Neuf fois trop de projets solaires au sol : les lauréats acceptent des prix en chute de 23 % pour décrocher l’État

L'État a désigné les lauréats de deux appels d'offres photovoltaïques. Neuf projets au sol sur dix sont restés sur le carreau, et ceux qui passent acceptent un prix de vente inférieur de 23 % à la session précédente. Pour une centrale de 10 MWc, l'écart représente plus de 200 000 euros de revenus en moins chaque année. Décryptage des résultats et liste complète des lauréats.

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Pour un développeur solaire, la séquence qui vient de se refermer se résume en deux chiffres : seulement 17 % des projets au sol ont été retenus, et ceux-ci vendront leur électricité autour de 61 €/MWh, un plancher que la filière n’avait pas vu depuis le début du dispositif PPE2. Pour les porteurs de projets de 100 à 500 kWc, souvent des agriculteurs, des collectivités ou des PME, le constat est voisin : sept dossiers sur dix ont été écartés.

La Direction générale de l’énergie et du climat a publié début octobre les résultats de la neuvième période de l’appel d’offres PPE2 « Centrales au sol » et de la deuxième période de l’appel d’offres simplifié dit « Petit PV », ouvert aux installations sur bâtiments, ombrières ou au sol de plus de 100 kWc et jusqu’à 500 kWc.

Une sursouscription record sur le solaire au sol

Les chiffres de l’appel d’offres au sol donnent le vertige. 731 dossiers ont été déposés pour une puissance cumulée de 8 341 MWc, alors que l’État ne cherchait que 925 MWc. Le taux de sursouscription atteint ainsi 9 fois le volume appelé. Au final, 125 projets ont été retenus pour 931,40 MWc, avec un prix moyen pondéré de 61,33 €/MWh.

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L’appel d’offres Petit PV suit la même logique, dans une moindre mesure. 2 952 dossiers ont été déposés pour 963,20 MWc, soit plus de trois fois les 288 MWc recherchés. 871 projets ont été retenus pour 288,31 MWc, à un prix moyen pondéré de 75,48 €/MWh.

Le site de référence photovoltaique.info, porté par l’association Hespul, avance deux explications à cet engorgement sur le segment 100-500 kWc : un volume appelé réduit au regard de la dynamique historique de ce marché, qui générait environ 1 200 MWc de demandes de raccordement complètes par trimestre en 2024-2025 sous l’arrêté S21, et surtout l’absence de toute session pendant près de dix mois depuis la première période de septembre 2025.

Des prix en chute de 15 à 23 % selon les segments

Tecsol évoque une baisse de 15 à 20 %. En comparant avec les dernières sessions publiées, l’écart est même plus marqué pour le solaire au sol.

Appel d’offresSession précédenteSession d’octobre 2026Évolution
PPE2 Centrales au sol79,48 €/MWh (8e période, 2025)61,33 €/MWh (9e période)– 22,8 %
Petit PV 100-500 kWc88,73 €/MWh (1re période, 2025)75,48 €/MWh (2e période)– 14,9 %
Sursouscription au sol8 341 MWc déposés / 925 MWc appelésx 9
Sursouscription Petit PV963 MWc déposés / 288 MWc appelésx 3,3

Sur le solaire au sol, le prix moyen tournait autour de 79 à 82 €/MWh depuis la troisième période de 2022. Il retombe aujourd’hui sous le niveau de la toute première session PPE2 de 2021 (58,84 €/MWh hors inflation), ce qui, en euros constants, constitue un niveau historiquement bas.

Ce que la baisse représente pour un projet sur 20 ans

Les lauréats sont rémunérés pendant 20 ans sur la base du prix proposé dans leur offre. Une baisse de quelques euros par mégawattheure pèse donc lourd à l’échelle d’un contrat.

Prenons une centrale au sol de 10 MWc produisant environ 12 500 MWh par an, un ordre de grandeur courant dans le sud-ouest. À 79,48 €/MWh, elle aurait généré près de 994 000 euros de recettes annuelles. À 61,33 €/MWh, elle en génère environ 767 000 euros. L’écart atteint près de 227 000 euros par an, soit environ 4,5 millions d’euros sur la durée du contrat.

Côté Petit PV, un hangar agricole de 300 kWc produisant environ 345 MWh par an passe de 30 600 euros à 26 000 euros de recettes annuelles, soit environ 4 600 euros de moins chaque année et plus de 90 000 euros sur 20 ans. Pour un exploitant agricole qui finance son bâtiment grâce à la toiture solaire, la différence peut remettre en cause l’équation financière.

C’est tout l’enjeu soulevé par Tecsol : tous les projets lauréats seront-ils réellement construits ? Avec des coûts de raccordement en hausse, des taux d’intérêt qui restent élevés et des délais d’instruction longs, certains business models sont désormais très tendus.

La Nouvelle-Aquitaine rafle près de la moitié de la puissance au sol

L’examen de la liste officielle des lauréats au sol fait apparaître une forte concentration géographique. La Nouvelle-Aquitaine compte 43 projets lauréats pour environ 423 MWc, soit près de 45 % de la puissance attribuée. Le Lot-et-Garonne se distingue à lui seul avec 11 projets portés par des sociétés de projet du groupe Reden, pour près de 188 MWc, dont quatre centrales de 25 à 30 MWc sur la commune d’Allons.

Le plus gros projet de la session est celui de Criquebeuf-sur-Seine, dans l’Eure, pour 34,38 MWc. À l’autre bout du spectre, de nombreux projets d’environ 1 MWc portés par des acteurs plus modestes ou citoyens, comme une coopérative d’énergie citoyenne en Aunis Atlantique, figurent également parmi les lauréats.

Ce qu’il faut retenir pour la suite

Ces résultats confirment une tendance déjà observée en juillet sur l’appel d’offres photovoltaïque sur bâtiments : le photovoltaïque n’a jamais été aussi compétitif, mais la pression sur les marges n’a jamais été aussi forte. Pour la collectivité, des prix plus bas signifient un coût de soutien public moindre. Pour la filière, ils traduisent un goulet d’étranglement : le volume de projets prêts dépasse de très loin ce que l’État met aux enchères, faute d’une programmation stable.

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Pour consulter le détail projet par projet :


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