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- Des prix de l’électricité retombés au plus bas depuis la crise
- Pourquoi l’électricité française reste parmi les moins chères d’Europe
- Le revers de la médaille : des prix de plus en plus instables
- La fin de l’ARENH change la donne pour les consommateurs
- Le gaz, plus calme en 2025, avant le choc géopolitique de 2026
- Des marchés sous très haute surveillance
En résumé
- Les prix de gros de l’électricité sont retombés en fin d’année 2025 près de leurs niveaux de 2014-2019, après le pic de la crise.
- La France a atteint un record d’exportations nettes à 92,3 TWh, grâce à un parc qui produit beaucoup plus qu’elle ne consomme.
- Son électricité reste décarbonée à 95 % et parmi les moins chères d’Europe.
- Revers de la médaille : les prix sont de plus en plus variables, avec un record de 513 heures à prix négatifs.
- La fin de l’ARENH au 31 décembre 2025 expose davantage les consommateurs au marché de gros.
- Le gaz, apaisé en 2025, est reparti à la hausse début 2026 : le contrat de référence a bondi de 76 % en deux jours après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient.
Des prix de l’électricité retombés au plus bas depuis la crise
L’année 2025 marque un retour à la normale. Les prix de gros de l’électricité, qui s’étaient envolés pendant la crise énergétique de 2022-2023, ont poursuivi leur baisse pour se rapprocher des niveaux d’avant-crise. Concrètement, le prix moyen sur le marché « spot » (les échanges au jour le jour) s’est établi à 61,1 €/MWh en moyenne sur l’année, soit une légère hausse de 6 % par rapport à 2024, mais très loin des sommets de 2023.
C’est surtout sur les prix à terme, c’est-à-dire les contrats portant sur les livraisons de l’année suivante, que la détente est spectaculaire. Le contrat de référence pour 2026 s’est négocié en moyenne à 60,9 €/MWh, soit 20 % de moins que le contrat équivalent un an plus tôt. En décembre 2025, il était même tombé à 49,5 €/MWh, un niveau qui frôle la moyenne de la période 2014-2019 (autour de 42 €/MWh). Le tableau ci-dessous illustre ce retour à la normale après le choc de 2023.
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Le solaire produit désormais autant que le nucléaire dans le monde
| Prix de l’électricité (€/MWh) | 2014-2019 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Prix moyen journalier (spot) | 41 | 97 | 58 | 61 |
| Prix pour livraison l’année suivante (CAL+1) | 42 | 163 | 77 | 61 |
Pourquoi l’électricité française reste parmi les moins chères d’Europe
Cette baisse s’explique avant tout par une situation de surcapacité : la France produit aujourd’hui nettement plus qu’elle ne consomme. La production totale a atteint 547,5 TWh en 2025 (+1,6 %), un niveau supérieur à la moyenne de la décennie précédente. Le nucléaire poursuit son redressement avec 373 TWh produits, l’hydraulique revient à un niveau historique normal (62,4 TWh), et les renouvelables continuent de monter en puissance, avec 30,4 TWh pour le solaire et près de 50 TWh pour l’éolien. À l’inverse, les centrales à gaz et à charbon ne pèsent plus que 18,7 TWh, soit moins de 4 % du mix.
Dans le même temps, la consommation reste atone, à 446,6 TWh une fois corrigée des effets de la météo, soit environ 6 % sous la moyenne d’avant-crise. Sobriété et efficacité énergétique continuent de freiner la demande. Résultat de ce déséquilibre entre une offre abondante et une demande stable : un nouveau record d’exportations nettes à 92,3 TWh. La France figure ainsi parmi les marchés de gros les moins chers d’Europe, portée par un mix décarboné à 95 %.
Le revers de la médaille : des prix de plus en plus instables
Cette abondance a un effet secondaire que la CRE pointe avec insistance : la volatilité. Si le prix moyen est bas, il varie de plus en plus fortement au fil de la journée. L’écart entre les heures les plus chères et les heures les moins chères a bondi de 25 % en un an. Surtout, le nombre d’heures à prix négatifs, c’est-à-dire des moments où il y a tellement d’électricité sur le réseau que les producteurs paient pour l’écouler, a atteint un record de 513 heures en 2025, contre 352 en 2024.
