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- Ce qu’a annoncé la ministre de l’énergie le 7 juillet
- Un virage qui s’écarte de ce que promettait la PPE3
- Pourquoi la mise en concurrence directe pénalise mécaniquement les toitures
- Des entreprises déjà sous obligation légale, avec des amendes à la clé
- Un secteur qui a déjà encaissé des pertes d’emplois en 2026
- Ce que répond, pour l’instant, le gouvernement
Ce qu’a annoncé la ministre de l’énergie le 7 juillet
Mardi 7 juillet 2026, lors de l’assemblée générale du Syndicat des énergies renouvelables, la ministre déléguée à l’Energie Maud Bregeon a détaillé le calendrier des appels d’offres photovoltaïques et éoliens jusqu’à l’élection présidentielle de 2027. Deux appels d’offres dits « neutres », c’est-à-dire ouverts à toutes les technologies de production renouvelable sans réservation de volume par filière, doivent être lancés en octobre 2026, pour 500 mégawatts, puis une deuxième fois en janvier 2027, sans que le volume ait été précisé à ce stade.
C’est précisément ce basculement vers des appels d’offres neutres qu’attaque une tribune publiée par Tecsol et signée par les dirigeants d’Apex Energie, du groupe CVE, de GreenYellow, d’Idex, de Mexens, de Sun’R et de Telamon. Ces sept entreprises représentent, selon leurs propres déclarations, plus de 1,5 gigawatt de capacités déjà installées ou en exploitation et plusieurs gigawatts de projets visés d’ici 2030. Leur constat est sans détour : en absorbant le bâtimentaire dans une compétition généralisée avec le solaire au sol, l’Etat retirerait de fait toute voie de financement dédiée aux toitures, ombrières et parkings.
Un virage qui s’écarte de ce que promettait la PPE3
Le reproche prend tout son sens à la lumière de ce qu’annonçait, cinq mois plus tôt, la Programmation pluriannuelle de l’énergie. Publiée le 13 février 2026, la PPE3 fixait un objectif de 48 gigawatts de photovoltaïque installés en 2030, avec un calendrier d’appels d’offres qui conservait une segmentation par type d’installation, en particulier une enveloppe annoncée de 300 mégawatts pour un appel d’offres dédié aux grands bâtiments, ainsi qu’un volume de l’ordre de 1,4 gigawatt par an réparti sur plusieurs périodes pour le petit photovoltaïque sur bâtiment.
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| Élément | Prévu par la PPE3 (13 février 2026) | Annoncé le 7 juillet 2026 |
|---|---|---|
| Logique des appels d’offres | Segmentation maintenue par type d’installation | Généralisation d’appels d’offres neutres, toutes technologies en concurrence directe |
| Volume fléché vers le bâtiment | Environ 300 MW pour l’AO « grands bâtiments », plus 1,4 GW/an pour le petit photovoltaïque (100 à 500 kWc) | Aucune réservation affichée pour le bâtiment dans les 500 MW d’octobre 2026 |
| Rythme annuel visé pour le solaire | Environ 3,5 GW par an jusqu’en 2030 | Pas de nouvel objectif chiffré communiqué le 7 juillet |
Le collectif de dirigeants va plus loin dans sa tribune, estimant que ce calendrier revient à « condamner à mort la filière du photovoltaïque sur bâtiments, toitures et ombrières ». C’est une déclaration des signataires, et non un fait établi par une autorité indépendante : le gouvernement n’a, pour sa part, annoncé aucune suspension du photovoltaïque bâtimentaire, et un travail sur les modalités précises de l’appel d’offres neutre reste en cours en vue d’une publication à l’automne.
Pourquoi la mise en concurrence directe pénalise mécaniquement les toitures
Le cœur du problème est un problème de prix. Dans un appel d’offres neutre, les projets sont classés uniquement selon le tarif d’électricité qu’ils proposent, quelle que soit leur technologie ou leur emplacement. Or les données de l’Ademe montrent un écart structurel entre les deux familles de projets. Une centrale au sol de plus de 10 mégawatts en zone méditerranéenne peut produire de l’électricité à moins de 50 euros le mégawattheure, quand une installation sur grande toiture ou ombrière, contrainte par des coûts de structure et d’accès plus élevés, se situe le plus souvent entre 61 et 104 euros le mégawattheure. Le budget de l’Etat lui-même retient un objectif de coût moyen de 96 euros le mégawattheure pour l’ensemble du photovoltaïque sous appel d’offres en 2025, une moyenne qui masque cet écart entre segments.
