Ce que chaque candidat à la présidentielle veut faire à votre facture d’électricité

Après la hausse du tarif réglementé au 1er août 2026, l'électricité redevient un sujet de campagne à part entière. Lors du débat organisé par le Medef le 27 août, les candidats à la présidentielle de 2027 ont dévoilé des visions opposées sur le prix de l'électricité, les subventions aux renouvelables et l'avenir du nucléaire, avec des conséquences concrètes et chiffrées pour votre facture.

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Votre facture d’électricité a augmenté de 2,5 % au 1er août 2026, une première hausse après six baisses consécutives du tarif réglementé. C’est dans ce contexte que sept candidats à la présidentielle de 2027, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Marine Tondelier, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Marine Le Pen, ont débattu jeudi 27 août à Roland-Garros, à l’occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France organisée par le Medef et diffusée en direct sur LCI. L’énergie n’a occupé qu’une place limitée dans ce débat de près de deux heures consacré en priorité à la fiscalité et à la compétitivité des entreprises, mais les quelques échanges sur le sujet ont révélé des orientations radicalement différentes, avec des implications directes sur ce que les ménages paieront demain.

Une hausse déjà entrée en vigueur, un débat qui tombe au bon moment

Pour comprendre l’enjeu, il faut d’abord regarder la facture telle qu’elle est aujourd’hui. Depuis le 1er août 2026, le tarif réglementé de vente d’électricité est passé de 0,1940 euro à 0,2001 euro le kWh en option Base, et l’abonnement annuel de 187,80 à 190,32 euros. Pour un foyer moyen consommant 4 287 kWh par an, cela représente une facture annuelle d’environ 1 048 euros, en hausse de près de 29 euros sur un an. Cette augmentation s’explique surtout par la revalorisation du tarif d’acheminement Enedis et l’entrée en vigueur d’un nouveau mécanisme de capacité, en partie compensées par une légère baisse de l’accise sur l’électricité.

Derrière cette ligne sur la facture se cache un autre montant, plus discret mais tout aussi déterminant pour l’avenir des prix : le soutien public aux énergies renouvelables. La Commission de régulation de l’énergie évalue les charges de service public de l’énergie à 12,94 milliards d’euros pour 2026, dont 9,7 milliards compensés par le budget de l’État et 3,25 milliards financés par une part de l’accise payée par chaque consommateur. C’est précisément ce montant que certains candidats veulent réduire, quand d’autres veulent l’assumer pour sécuriser l’avenir énergétique du pays.

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Bruno Retailleau veut supprimer les subventions aux renouvelables et abroger la PPE3

Bruno Retailleau a réaffirmé sa position, déjà exprimée en mai dernier, selon laquelle l’éolien et le solaire ont atteint une maturité économique qui ne justifie plus de subventions publiques. « On arrête de les subventionner », a-t-il résumé pendant le débat, plaidant pour une stratégie fondée en priorité sur le nucléaire, les renouvelables ne venant qu’en complément.

Le candidat a également annoncé son intention de supprimer la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie, la PPE3, publiée par décret le 12 février 2026 et qui fixe notamment un objectif de 48 GW de puissance solaire installée d’ici 2030, porté à 55 à 80 GW en 2035. Il affirme que l’application de cette programmation entraînerait une hausse de 10 à 15 % du coût de l’électricité, une estimation qui n’a pas été détaillée pendant le débat, et promet en retour une baisse de 10 % pour améliorer la compétitivité des entreprises et des exploitations agricoles. Aucun chiffrage précis de cette promesse n’a été présenté à ce stade.

Marine Le Pen mise sur la baisse de la TVA, un gain réel mais modeste par foyer

Marine Le Pen a concentré son intervention sur le pouvoir d’achat immédiat, en proposant une baisse de la TVA de 20 % à 5,5 % sur l’électricité, le gaz et le fioul, pour les particuliers comme pour les entreprises. Elle souhaite par ailleurs revenir à une tarification fondée sur les coûts de production français de l’électricité.

