Le PS hésite sur le nucléaire, Vallaud, lui, a déjà choisi

À l'occasion des premiers Entretiens de Terra Nova, le 22 juin, Boris Vallaud a posé une ligne énergétique nette pour les socialistes : faire des renouvelables le cœur du mix électrique français et cantonner le nucléaire à un rôle d'accompagnement. Une position assumée, qui le distingue à la fois des partisans d'une relance nucléaire massive et de la prudence affichée par la direction de son propre parti.

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En résumé :

  • Boris Vallaud, président du groupe Socialistes à l’Assemblée nationale, fait des énergies renouvelables la priorité de la stratégie énergétique qu’il défend.
  • Il avance des arguments de coût et de délai : 60 à 80 €/MWh pour les renouvelables contre environ 125 €/MWh pour les nouveaux réacteurs, déployables en 2 à 5 ans contre 15 à 20 ans pour un EPR.
  • Le nucléaire conserve une place « d’accompagnement » : 6 à 8 EPR2 et prolongation des réacteurs existants jusqu’à 60 ans, mais pas de programme de 14 EPR, jugé irréaliste.
  • La réussite dépend d’un effort massif sur le stockage, avec un objectif de 15 GW de capacités d’ici 2035, et sur la modernisation des réseaux.
  • À l’horizon 2050, il vise un mix majoritairement renouvelable, soutenu par environ 29 GW de capacités pilotables.
  • Sa position le situe à rebours de la ligne actuelle du PS, qui a reculé sur le nucléaire dans son programme de juin 2026.

Une décennie de retard à rattraper

Le constat dressé par le député des Landes est sévère, et il vise d’abord l’inaction passée. Il pointe un retard français accumulé sur plusieurs fronts simultanément : le déploiement des renouvelables, l’électrification des usages, la rénovation thermique des bâtiments et la décarbonation de l’industrie. Il rappelle au passage que la France figure parmi les rares pays européens à ne pas avoir tenu ses objectifs en matière d’énergies renouvelables, un point régulièrement relevé par la Commission européenne ces dernières années.

Pour Boris Vallaud, ce retard a un coût différé. L’objectif de neutralité carbone fixé à 2050 impose selon lui d’accélérer les investissements dès maintenant, faute de quoi la facture de la transition sera nettement plus lourde dans les décennies suivantes. L’argument n’est pas seulement climatique : il s’inscrit dans une logique de gestion budgétaire de long terme, en assumant des dépenses immédiates pour éviter des surcoûts ultérieurs.

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Des renouvelables moins chers et plus rapides à déployer

Le responsable socialiste justifie la priorité accordée aux renouvelables par des arguments économiques autant que climatiques. Il met en avant un coût de production compris entre 60 et 80 €/MWh pour l’éolien et le solaire, à comparer aux quelque 125 €/MWh estimés pour les nouveaux réacteurs nucléaires. L’écart de calendrier est tout aussi frappant : un parc renouvelable se construit en 2 à 5 ans, là où un nouvel EPR demande 15 à 20 ans entre la décision et la mise en service. À cela s’ajoute un bénéfice de souveraineté, puisque ces filières réduisent la dépendance française aux combustibles importés.

Cette accélération reste toutefois conditionnée à plusieurs leviers. Boris Vallaud insiste sur la simplification des procédures administratives, sur le renforcement de l’acceptabilité locale grâce à un meilleur partage de la valeur avec les collectivités, et sur l’émergence d’une véritable filière industrielle française et européenne des technologies bas carbone. Ce volet « acceptabilité » fait écho à une note publiée par Terra Nova le 25 juin, qui chiffrait à 77 % la part des conflits liés à des projets renouvelables parmi les contentieux industriels recensés entre 2010 et 2025, et proposait notamment un rabais sur la facture d’électricité des riverains de parcs éoliens ou solaires.

