Fin du thermique en 2035 : la France change de camp et négocie un assouplissement avec l’Allemagne

Il y a tout juste un an, en octobre 2025, la France et l'Espagne faisaient front commun pour défendre l'interdiction de vente des voitures neuves à moteur thermique en 2035. Paris qualifiait alors cette échéance de "repère essentiel" et s'opposait publiquement à Berlin. Aujourd'hui, le revirement est acté : la France négocie aux côtés de l'Allemagne un assouplissement de cette même règle. Un retournement qui interroge autant sur l'avenir de l'automobile européenne que sur les conséquences concrètes pour les conducteurs français.

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Paris abandonne sa ligne dure en moins d’un an

Le changement de position de la France est brutal. En octobre 2025, Paris et Madrid réaffirmaient ensemble leur soutien au règlement européen fixant la fin des ventes de voitures neuves à moteur thermique à horizon 2035. La France défendait alors fermement ce calendrier, estimant qu’il était « atteignable » pour ses constructeurs nationaux, Renault, Peugeot, Citroën et DS étant tous engagés dans des programmes électriques ambitieux.

Depuis, le contexte a évolué. Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré vouloir « tout faire » pour empêcher l’interdiction telle qu’elle est formulée, en réclamant davantage de flexibilité pour l’industrie automobile. Selon le Financial Times, la France aurait accepté de rejoindre Berlin dans cette démarche, dans le cadre d’un accord bilatéral plus large. Paris et l’Allemagne réclameraient désormais conjointement 10 points de souplesse supplémentaires, sans compensation imposée aux constructeurs.

Que pourrait changer concrètement cet assouplissement ?

Si ce compromis franco-allemand se concrétise au niveau européen, plusieurs évolutions sont envisagées. La règle du zéro émission en 2035 serait assouplie, laissant une marge de manœuvre sur les objectifs de réduction des émissions. Les carburants synthétiques (e-fuels) pourraient être maintenus comme alternative légale aux motorisations thermiques au-delà de cette date — une porte de sortie déjà réclamée par l’Allemagne et l’Italie depuis plusieurs années.

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Les véhicules hybrides rechargeables bénéficieraient également d’un traitement plus favorable que prévu initialement. Un point qui n’est pas anodin : BYD, le géant chinois, est déjà devenu le deuxième vendeur de PHEV en France en 2026, profitant justement du fait que ces modèles ne sont pas soumis aux droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois.

Par exemple, un ménage français envisageant l’achat d’une voiture neuve à horizon 2028-2030 ne saurait plus avec certitude si les modèles thermiques ou hybrides seront encore commercialisables. L’incertitude réglementaire est aujourd’hui le principal frein à la décision d’achat.

Pourquoi la France change-t-elle de position ?

Les raisons de ce revirement sont multiples. Les pressions de l’industrie automobile européenne se sont intensifiées face à la concurrence chinoise, qui progresse à grande vitesse sur le continent. Les constructeurs européens demandent du temps pour amortir leurs investissements dans l’électrique et abaisser les coûts de production.

Il y a aussi une réalité commerciale difficile à ignorer : malgré une progression notable des ventes de véhicules électriques en France (+74,2 % sur les huit premiers mois de 2026 selon l’ACEA), l’électrique reste perçu par une large partie des ménages comme un produit premium, trop coûteux à l’achat. Le leasing social voiture électrique a certes ouvert une brèche, mais le marché de masse est loin d’être conquis.

Enfin, l’accord avec Berlin s’inscrirait dans une logique diplomatique plus large, la France cherchant à obtenir des contreparties industrielles sur d’autres dossiers européens en échange de cette concession sur l’automobile.

Une Europe encore très divisée sur le sujet

Ce rapprochement franco-allemand ne fait pas l’unanimité. L’Espagne, ancienne alliée de Paris sur ce dossier, reste fermement opposée à tout recul sur l’échéance 2035 et n’a pas modifié sa position. L’Italie et la Pologne soutiennent en revanche l’assouplissement aux côtés de l’Allemagne.

C’est finalement la Commission européenne qui devra trancher, à l’occasion de la clause de revoyure 2026 prévue par le règlement. Ce rendez-vous, initialement prévu pour évaluer les progrès de la transition et ajuster si nécessaire la trajectoire, prend une dimension décisive. Un vote divisé des 27 États membres pourrait encore faire basculer le résultat dans un sens ou dans l’autre.

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Ce qui est certain, c’est que le débat sur la fin du moteur thermique en Europe est loin d’être clos. Et que la France, en changeant de camp, a considérablement rebattu les cartes d’un dossier que l’on croyait réglé.


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