Dans la Meuse, des éoliennes deux fois plus puissantes remplacent les anciennes

En Meuse, cinq éoliennes installées en 2007 ont disparu du paysage. Quatre machines plus imposantes prendront leur place d'ici 2027, avec une production annoncée en hausse de 30 %. Ce chantier de VSB France n'est qu'un début : des milliers de mâts installés au début des années 2000 arrivent au même âge partout en France, avec des conséquences concrètes pour propriétaires et riverains concernés.

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En Meuse, cinq éoliennes installées en 2007 ont disparu du paysage. Quatre machines plus imposantes prendront leur place d’ici 2027, avec une production annoncée en hausse de 30 %. Ce chantier, mené par VSB France sur la commune de Saint-Aubin-sur-Aire, n’est en réalité qu’un point de départ. Des milliers d’éoliennes installées en France au début des années 2000 arrivent aujourd’hui au même âge, et leur renouvellement, que les professionnels appellent le repowering, va se généraliser dans les prochaines années. Pour les propriétaires de terrains qui accueillent un parc et pour les habitants qui vivent à proximité, ce mouvement a des conséquences bien réelles, qui vont du paysage à la fiscalité locale en passant par le bruit.

Le parc Les Vents Meuse Sud, mis en service en 2007 et 2008, comptait à l’origine cinq éoliennes Nordex N90, pour une puissance totale de 11,7 MW. Début 2026, la phase de démantèlement des anciennes machines s’est achevée. Elle a été confiée à MDWind, une entreprise luxembourgeoise spécialisée dans le démontage d’éoliennes et fondée par Matthieu Dessailly, un ancien de Nordex justement. Les éléments de la nacelle ont été triés pour identifier les composants réutilisables en seconde main, tandis que les pales ont été orientées vers une filière de valorisation dédiée aux matériaux composites. La phase de construction a désormais démarré, avec l’installation de quatre éoliennes Nordex N117 d’une puissance unitaire de 3 MW, pour un total de 12 MW. La mise en service complète est attendue début 2027, après un chantier de douze mois au total.

Une éolienne de moins, mais un tiers d’électricité en plus

Le paradoxe n’en est pas vraiment un pour les professionnels du secteur : en vingt ans, la technologie éolienne a suffisamment progressé pour qu’une seule machine moderne produise ce qu’il fallait auparavant deux ou trois éoliennes pour générer. Mâts plus hauts, pales plus longues, meilleure captation du vent, chaque nouvelle génération de turbines gagne en performance sans nécessairement gagner en nombre. C’est tout l’objet du repowering, une stratégie que des opérateurs comme Boralex, Engie Green ou Kallista Energy développent également sur d’autres parcs français arrivés en fin de vie théorique, généralement fixée entre 20 et 25 ans.

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Le parc de Saint-Aubin-sur-Aire produisait historiquement autour de 19 000 MWh par an, selon les données publiées par la plateforme de financement participatif Enerfip lors d’une précédente campagne de collecte. Avec la hausse de production de 30 % annoncée par VSB France, le nouveau parc devrait produire de l’ordre de 24 700 MWh par an. Rapportée à la consommation domestique moyenne d’un foyer français hors chauffage, estimée à environ 4 200 kWh par an par l’Ademe, cette production correspondrait aux besoins d’environ 5 900 foyers, contre 4 500 auparavant. Ce calcul reste une estimation éditoriale, la production réelle dépendra des conditions de vent une fois le parc en service.

