Reden ferme sa dernière usine et la fabrication française de panneaux solaires ne tient plus qu’à un fil

Reden Solar ferme son usine historique de Roquefort, près d'Agen, dix-sept ans après son ouverture. Neuf emplois sont supprimés. La France ne compte désormais plus qu'un ou deux fabricants de panneaux solaires sur son sol, alors que les modules chinois restent deux fois moins chers à l'achat. Un signal de plus pour une filière qui peine à trouver sa place face à la concurrence asiatique.

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Si vous rêviez d’équiper votre toit avec des panneaux solaires entièrement fabriqués en France, la liste des options vient de raccourcir encore un peu plus. Reden Solar a annoncé la fermeture de son usine d’assemblage de Roquefort, dans le Lot-et-Garonne, près d’Agen. Neuf salariés sont concernés, et la France ne compte plus que deux fabricants de modules photovoltaïques sur son sol, selon les sources, contre trois il y a encore quelques mois.

Concrètement, cette fermeture ne va pas faire grimper la facture de ceux qui installent des panneaux solaires chez eux : le marché résidentiel reste très largement dominé par les modules importés, notamment chinois, qui demeurent structurellement moins chers. Mais elle réduit encore l’offre pour les propriétaires qui recherchent spécifiquement un panneau made in France, et elle confirme la difficulté de la filière industrielle française à survivre face à la concurrence asiatique.

Une usine de dix-sept ans qui n’a jamais trouvé son équilibre

L’usine de Roquefort, filiale historique baptisée Reden Industrie, avait ouvert ses portes en 2009, un an après la création du groupe. C’était alors l’une des dernières unités françaises d’assemblage de panneaux photovoltaïques. Dix-sept ans plus tard, ses machines vont s’arrêter dans les prochaines semaines.

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Le groupe y avait pourtant réinvesti autour de 4,5 millions d’euros pour moderniser sa ligne de production, portant sa capacité à environ 300 000 panneaux par an. Mais selon Florence Burhin, responsable de la communication du groupe, « cette usine est structurellement déficitaire parce qu’il n’y a pas de marché potentiel en France et en Europe ». Reden a cherché un repreneur sans succès, et a fini par acter l’arrêt de l’activité, annoncé en interne début juillet avant d’être révélé par la presse régionale.

Les neuf salariés de la ligne, dont certains présents depuis l’ouverture du site, se voient proposer des solutions de reclassement, en priorité en interne. La direction évoque aussi des pistes de reconversion vers d’autres employeurs industriels de la région.

Un écart de prix que la France n’arrive plus à combler

La raison invoquée par Reden est toujours la même depuis plusieurs années : l’écart de compétitivité avec les fabricants asiatiques, en particulier chinois, capables de proposer des modules environ deux fois moins chers. L’entreprise estime que l’écart de prix entre un module assemblé en France et un module chinois équivalent atteint aujourd’hui près de 200 % au niveau du prix de gros du panneau lui-même.

Ce chiffre mérite toutefois d’être remis en perspective pour un propriétaire qui prépare un projet d’installation. Le panneau ne représente que la moitié environ du coût d’une installation résidentielle complète, le reste se répartissant entre l’onduleur, la pose et les démarches administratives. Sur une installation type de 3 kWc, un devis comparant des panneaux de fabrication chinoise et des panneaux de fabrication européenne fait apparaître un écart de l’ordre de 1 000 euros sur la facture totale, soit une quinzaine de pourcents, très loin des 200 % évoqués sur le seul prix du module. Autrement dit, choisir un panneau européen plutôt que chinois reste un surcoût réel, mais gérable, pour qui y attache de l’importance : ce n’est pas l’écart qui menace le portefeuille des ménages, c’est la disparition progressive de l’offre française elle-même.

Reden juge par ailleurs que les dispositifs censés protéger l’industrie européenne, comme le Net Zero Industry Act, n’ont pas encore produit d’effets suffisants, et regrette que le Pacte solaire français reste un texte non contraignant. En interne, le groupe pointe aussi l’absence de préférence industrielle réellement appliquée dans l’attribution des marchés publics et des appels d’offres, qui aurait pu soutenir une production locale.

Ce qu’il reste vraiment de la fabrication française de panneaux solaires

Avec cette fermeture, la carte des fabricants tricolores continue de se réduire. Le site historique de Photowatt, en Isère, avait déjà mis la clé sous la porte en janvier 2025. Voici où en est la filière aujourd’hui :

FabricantSituation avant 2026Situation aujourd’hui
Photowatt (Isère)Fermé depuis janvier 2025
Reden Industrie (Roquefort, Lot-et-Garonne)En activité, 300 000 panneaux/anFermeture annoncée, arrêt dans les prochaines semaines
Voltec Solar (Alsace)En activitéToujours en activité, environ 120 salariés
Heliup (Savoie)Jeune pousse en développementToujours en activité, a levé 16 millions d’euros début 2026
Holosolis (Moselle)Projet en constructionToujours en construction, montée en puissance prévue à partir de 2028

Une précision s’impose ici : une partie de la presse spécialisée présente désormais Voltec Solar comme le seul et unique fabricant français de panneaux photovoltaïques, tandis que d’autres sources comptent aussi Heliup, plus récent et de taille plus modeste. Dans les deux cas, le constat est le même : la France ne dispose plus que d’une poignée d’acteurs capables d’assembler des panneaux sur son sol, en attendant l’entrée en production, à partir de 2028, de la future giga-usine Holosolis à Sarreguemines, censée produire à elle seule dix millions de panneaux par an.

Reden Solar, une activité qui dépasse largement cette usine

Cette fermeture, aussi symbolique soit-elle, ne remet pas en cause le reste de l’activité du groupe. Reden Solar emploie environ 275 personnes, dont 120 à son siège de Roquefort, et exploite plus de 1,1 gigawatt de capacités solaires, principalement en Europe. L’entreprise vient de finaliser un refinancement de plus d’un milliard d’euros pour soutenir son développement, l’essentiel de ses revenus provenant du déploiement et de l’exploitation de centrales solaires, et non de la fabrication de panneaux.

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Cet épisode s’inscrit dans une série de mauvaises nouvelles pour l’industrie solaire française. Il intervient quelques mois seulement après l’abandon du projet de giga-usine Carbon, près de Marseille, qui prévoyait pourtant de créer 3 000 emplois directs et de produire douze millions de panneaux par an. Le projet n’a jamais réuni les quelque deux milliards d’euros nécessaires à son financement.

Ce que ça change concrètement si vous préparez un projet solaire

Pour un propriétaire qui envisage une installation photovoltaïque, cette fermeture ne change rien à court terme sur le montant du devis : le marché reste dominé par des modules importés, dont les prix restent bas. En revanche, si le critère du fabriqué en France compte dans votre choix, sachez que l’offre se limite désormais concrètement à quelques marques, portées par des acteurs bien plus petits que Reden, et qu’il faudra patienter jusqu’à 2028 pour voir une véritable capacité industrielle française à grande échelle avec Holosolis. En attendant, le principal levier reste de comparer les devis avec un installateur certifié RGE, seul moyen de rester éligible aux aides en vigueur.


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