EPR2 : Nogent-sur-Seine candidate officiellement pour accueillir deux nouveaux réacteurs

La ville de Nogent-sur-Seine vient de remettre officiellement sa candidature à EDF pour accueillir deux réacteurs EPR2 de nouvelle génération. La décision est attendue avant la fin de l'année 2026, et l'enjeu pour les territoires en lice est colossal : 10 milliards d'euros, 10 000 emplois, et dix ans de chantier.

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Une candidature remise en grande pompe au siège d’EDF

C’est une délégation de la ville de l’Aube qui s’est rendue au siège d’EDF, le 13 septembre, pour remettre officiellement le dossier de candidature à Bernard Fontana, PDG d’EDF. La démarche ne relève pas d’un simple vœu pieux : Nogent-sur-Seine dispose d’arguments solides pour figurer parmi les sites retenus pour la deuxième phase de relance du nucléaire français.

La centrale de Nogent est déjà bien établie sur les bords de la Seine. Elle abrite deux réacteurs de 1 300 MW chacun, mis en service en 1987 et 1988, qui produisent environ 5 % de l’électricité nucléaire nationale. Accueillir deux EPR2 supplémentaires porterait le site à quatre réacteurs, un format déjà connu en France notamment à Bugey, Paluel ou encore Cattenom.

L’atout technique mis en avant par la délégation nogentaise est particulièrement concret. Le site bénéficie de deux lacs réservoirs artificiels, Orient et Temple, qui représentent à eux deux 400 millions de mètres cubes d’eau. Un avantage décisif dans un contexte de réchauffement climatique : l’été 2026 a montré à quel point la faible disponibilité de l’eau dans les fleuves pouvait contraindre la production nucléaire, avec l’arrêt ou le bridage de plusieurs réacteurs lors des épisodes de canicule. Ces réserves garantiraient au site nogentais une plus grande résilience que d’autres candidates plus exposées aux étiages.

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Cinq villes en compétition, quatre sites à décrocher

La première vague de la relance nucléaire française a déjà fixé trois sites : Penly, Gravelines et Bugey, où les chantiers des six premiers EPR2 doivent progressivement s’engager. EDF doit désormais sélectionner quatre sites supplémentaires pour la deuxième vague, dans le cadre des huit réacteurs additionnels que le gouvernement envisage au-delà du programme initial.

Six villes sont sur les rangs : Nogent-sur-Seine, Chinon, Blayais, Golfech, Tricastin et Creys-Malville. Toutes ont en commun d’abriter déjà une centrale en activité, ce qui simplifie considérablement les démarches réglementaires et d’acceptabilité locale. La décision finale d’EDF est attendue avant la fin de l’année 2026, ce qui en fait l’une des échéances industrielles les plus suivies de l’automne.

Pour se faire une idée des retombées en jeu : les communes qui accueillent une centrale nucléaire bénéficient de taxes foncières exceptionnellement élevées. Certaines petites communes rurales situées à proximité d’un site disposent de budgets municipaux comparables à ceux de villes bien plus grandes, leur permettant de maintenir des services publics et des infrastructures que leurs voisines ne peuvent pas financer.

Ce que représente concrètement un chantier EPR2 pour un territoire

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque paire d’EPR2 représente environ 10 milliards d’euros d’investissements, mobilise jusqu’à 10 000 emplois directs et indirects sur le territoire, et s’étale sur une durée de chantier d’au moins dix ans. Pour une ville comme Nogent-sur-Seine et le département de l’Aube, l’obtention d’un tel projet constituerait un levier économique sans précédent depuis la mise en service de la centrale historique dans les années 1980.

Au-delà de l’emploi direct sur le site, c’est tout un tissu de PME locales et régionales spécialisées dans la mécanique, la chaudronnerie, le génie civil ou les équipements électriques qui serait mobilisé. La filière nucléaire française, qui cherche à reconstituer des compétences après des années de sous-investissement, voit dans ces chantiers une opportunité de former une nouvelle génération de techniciens et d’ingénieurs.

Une décision sous haute tension politique

Ce choix de sites ne se fait pas uniquement sur des critères techniques. La relance du nucléaire est l’un des sujets les plus chauds à l’approche des élections présidentielles de 2027, et les territoires candidats font jouer leurs réseaux politiques pour défendre leur dossier.

Pour la centrale de Nogent-sur-Seine, la proximité avec Paris, à une centaine de kilomètres, constitue aussi un argument de poids : elle garantit une connexion aisée au réseau électrique à haute tension alimentant la région capitale, dont les besoins en électricité décarbonée vont croître fortement avec le développement des centres de données liés à l’intelligence artificielle.

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Le gouvernement a fixé un cap : une décision finale d’investissement sur les six premiers EPR2 avant fin 2026, avec des mises en service attendues à partir de la fin des années 2030. Pour les quatre sites de la deuxième vague, le calendrier sera légèrement décalé, mais leur désignation avant la fin de l’année permettrait de lancer les études d’ingénierie et les procédures réglementaires sans délai supplémentaire.

Ce qui est certain, c’est que la course est lancée. Chaque site candidat sait que décrocher un chantier EPR2, c’est s’assurer des décennies de dynamisme économique local, une attractivité renforcée pour les entreprises industrielles alentour et des recettes fiscales qui transforment durablement le visage d’un territoire. À Nogent-sur-Seine, après quarante ans de cohabitation réussie avec la centrale existante, la municipalité estime que toutes les conditions sont réunies pour franchir une nouvelle étape.


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