Avant repowering (2007-2026)Après repowering (dès 2027)
Nombre d’éoliennes54
ModèleNordex N90Nordex N117
Puissance totale11,7 MW12,0 MW
Production annuelle estiméeenviron 19 000 MWhenviron 24 700 MWh
Foyers alimentés hors chauffage, estimationenviron 4 500environ 5 900
Mise en service2007-2008Début 2027

Un mouvement qui va toucher des centaines de parcs d’ici 2030

Ce chantier n’a rien d’isolé. La France compte aujourd’hui 2 522 parcs éoliens terrestres en service pour une puissance installée de 24,1 GW, un niveau qui reste très en retrait par rapport à l’objectif de 33 à 35 GW fixé pour 2030 par la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie. Une circulaire envoyée aux préfets début 2026 a permis d’identifier 11,8 GW de parcs vieillissants à l’échelle nationale, rapporte GreenUnivers. Le réseau Amorce, de son côté, estime qu’environ 1 000 contrats d’obligation d’achat arriveront à échéance entre 2020 et 2030, ce qui revient à autant de parcs qui devront être démantelés ou renouvelés.

Face à ce mur d’échéances, l’État a choisi d’accélérer la procédure. La circulaire du 26 mars 2026 clarifie les règles applicables au repowering, avec un délai de réponse préfectoral désormais fixé à deux mois pour qualifier une modification de notable ou de substantielle. Un appel d’offres dédié de 800 MW a par ailleurs été lancé début avril 2026 spécifiquement pour des projets de renouvellement, un signe que le repowering est désormais considéré comme l’un des leviers les plus rapides pour tenir les objectifs de la PPE3, plus rapide en tout cas que l’implantation de nouveaux parcs sur des sites vierges, de plus en plus contestée localement.

Ce que cela change pour les propriétaires et les riverains

Pour un propriétaire foncier qui loue une parcelle à un exploitant éolien, le renouvellement du parc n’est pas neutre. Un simple remplacement à l’identique, mêmes dimensions et même emplacement, se limite à une déclaration préfectorale simplifiée et ne remet pas en cause le bail existant. Mais dès que les nouvelles éoliennes sont plus hautes ou déplacées, ce qui est le cas de la grande majorité des projets de repowering puisque c’est justement ce qui permet le gain de production, une nouvelle autorisation environnementale est le plus souvent nécessaire. Cela entraîne généralement une renégociation du bail, des servitudes et de la participation aux recettes reversées à la commune d’accueil, une participation qui augmente en principe avec la puissance installée.

Pour les riverains, le changement le plus visible reste le paysage : moins de mâts, mais plus hauts et plus espacés. Les retours d’expérience publiés par d’autres opérateurs ayant mené des chantiers comparables évoquent aussi un confort acoustique amélioré, les turbines récentes étant conçues pour limiter davantage les nuisances sonores que les modèles installés il y a vingt ans. Les projets de repowering bénéficient par ailleurs souvent d’une acceptabilité locale plus favorable que les nouvelles implantations, les habitants étant déjà familiers de la présence d’éoliennes sur leur territoire et les relations avec les acteurs locaux déjà établies de longue date.

Le devenir des anciennes éoliennes

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Le sort des cinq éoliennes démontées à Saint-Aubin-sur-Aire n’est pas laissé au hasard. La réglementation française impose depuis 2022 la réutilisation ou le recyclage d’au moins 90 % de la masse totale d’une éolienne démantelée, fondations comprises, un taux porté à 95 % pour les dossiers déposés depuis le 1ᵉʳ janvier 2024. Pour les rotors, composés notamment des pales, le taux minimal de valorisation est passé à 55 % depuis le 1ᵉʳ janvier 2025. C’est précisément le point le plus délicat de la filière : les pales sont fabriquées en matériaux composites, fibre de verre ou de carbone noyée dans une résine, des matériaux qui ne se refondent pas comme l’acier et restent difficiles à recycler. L’Ademe estime que la France devra traiter entre 3 000 et 15 000 tonnes de composites issus de pales chaque année, avec un pic attendu autour de 2028.

C’est dans ce cadre que MDWind est intervenue sur le site meusien, avec un tri des composants de la nacelle en vue d’une seconde vie et une orientation des pales découpées vers une filière de valorisation adaptée. Une manière, selon les mots de son fondateur Matthieu Dessailly, de faire du démantèlement une étape maîtrisée du cycle de vie d’une éolienne plutôt qu’une fin de parcours.


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