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Pour un foyer équipé de panneaux solaires, la règle du jeu a changé : chaque kWh envoyé sur le réseau ne rapporte presque plus rien, tandis que chaque kWh consommé sur place fait économiser environ 20 centimes sur la facture. Le discours tenu par Patrick Pouyanné au colloque du Syndicat des énergies renouvelables (SER) transpose à l’échelle des centrales ce que les propriétaires constatent déjà chez eux : la valeur du solaire se joue désormais dans le stockage et le pilotage, beaucoup moins dans la revente.
Ce que Patrick Pouyanné propose pour le solaire français
Le PDG de TotalEnergies part d’un constat : le solaire et l’éolien terrestres ne sont plus des technologies naissantes. Il y a quinze ans, l’État devait garantir leurs revenus pour qu’elles se développent. Aujourd’hui, selon lui, elles sont assez compétitives pour supporter davantage de risque de marché.
Sa proposition s’inspire du modèle américain : un soutien fiscal à l’investissement, puis une exposition plus directe au marché. L’intérêt, à ses yeux, est de pousser les développeurs à choisir les meilleurs projets et à installer plus vite des batteries pour absorber les écarts de prix. Il plaide pour davantage de contrats d’achat de long terme (PPA) sur dix à quinze ans avec les industriels, puis pour des PPA hybrides associant solaire, éolien, stockage et moyens flexibles. Il suggère aussi d’adapter les appels d’offres de la CRE pour favoriser les projets solaire + batterie.
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Le dirigeant insiste toutefois sur un point : faire évoluer les mécanismes de soutien ne signifie pas ralentir. Il faut, selon ses mots, « continuer à investir en France dans les renouvelables », la relative stabilité des prix français tenant à la fois au nucléaire et aux renouvelables.
Un constat que la CRE partage déjà, chiffres à l’appui
L’appel à l’hybridation n’arrive pas de nulle part. Dans une note publiée en mars 2026, la Commission de régulation de l’énergie relevait que sur 1 470 projets retenus dans les appels d’offres photovoltaïques de la PPE2, seuls 22 associaient solaire et stockage. Elle soulignait surtout que les épisodes de prix négatifs avaient conduit, selon RTE, à renoncer à 1,6 TWh de production solaire en 2025, soit environ 20 % du productible des centrales sous complément de rémunération.
C’est l’écrêtement que pointe Patrick Pouyanné : plus le solaire progresse, plus la production de midi perd de sa valeur. La CRE a proposé d’expérimenter un contrat de soutien conçu pour les installations hybrides.
Le raccordement, ce coût qui pèse sur les projets
Autre frein identifié par le patron de TotalEnergies : le raccordement au réseau. Selon lui, il représente en France environ 25 % du coût des modules d’une installation solaire, contre 10 % en Allemagne. Il admet d’ailleurs que son groupe n’a réalisé qu’environ 2 GW dans l’Hexagone, pour un objectif de 5 GW fixé en 2020. En cause, non pas l’argent, mais le foncier cher, la petite taille des projets, les délais administratifs et les recours. « Ce n’est pas du tout un problème de financement », résume-t-il. Pour lui, la baisse des tarifs de soutien doit venir d’une réduction du coût global des projets, pas d’un ralentissement des volumes.
Pour les particuliers, le kWh revendu ne vaut presque plus rien
Cette logique « produire au bon moment » s’applique déjà aux toitures. Depuis le 5 juin 2026, en application de l’arrêté du 1er juin, le surplus des nouvelles installations est racheté 1,1 c€/kWh HT et la prime à l’autoconsommation a disparu. En face, le kWh au tarif réglementé option Base (3 et 6 kVA) s’élève à 20,01 c€ TTC depuis le 1er août 2026.
Prenons une installation de 6 kWc produisant environ 7 000 kWh par an, avec un taux d’autoconsommation de 35 %, soit 4 550 kWh injectés sur le réseau chaque année.
| Tarif de rachat du surplus | Prix du kWh injecté | Revenu annuel du surplus |
|---|---|---|
| Avant 2025 (≤ 9 kWc) | 12,69 c€ | environ 577 € |
| 2025 à juin 2026 | 4 c€ | environ 182 € |
| Depuis le 5 juin 2026 | 1,1 c€ | environ 50 € |
Estimation ECOinfos, cas type. Les contrats signés avant le 5 juin 2026 conservent leur tarif pendant 20 ans.
Le même volume, s’il était consommé sur place, éviterait plus de 900 € d’achats d’électricité. Toute la question est donc de déplacer la consommation vers les heures de production.
Une batterie domestique, rentable ou pas encore ?
Ajoutons une batterie de 10 kWh au cas type. Avec 250 cycles par an, une profondeur de décharge de 90 % et un rendement de 95 %, elle restitue environ 2 140 kWh par an qui auraient sinon été vendus 1,1 centime. Chaque kWh ainsi déplacé fait gagner près de 19 centimes, soit un gain d’environ 400 € par an.
Le problème reste le prix d’achat. Une batterie résidentielle coûte aujourd’hui entre 800 et 1 200 € par kWh, pose comprise, soit 8 000 à 12 000 € pour 10 kWh. Le retour sur investissement se situe alors entre 20 et 30 ans, un horizon long au regard de la durée de vie de l’équipement. La baisse des cellules lithium ne se retrouve encore que marginalement dans les devis.
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En attendant, le levier le plus rentable ne coûte presque rien : programmer le ballon d’eau chaude, le lave-linge, le lave-vaisselle ou la recharge du véhicule électrique en pleine journée. Un routeur solaire ou une petite batterie calée sur la consommation du soir offre souvent un meilleur compromis.
Ce qu’il faut retenir
Pour les développeurs et les industriels, le message est clair : les futurs appels d’offres et les PPA hybrides devraient récompenser les projets capables de livrer une électricité régulière, pas seulement abondante. Pour les ménages, le solaire reste un investissement pertinent, à condition de le penser d’abord pour l’autoconsommation. Des grandes centrales aux toitures, la même équation s’impose : le kWh solaire vaut d’autant plus qu’il est consommé ou stocké au bon moment.