Pour donner un ordre de grandeur à cette proposition, ECOinfos a réalisé une simulation à partir des données publiées par la CRE et EDF sur le tarif réglementé. Pour un foyer moyen dont la facture annuelle au tarif réglementé s’élève à environ 1 048 euros TTC, une baisse de la TVA de 20 % à 5,5 % représenterait un gain d’environ 127 euros par an, toutes choses égales par ailleurs. Ce calcul est une estimation éditoriale destinée à illustrer l’ordre de grandeur de la mesure, non un chiffrage officiel de la candidate, et il ne tient pas compte d’une éventuelle renégociation des règles européennes encadrant la fiscalité de l’énergie, sur lesquelles la proposition devra s’articuler.

Marine Tondelier et Raphaël Glucksmann défendent l’accélération des renouvelables

Marine Tondelier a placé le coût de l’énergie au même niveau que le coût du travail dans la compétitivité des entreprises françaises, plaidant pour un prix de l’électricité compétitif et stable grâce au développement des renouvelables. Elle a pris pour exemple les capacités photovoltaïques massives déployées par la Chine, y voyant un choix de compétitivité industrielle plutôt qu’un geste écologique isolé.

Raphaël Glucksmann a de son côté mis en avant l’échec du projet Carbon, une giga-usine de panneaux photovoltaïques prévue à Fos-sur-Mer. Annoncée avec un investissement cible de 1,7 milliard d’euros et 3 000 emplois directs, pour une production annuelle de 5 GW de cellules et modules photovoltaïques, l’entreprise a été placée en liquidation judiciaire le 13 mai 2026, avant d’annoncer l’abandon définitif du site quelques jours plus tard. Carbon a justifié cet échec par l’absence de préférence accordée aux fabricants européens face à une concurrence chinoise qui contrôle environ 85 % du marché mondial des panneaux solaires. Pour Raphaël Glucksmann, cet abandon industriel illustre un choix de société qu’il refuse pour la France, opposé au développement d’infrastructures de loisirs financées depuis l’étranger.

Jean-Luc Mélenchon met en garde contre une rupture d’approvisionnement à partir de 2040

Jean-Luc Mélenchon a pour sa part déplacé le débat sur le temps long, en alertant sur le risque d’une chute de la production nucléaire à partir de 2040, lorsque de nombreux réacteurs actuellement en service approcheront de leur fin de vie théorique. Il a critiqué les candidats qui fondent leur stratégie énergétique sur des réacteurs EPR2 qui n’existent pas encore, sans toutefois détailler pendant cet échange les moyens de production alternatifs qu’il entend mobiliser pour couvrir à la fois la fermeture progressive du parc existant et la hausse attendue de la consommation électrique.

Ce que cela change concrètement pour votre facture et votre sécurité d’approvisionnement

Au-delà des postures de campagne, trois leviers distincts se dessinent pour les ménages. Le premier concerne le prix immédiat : la baisse de TVA défendue par Marine Le Pen produirait un effet rapide et mesurable sur chaque facture, de l’ordre d’une centaine d’euros par an pour un foyer moyen, mais dépend d’arbitrages européens complexes. Le deuxième levier touche au financement du système électrique : la suppression des subventions aux renouvelables portée par Bruno Retailleau réduirait la part de la facture consacrée au soutien public, actuellement de plusieurs milliards d’euros par an, mais fragiliserait des filières industrielles comme le solaire photovoltaïque, dont les objectifs sont pourtant inscrits dans la PPE3 en vigueur. Le troisième levier, défendu par Marine Tondelier, Raphaël Glucksmann et évoqué en creux par Jean-Luc Mélenchon, concerne la sécurité d’approvisionnement à moyen terme, avec des approches différentes sur la place respective du nucléaire et des renouvelables dans le mix électrique français.

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Ce débat ne remet pas en cause le développement des énergies renouvelables inscrit dans la PPE3, qui reste la feuille de route en vigueur jusqu’à ce qu’un nouveau texte la modifie éventuellement. Les tensions exprimées par les candidats portent sur le rythme et le financement de cette trajectoire, pas sur son bien-fondé technique.


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