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- un record de collecte qui n’est qu’un début
- l’ampleur du phénomène en un coup d’œil
- ce que contiennent vraiment vos panneaux, et pourquoi cela compte
- qui paie, et combien : le vrai chiffrage pour votre installation
- près d’un français sur deux se trompe encore sur le sujet
- la filière industrielle s’organise pour absorber la vague
un record de collecte qui n’est qu’un début
L’éco-organisme Soren, seule structure agréée par l’État pour la collecte et le recyclage des panneaux photovoltaïques usagés en France, publie chaque année un bilan qui ressemble de plus en plus à une course de vitesse. En 2025, il a pris en charge 13 760 tonnes de panneaux en fin de vie, contre 9 477 tonnes en 2024, année déjà marquée par un bond de 82% par rapport à 2023. Depuis la création de Soren en 2015, où seules 366 tonnes avaient été traitées, la collecte a donc été multipliée par près de 40 en dix ans.
Cette accélération n’a rien d’anecdotique. Elle traduit l’arrivée en fin de vie des premières générations de panneaux installés au début des années 2000 et 2010, sur des toitures dont la durée de vie moyenne se situe entre 25 et 30 ans. Le directeur général de Soren, Nicolas Defrenne, résume la situation en évoquant « une accélération sans précédent de la filière française du recyclage ». L’enjeu, désormais, n’est plus de prouver que le recyclage fonctionne, mais de tenir la cadence quand les volumes annuels passeront de quelques milliers à plusieurs dizaines, puis centaines de milliers de tonnes.
l’ampleur du phénomène en un coup d’œil
Le tableau ci-dessous met en regard la collecte réellement observée depuis 2015 et les volumes attendus dans les années à venir, à mesure que le parc solaire français vieillit.
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| Année | Tonnes collectées ou capacité visée |
|---|---|
| 2015 | 366 t (première année d’activité de Soren) |
| 2023 | environ 5 200 t |
| 2024 | 9 477 t (+ 82% sur un an) |
| 2025 | 13 760 t (+ 40% sur un an) |
| 2031 | 45 000 t/an (capacité industrielle visée, contrats signés en mars 2026) |
| 2040 | environ 180 000 t (estimation du gisement à traiter) |
| 2050 | environ 480 000 t (volume de panneaux mis sur le marché en 2025, à recycler à l’échéance de leur durée de vie moyenne) |
Ce dernier chiffre mérite d’être souligné : les 480 000 tonnes de panneaux vendus en une seule année, 2025, représentent à elles seules plus de trente fois la collecte actuelle. C’est ce volume qui, environ vingt-cinq ans plus tard, devra être traité par une filière qui doit donc multiplier ses capacités bien avant que la vague n’arrive.
ce que contiennent vraiment vos panneaux, et pourquoi cela compte
Un panneau solaire n’est pas un simple déchet de verre. Le verre représente certes 70% de son poids et se recycle en calcin, la matière première du verre plat recyclé, mais 60% de la valeur d’un panneau usagé se trouve en réalité dans sa cellule photovoltaïque. Celle-ci contient du silicium et de l’argent : l’argent ne pèse que 0,08% du poids total du panneau, mais représente à lui seul 20% de sa valeur.
C’est précisément ce qui transforme le recyclage en enjeu stratégique plutôt qu’en simple obligation environnementale. Nicolas Defrenne évoque à ce sujet « un enjeu de souveraineté » : récupérer ces matières premières critiques sur le sol français, plutôt que de dépendre uniquement de leur extraction ou de leur importation, pèse d’autant plus que les importateurs ont représenté 96% du volume de panneaux solaires commercialisés en France l’an dernier. Recycler devient ainsi un des rares leviers concrets pour réindustrialiser une partie de la filière.
qui paie, et combien : le vrai chiffrage pour votre installation
C’est le point que la plupart des propriétaires ignorent : le recyclage de leurs panneaux est déjà payé, et depuis longtemps. Chaque panneau vendu en France intègre une éco-participation reversée à Soren par le fabricant ou l’importateur, calculée sur le coût réel du recyclage et revue chaque année. Sur le barème le plus récent, elle s’élève à environ 0,69 euro par panneau standard, un montant qui peut descendre à 0,55 euro, voire moins, pour les modules répondant à plusieurs critères d’écoconception.
Concrètement, pour une installation résidentielle type de 20 panneaux, cette éco-participation représente environ 14 euros au total, une somme totalement invisible dans une facture de projet qui se chiffre en dizaines de milliers d’euros, mais qui garantit que, dans vingt ou trente ans, le retrait des panneaux ne coûtera rien au propriétaire ni à ses héritiers. Ce calcul, ECOinfos l’a établi à partir du barème public de Soren : il ne s’agit pas d’un chiffre communiqué tel quel par l’éco-organisme.
À cela s’ajoute une obligation légale directe : depuis l’arrêté du 9 mai 2017, le producteur ou l’installateur est tenu de récupérer les éléments de l’installation lors de son démantèlement, que ce soit à l’occasion d’une panne, d’une rénovation de toiture ou d’un remplacement d’équipement. Pour les particuliers qui retirent eux-mêmes leurs panneaux, la collecte reste gratuite : en dessous de 40 panneaux, il suffit de les déposer dans l’un des points de collecte répartis sur le territoire, dont le réseau dépasse aujourd’hui 300 sites ; au-delà, une demande d’enlèvement sur site peut être formulée directement auprès de Soren.
près d’un français sur deux se trompe encore sur le sujet
Cette gratuité reste pourtant largement méconnue. La cinquième édition du baromètre OpinionWay réalisé pour Soren montre que 65% des Français savent que les panneaux solaires se recyclent, mais que 46% pensent encore, à tort, qu’ils ne le sont pas. Dans les faits, le taux de valorisation dépasse aujourd’hui 94%, dont environ 84% de recyclage à proprement parler et 10% de valorisation énergétique, un niveau qui peut grimper jusqu’à 95% chez les opérateurs industriels les plus avancés.
Cet écart entre perception et réalité n’est pas neutre pour la filière : selon une édition précédente du même baromètre, 66% des Français considèrent la recyclabilité d’un panneau comme un critère déterminant avant de décider d’investir dans une installation. Autrement dit, une partie du public renonce peut-être à s’équiper, ou hésite, sur la base d’une information erronée alors que la France affiche l’un des systèmes de collecte et de traitement les mieux structurés d’Europe.
la filière industrielle s’organise pour absorber la vague
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Pour anticiper la montée en puissance des volumes, Soren a lancé un appel d’offres présenté le 18 mars 2026, à l’occasion de la journée mondiale du recyclage. À l’issue de cette consultation, l’éco-organisme a retenu des opérateurs chargés de traiter les modules en fin de vie : les deux entités du réseau Envie, ENVIE 2E Aquitaine et ENVIE 2E Occitanie, cette dernière construisant un nouveau site en Ariège d’une capacité de 16 000 tonnes annuelles, la filiale française du groupe belge Galloo à Halluin, Rosi Alpes à La Mure, RVE à La Réunion et l’allemand First Solar. Ensemble, ces industriels pourront traiter plus de 45 000 tonnes par an, un niveau qui doit être atteint en 2031.
Le marché ainsi attribué dure entre trois et cinq ans. Compte tenu de la progression attendue des volumes à collecter, Nicolas Defrenne prévient d’ores et déjà qu’un nouvel appel d’offres devra être lancé dès 2028, afin de laisser aux industriels le temps de construire les capacités supplémentaires nécessaires.