Le phénomène se concentre en milieu de journée, lorsque le solaire produit massivement en France et chez ses voisins. Ces prix qui tombent à zéro, voire dans le négatif, traduisent un besoin croissant de flexibilité : il faut pouvoir stocker l’énergie produite en surplus à midi pour la restituer le soir, quand la demande repart. C’est l’un des grands défis des prochaines années pour accompagner la montée des renouvelables.
La fin de l’ARENH change la donne pour les consommateurs
Derrière ces chiffres se joue une bascule majeure, souvent passée inaperçue du grand public. Le 31 décembre 2025, l’ARENH a pris fin. Ce dispositif, en place depuis 2011, permettait aux fournisseurs d’acheter une part de l’électricité nucléaire d’EDF à un prix régulé de 42 €/MWh, qui servait d’amortisseur pour les factures. Depuis le 1er janvier 2026, ce filet de sécurité a disparu : fournisseurs et gros consommateurs doivent désormais s’approvisionner intégralement sur le marché de gros.
La bonne nouvelle, c’est que cette transition tombe au moment où les prix de marché sont au plus bas, ce qui en atténue l’effet. La contrepartie, soulignée par la CRE, est que les consommateurs sont désormais directement exposés aux mouvements du marché de gros. Autrement dit, la prochaine flambée des prix se répercutera plus vite et plus franchement qu’auparavant.
Le gaz, plus calme en 2025, avant le choc géopolitique de 2026
Côté gaz, 2025 a aussi été une année de détente. Les prix de gros ont fortement reculé, portés par l’abondance de gaz naturel liquéfié (GNL) arrivé par bateau. Les importations françaises de GNL ont grimpé de 18 %, à 249 TWh, et représentent désormais 56 % des approvisionnements du pays. La France reste, pour la quatrième année d’affilée, le premier point d’entrée du GNL en Europe, et son marché de référence (le PEG) a été le moins cher de l’Union européenne en 2025. En décembre, les prix étaient repassés sous les 30 €/MWh.
| Prix du gaz au PEG (€/MWh) | 2014-2019 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Livraison le mois suivant (M+1) | 18 | 40 | 34 | 35 |
| Livraison l’année suivante (CAL+1) | 20 | 51 | 36 | 33 |
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Mais cette accalmie a volé en éclats au tout début 2026. Le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février a fait bondir le contrat de référence M+1 de 76 % en deux jours. Le prix a presque doublé, jusqu’à un pic au-delà de 60 €/MWh en mars, avant de redescendre autour de 45 €/MWh. Fait notable relevé par la CRE : le Qatar et les Émirats arabes unis, dont la production est affectée par le conflit, ne pèsent quasiment rien dans les importations françaises. Cet épisode illustre surtout la sensibilité d’un marché du gaz devenu mondial et très réactif au moindre choc géopolitique. Point de vigilance pour l’hiver prochain : les stocks de gaz n’étaient remplis qu’à 22 % au 1er avril 2026, leur plus bas niveau depuis la crise.
Des marchés sous très haute surveillance
Le rapport de la CRE rappelle enfin l’ampleur du travail de contrôle de la CRE. En 2025, elle a surveillé plus de 26 millions de transactions (+74 % en un an), pour 5 495 TWh échangés et 203 milliards d’euros en valeur. Le volume de données reçues a été multiplié par dix entre 2022 et 2025, notamment sous l’effet du trading automatisé. Le régulateur a analysé plus de 800 alertes internes et 23 signalements externes, et prononcé deux sanctions marquantes : 8 millions d’euros contre Danske Commodities et 4 millions contre Equinor pour manipulation du marché du gaz, ainsi que 500 000 euros contre J.P. Morgan pour défaut de communication d’informations.