Concrètement, pour une PME qui porterait un projet de 300 kilowatts-crête sur la toiture d’un entrepôt de 3 000 mètres carrés, cela signifie qu’elle entrerait, dans un appel d’offres neutre, en concurrence directe avec des centrales au sol capables de proposer un tarif inférieur de 20 à 40 euros le mégawattheure. Sans volume réservé au bâtimentaire, ce type de projet a statistiquement moins de chances d’être retenu, quelle que soit sa pertinence pour la solarisation d’un site déjà soumis à des obligations réglementaires.
Des entreprises déjà sous obligation légale, avec des amendes à la clé
C’est là que la tribune touche à un enjeu très concret pour les lecteurs professionnels d’ECOinfos. La loi APER du 10 mars 2023 impose déjà, indépendamment du sort des appels d’offres, des obligations de solarisation aux entreprises. Depuis le 1er juillet 2026, les parkings extérieurs existants de plus de 10 000 mètres carrés doivent être équipés d’ombrières intégrant un procédé d’énergie renouvelable, sous peine d’une amende annuelle pouvant atteindre 40 000 euros par site. Les parkings de taille intermédiaire, entre 1 500 et 10 000 mètres carrés, disposent d’un délai supplémentaire jusqu’en 2028. Sur les toitures neuves ou en rénovation lourde, le taux de couverture obligatoire en procédé photovoltaïque ou en végétalisation est passé à 40 % depuis le 1er juillet 2026, avant un nouveau palier à 50 % prévu pour juillet 2027.
Cette précision compte, car la tribune évoque un horizon unique de 2027 pour l’ensemble de ces obligations. En réalité, le calendrier réglementaire est plus étalé et surtout déjà en cours d’application : les gestionnaires de grands parkings sont, depuis quatre semaines, théoriquement exposés à des sanctions s’ils ne se sont pas mis en conformité. La tribune affirme par ailleurs qu’au 1er juillet 2026, seulement 10 à 15 % des sites concernés seraient en conformité. ECOinfos n’a pas identifié de source officielle indépendante confirmant ce taux à ce stade, il s’agit d’une estimation avancée par les signataires.
L’incohérence pointée par le collectif tient dans ce grand écart : les mêmes bâtiments et parkings que la loi oblige à se couvrir de panneaux solaires perdraient, selon les signataires, leur principal canal de financement dédié si l’appel d’offres neutre se généralise sans volume réservé.
Un secteur qui a déjà encaissé des pertes d’emplois en 2026
La tribune évoque des premiers plans sociaux déjà en cours dans la filière et cite l’abandon du projet de giga-usine Carbon à Fos-sur-Mer comme symbole de cette fragilisation. Ce dossier, suivi par ECOinfos depuis plusieurs mois, s’est effectivement soldé par un échec : après une liquidation judiciaire prononcée le 13 mai 2026, l’entreprise a officiellement annoncé l’arrêt de son projet le 19 mai, emportant avec lui 3 000 emplois directs annoncés lors de l’obtention du permis de construire en avril 2025, dans un projet qui représentait un investissement de 1,5 à 1,7 milliard d’euros. Les porteurs du projet ont mis en cause l’absence de préférence industrielle européenne face à la concurrence chinoise, davantage qu’une décision de politique énergétique française, ce qui distingue ce dossier industriel de la question des appels d’offres évoquée par la tribune.
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Sur l’emploi global de la filière photovoltaïque, les estimations varient sensiblement selon les organismes et les périmètres retenus, entre 50 000 et 67 000 emplois directs et indirects selon les dernières études disponibles. Le chiffre de 45 000 emplois directs avancé par la tribune se situe dans cet ordre de grandeur, sans qu’il soit possible de le rattacher à une source statistique officielle unique. Les signataires soulignent que l’essentiel de ces emplois relève d’activités aval, développement, installation et maintenance, portées par des PME et TPE non délocalisables ancrées dans les territoires.
Ce que répond, pour l’instant, le gouvernement
Le calendrier du 7 juillet 2026 ne constitue pas la première fois que la trajectoire des appels d’offres neutres est évoquée. Le rapport remis en avril 2026 par Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot, commandé par Matignon pour optimiser le soutien public aux énergies renouvelables, recommandait déjà de généraliser progressivement ce type de procédure, jugée plus efficace pour faire émerger les projets les moins coûteux pour les finances publiques. Le gouvernement avait alors indiqué vouloir mettre en œuvre ces recommandations « progressivement », un adverbe que le collectif de développeurs juge aujourd’hui contredit par la brutalité du calendrier annoncé. Le travail sur les modalités précises de l’appel d’offres neutre pour le photovoltaïque doit encore aboutir à l’automne, ce qui laisse une marge, réduite, pour que la filière obtienne des ajustements avant la publication définitive du cahier des charges.

