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Et si la prochaine génération d’éoliennes ne s’étalait plus dans les campagnes, mais montait au-dessus de celles qui existent déjà ? C’est la promesse du prototype que le bureau d’ingénierie allemand Gicon a achevé fin septembre à Schipkau, dans le Brandebourg : une machine capable de produire au moins 60 % d’électricité en plus qu’une éolienne classique, en exploitant une couche de vent que personne n’utilise aujourd’hui. Pour les riverains comme pour les ménages qui financent la transition sur leur facture, la question devient moins « combien d’éoliennes » que « à quelle hauteur ».
Un géant de 365 mètres planté sur une ancienne mine de lignite
Le moyeu de la turbine culmine à 300 mètres au-dessus du sol et le bout des pales atteint 365 mètres. C’est 35 mètres de plus que la tour Eiffel, et trois mètres de moins seulement que la Fernsehturm de Berlin, la tour de télévision qui reste le plus haut édifice d’Allemagne. Le précédent record national pour une éolienne plafonnait à 285 mètres.
La comparaison avec la France est parlante : les éoliennes des parcs retenus lors du dernier appel d’offres national affichent une hauteur moyenne de 176 mètres en bout de pale, soit à peine la moitié de la machine allemande, dressée sur une ancienne butte minière de Lusace.
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Pour y parvenir sans grue géante, Gicon a inversé la logique habituelle. La tour, faite de treillis d’acier comme un pylône à haute tension, se compose d’une structure extérieure et d’un mât intérieur. La turbine a été fixée à hauteur raisonnable sur ce mât, puis l’ensemble a été hissé par un système de levage à câbles emprunté à la construction des ponts. Au sommet trône une turbine Vensys de 3,8 MW et 126 mètres de diamètre de rotor. La mise en service officielle est annoncée pour novembre 2026.
Pourquoi monter si haut : le vent n’est plus le même
À 300 mètres, l’air n’est plus freiné par les arbres, les reliefs ou les bâtiments. Le vent y souffle plus fort et surtout plus régulièrement. Selon Gicon, la turbine devrait atteindre un facteur de charge de 43,8 %, contre 26,8 % pour la même machine perchée à 150 mètres. Concrètement, elle tournerait à pleine puissance l’équivalent de 3 840 heures par an au lieu de 2 350, des performances proches de celles de l’éolien en mer.
| Même turbine de 3,8 MW | Moyeu à 150 m | Moyeu à 300 m (Schipkau) |
|---|---|---|
| Facteur de charge annoncé | 26,8 % | 43,8 % |
| Production annuelle estimée | environ 8,9 GWh | environ 14,6 GWh |
| Foyers français couverts (estimation) | environ 2 000 | environ 3 200 |
Calculs ECOinfos à partir des facteurs de charge annoncés par Gicon et d’une consommation moyenne de 4,5 MWh par foyer et par an.
Avec les mêmes pales et le même générateur, le simple changement d’altitude permettrait donc d’alimenter plus de 1 200 foyers supplémentaires. Gicon évoque même un doublement de la production face à une éolienne conventionnelle, un écart qui dépend de la hauteur de la machine prise en référence.
Un chiffre mérite d’être corrigé au passage. Plusieurs médias internationaux annoncent 30 à 33 GWh par an pour cette éolienne. C’est physiquement impossible : une turbine de 3,8 MW tournant à plein régime toute l’année plafonnerait à 33,3 GWh. Les données du constructeur pointent plutôt autour de 15 GWh.
Une prouesse technique qui reste très chère
Le prototype, commandé par l’agence fédérale allemande pour l’innovation de rupture (SPRIND), a coûté environ 25 millions d’euros, selon l’agence de presse dpa. Rapporté à sa puissance, cela représente plus de 6,5 millions d’euros par mégawatt, quand une éolienne terrestre classique se situe, selon nos estimations, autour de 1,3 à 1,6 million d’euros par mégawatt. Un écart de quatre à cinq fois, logique pour une pièce unique, mais qui devra fondre pour que le concept tienne la route.
La suite est tracée : un petit parc pilote de trois à cinq machines pour démontrer la rentabilité, puis une production en série avec des turbines de plus de 7 MW. La SPRIND veut aussi vérifier à Schipkau si la structure peut durer au-delà des 20 ans habituels.
Et en France, ce que ça change pour vous
À court terme, rien ne bougera sur votre facture ni dans votre paysage. Le principal frein français n’est pas technique : les servitudes liées aux radars civils et militaires limitent souvent la hauteur des éoliennes entre 130 et 150 mètres, ce qui complique déjà le renouvellement des vieux parcs. Une tour de 365 mètres se heurterait en plus aux règles de l’aviation et à une acceptabilité locale fragile.
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L’idée mérite pourtant d’être suivie. Gicon défend l’installation de ces tours au sein même de parcs existants, pour exploiter un « deuxième étage » de vent sans emprise foncière nouvelle. Pour les communes rurales qui voient arriver projet après projet, l’argument pèse : produire davantage sur les sites déjà équipés plutôt que multiplier les mâts. Reste à savoir si un riverain préférera dix éoliennes de 176 mètres ou quelques géants deux fois plus hauts. Un débat que la France n’a pas encore ouvert.

