Panneaux solaires : avec la réforme S21, faut-il encore investir en 2026 ?

L'arrêté modificatif du 1er juin 2026, publié au Journal officiel le 4 juin et entré en vigueur le lendemain, a fait l'effet d'une douche froide sur la filière photovoltaïque. Fin de la prime à l'autoconsommation, suppression de la vente en totalité pour les petites installations, et surtout un tarif de rachat du surplus ramené à 1,1 centime d'euro par kilowattheure. De quoi semer le doute chez les particuliers qui envisageaient de passer au solaire.

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Pourtant, la réalité est plus nuancée qu’il n’y paraît.

Ce que la réforme S21 change concrètement

Pour comprendre l’ampleur du changement, il faut rappeler d’où l’on vient. Avant la première réforme de mars 2025, le tarif de rachat pouvait atteindre 12,69 c€/kWh pour certaines tranches de puissance. Il avait ensuite été ramené à environ 4 c€/kWh. Avec l’arrêté du 1er juin 2026, il tombe à 1,1 c€/kWh, avec une indexation annuelle de 2 % sur la durée du contrat de 20 ans. En cinq ans, le tarif a été divisé par plus de onze.

Trois changements majeurs sont à retenir pour les installations résidentielles de moins de 9 kWc : la prime à l’investissement est supprimée, la vente en totalité de la production n’est plus éligible au dispositif, et le tarif de rachat du surplus devient unique. Les projets dont la demande complète de raccordement a été déposée avant le 5 juin 2026 conservent leurs conditions antérieures, garanties pour 20 ans.

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Autoconsommer, c’est 23 fois plus rentable que revendre

C’est ici que le raisonnement change radicalement, et qu’il convient de dissiper une idée reçue tenace. La vente du surplus n’a, en réalité, jamais constitué le moteur principal de la rentabilité d’une installation résidentielle bien conçue. C’est l’autoconsommation qui fait la différence économique.

Le calcul est simple : un kilowattheure autoconsommé permet d’éviter un achat au réseau, facturé à 0,194 € au tarif réglementé en juin 2026. Ce même kilowattheure, s’il est injecté sur le réseau, est aujourd’hui racheté à 1,1 centime. Le rapport est de 1 à 18.

Prenons deux voisins. Le premier a installé 6 kWc en 2024, avec une prime d’environ 500 € et un tarif de rachat à 4 c€/kWh. Le second lance exactement le même projet en juillet 2026 : il paie son installation un peu moins cher (les prix des modules ont continué de baisser), sans prime, mais avec un rachat quasi symbolique. Pour ce second foyer, chaque kilowattheure consommé directement vaut 25 centimes d’économie ; chaque kilowattheure revendu ne rapporte que 1,1 centime. C’est limpide : il faut consommer sa production, pas la revendre.

Dimensionnement : l’erreur à ne plus commettre

La réforme S21 rend une pratique courante dans la filière totalement contre-productive : surdimensionner l’installation pour maximiser l’injection sur le réseau. Un foyer dont la consommation annuelle est de 4 500 kWh n’a désormais aucun intérêt à poser 9 kWc. Chaque kilowattheure produit en excédent et injecté sur le réseau est en quelque sorte « perdu », car valorisé à un niveau dérisoire.

La nouvelle logique impose de dimensionner l’installation sur la consommation réelle du foyer, en tenant compte des usages en journée. Un logement avec une pompe à chaleur, un ballon d’eau chaude pilotable, une borne de recharge ou une piscine présente un profil de consommation diurne bien plus adapté à l’autoconsommation qu’un appartement vide toute la journée.

La batterie, nouveau levier de rentabilité

Sans système de stockage, une part importante de la production solaire est injectée sur le réseau aux heures de midi, quand les panneaux tournent à plein régime et que les habitants sont souvent absents. Le taux d’autoconsommation d’une installation standard sans batterie se situe entre 30 et 40 %. Avec une batterie, ce taux peut grimper à 70 ou 80 %.

Cela change profondément l’équation économique. Une batterie de stockage, dont le coût a lui aussi fortement diminué ces dernières années, permet de reporter la consommation de l’électricité produite vers les heures du soir, quand la demande du foyer est plus forte. Le surcoût d’une batterie peut se rentabiliser en cinq à huit ans selon la configuration, ce qui en fait désormais un investissement à part entière dans tout projet photovoltaïque résidentiel sérieux.

Ce qui ne change pas : le solaire reste pertinent

La suppression des aides publiques directes ne signifie pas la fin de l’intérêt économique du photovoltaïque. Le coût d’une installation de 3 kWc est passé de plus de 20 000 euros au début des années 2010 à environ 6 000 à 9 000 euros en 2026, en fonction de la qualité de l’équipement. Cette baisse du prix des équipements compense largement la disparition des subventions.

La TVA à 5,5 % reste en outre accessible pour les installations éligibles : panneaux certifiés, système de gestion de l’énergie, puissance inférieure ou égale à 9 kWc, logement de plus de deux ans et installateur RGE. Un avantage fiscal non négligeable, surtout pour les petits projets résidentiels.

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Pour les entreprises, collectivités et exploitants agricoles dont la consommation électrique est concentrée en journée, le photovoltaïque conserve une rentabilité très solide. 

La réforme S21 ne ferme pas une porte : elle en ouvre une autre, celle d’un solaire plus mature, fondé sur la consommation locale plutôt que sur les subventions.


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