flotteur a été tracté depuis le port de Port-La Nouvelle par le remorqueur de haute mer Skandi Tender, escorté de navires d’assistance et de surveillance, dont un bateau de l’association Pêcheurs Méditerranée Services. Un périmètre d’exclusion de 500 mètres a été instauré autour des flotteurs pendant toute la durée des opérations. Les câbles inter-éoliennes dynamiques, posés ensuite par le navire câblier Edda Freya, ont permis de relier les trois machines entre elles avant leur raccordement final au câble sous-marin de RTE, long de 18 kilomètres, qui rejoint la plage du Barcarès puis le poste électrique de Saint-Laurent-de-la-Salanque.
Sur le plan financier, les sources disponibles ne convergent pas totalement selon leur périmètre. RTE évoque un investissement global de 215 millions d’euros pour le projet EFGL et son raccordement. Un article local évoque, de son côté, un montant dépassant 600 millions d’euros en intégrant la construction du quai lourd de Port-La Nouvelle, financée notamment par la Région Occitanie, l’État, le Département de l’Aude et l’Agglomération du Grand Narbonne. Ces deux chiffres ne mesurent donc pas la même chose, le second incluant des infrastructures portuaires qui serviront aussi aux futurs projets d’éolien flottant de la zone.
Vers l’éolien flottant commercial en Méditerranée
EFGL n’est qu’une étape. Ocean Winds et la Banque des Territoires ont déjà été désignés lauréats, fin 2024, de l’appel d’offres n° 6 portant sur le projet commercial des Éoliennes flottantes d’Occitanie (EFLO), d’une puissance d’environ 250 MW, avec jusqu’à 19 éoliennes flottantes prévues dans la zone dite « Narbonnaise Sud-Hérault ». Une instance de concertation et de suivi de ce projet a été installée à Gruissan début juillet 2026, sous l’égide du préfet maritime de la Méditerranée et du préfet de la région Occitanie. La mise en service d’EFLO est envisagée à l’horizon 2032, dans le cadre plus large de la Programmation pluriannuelle de l’énergie 3, qui fixe un objectif national de 15 GW d’éolien offshore installé en 2035, dont environ 5,8 GW pour la façade méditerranéenne.
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Pour les acteurs locaux du solaire, de la rénovation énergétique ou des collectivités qui suivent la montée en puissance des énergies marines dans le Sud de la France, EFGL fonctionne comme un démonstrateur grandeur nature. Les enseignements techniques, environnementaux et industriels tirés de ce parc pilote doivent directement nourrir la conception des futurs projets commerciaux, à commencer par EFLO, et confirmer la capacité de la filière française à passer de l’expérimentation à des parcs de plusieurs centaines de mégawatts.