Stockage et réseaux, les conditions de la réussite

Le développement massif des renouvelables ne tient pas sans une infrastructure capable d’absorber leur intermittence. Sur ce point, Boris Vallaud appelle à un plan national visant 15 GW de capacités de stockage d’ici 2035. Ce volume reposerait sur un bouquet de solutions complémentaires : batteries stationnaires, stations de transfert d’énergie par pompage, hydroélectricité, hydrogène vert et véhicules électriques mobilisés pour la flexibilité du réseau.

Les réseaux eux-mêmes devront évoluer. Le député plaide pour leur modernisation afin d’intégrer une production de plus en plus décentralisée, en s’appuyant sur les réseaux intelligents. Il insiste enfin sur le maintien des barrages hydroélectriques dans le giron d’EDF, considérant cette ressource pilotable et stockable comme un atout stratégique pour la sécurité du système électrique français, dans un dossier de concurrence avec Bruxelles qui reste sensible depuis des années.

Un nucléaire d’accompagnement, pas de relance massive

C’est sur le nucléaire que la ligne de Boris Vallaud se précise le plus nettement. Contrairement aux scénarios qui misent sur une relance d’ampleur, il défend une approche calibrée. Le groupe socialiste propose la construction de 6 à 8 EPR2 et la prolongation, sous contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire et lorsque c’est techniquement possible, des centrales existantes jusqu’à 60 ans. Cette capacité pilotable viendrait soutenir la montée en puissance des renouvelables sans capter l’ensemble des moyens d’investissement disponibles.

En revanche, le député rejette explicitement l’hypothèse d’un programme de 14 EPR, qu’il juge irréaliste sur les plans industriel, financier et humain. La formule qu’il emploie, celle d’un nucléaire « d’accompagnement », résume l’inversion de hiérarchie qu’il propose : non plus le nucléaire au centre et les renouvelables en complément, mais l’inverse.

Un mix majoritairement renouvelable visé pour 2050

Le scénario présenté se déroule en trois temps. D’ici 2038, la priorité irait à l’accélération des renouvelables, au stockage, aux réseaux et à l’électrification des usages. Entre 2038 et 2050, les EPR2 entreraient progressivement en service pendant que les renouvelables atteindraient leur pleine maturité. À l’horizon 2050, le système électrique reposerait sur une composante majoritairement renouvelable, adossée à environ 29 GW de capacités pilotables et à des solutions de stockage longue durée arrivées à maturité.

Pour financer cette trajectoire, Boris Vallaud mise sur des leviers publics : mobilisation de la Banque publique d’investissement et de la Caisse des dépôts, création d’un fonds souverain de la transition énergétique, et réorientation progressive des aides publiques actuellement fléchées vers les énergies fossiles. Il assume par ailleurs un refus de prolonger l’exploitation pétrolière nationale au-delà des échéances déjà prévues.

Vallaud à contre-courant de son propre parti

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Au-delà du contenu, cette intervention a une portée politique qui dépasse la seule technique énergétique. Les Entretiens de Terra Nova, organisés en partenariat avec Politico France, réunissaient les principales figures susceptibles de porter les idées de la gauche progressiste à l’approche de la présidentielle, de François Hollande à Marine Tondelier en passant par Raphaël Glucksmann, Delphine Batho et Bernard Cazeneuve. Le sujet de l’énergie y agit comme un révélateur des lignes de fracture.

Sur le nucléaire précisément, Boris Vallaud se situe à rebours de la ligne actuelle de la direction socialiste. Là où le programme du PS adopté en 2025 visait encore huit EPR2, sa version de juin 2026 ne mentionne plus qu’un renouvellement partiel du parc existant, dans une posture de prudence assumée par Olivier Faure. En continuant de défendre 6 à 8 EPR2, Vallaud maintient une position personnelle plus volontariste sur l’atome, tout en plaçant clairement les renouvelables au sommet de la hiérarchie. Une nuance qui éclaire, à dix mois de l’élection, l’ampleur des arbitrages encore ouverts à gauche sur la politique énergétique.


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