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Un système de refroidissement unique en France
Civaux est la seule centrale française implantée au bord d’une rivière à très faibles débits, la Vienne. Cette contrainte a imposé, dès la conception du site, un dispositif de refroidissement renforcé. Aux deux grandes tours aéroréfrigérantes de 178 mètres, qui refroidissent l’eau par convection naturelle de l’air ambiant, s’ajoutent quatre petites tours équipées de ventilateurs. Ces dernières abaissent encore la température de l’eau de 3 à 7°C supplémentaires avant son rejet dans la rivière.
La centrale, mise en service entre 1997 et 1999, fonctionne en circuit fermé. Contrairement aux sites en circuit ouvert, qui restituent l’eau directement au milieu naturel après l’avoir réchauffée de 1 à 6°C, le circuit fermé limite l’échauffement à quelques dixièmes de degré seulement. À Civaux, le double étage de refroidissement va plus loin encore et inverse le bilan thermique.
Comment Civaux rejette une eau plus froide qu’à l’entrée
Le résultat se lit directement sur les écrans de contrôle de la centrale. En pleine journée caniculaire, la température de la Vienne mesurée en amont atteignait 28,49°C. L’eau utilisée pour le refroidissement a été rejetée à 24,65°C, soit près de quatre degrés de moins. En aval, après mélange avec le cours d’eau, la rivière se stabilisait à 27,93°C.
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Concrètement, la centrale ne transforme pas la Vienne en cours d’eau froid, mais elle évite de la réchauffer et la rafraîchit légèrement, là où la quasi-totalité des centrales fluviales produisent l’effet inverse. C’est ce qui permet à Civaux de continuer à produire même lorsque la Vienne dépasse 25°C, le seuil au-delà duquel EDF n’est plus autorisé à réchauffer la rivière.
| Type de centrale | Effet sur la température de l’eau |
|---|---|
| Circuit ouvert (fluvial classique) | Réchauffement de 1 à 6°C |
| Circuit fermé (avec tours de refroidissement) | Réchauffement de quelques dixièmes de degré |
| Civaux (double étage de refroidissement) | Rejet plus froid que le prélèvement |
Pendant ce temps, trois réacteurs à l’arrêt ailleurs
Le contraste est saisissant avec le reste du parc. La même semaine, EDF a dû mettre à l’arrêt trois réacteurs, au Bugey, à Nogent-sur-Seine et à Golfech, en raison de l’élévation de la température des fleuves. Il ne s’agit pas d’un problème de sûreté, mais d’une obligation environnementale : l’Autorité de sûreté nucléaire impose à chaque site des limites strictes de température et d’échauffement des cours d’eau. Lorsque ces seuils sont atteints, l’exploitant doit réduire la puissance des réacteurs, voire les arrêter, pour protéger les écosystèmes aquatiques.
Cette dépendance aux aléas climatiques devient un enjeu stratégique. Selon EDF, sans adaptation, l’effet des restrictions environnementales pourrait représenter 1,4% de la production nucléaire annuelle dès 2035, contre 0,3% aujourd’hui. Pour limiter ce risque, le groupe prévoit d’investir 8,7 milliards d’euros d’ici 2040 afin d’adapter ses installations au réchauffement.
Le débit de la Vienne, l’autre contrainte
Le système de refroidissement ne résout pas tout. La faiblesse du débit de la Vienne impose une seconde contrainte, moins spectaculaire mais tout aussi déterminante. Lorsque le débit passe sous 20 m³/s, comme c’est le cas depuis début juin, la centrale n’est plus autorisée à rejeter ses effluents chimiques et faiblement radioactifs dans la rivière.
Ces effluents sont alors stockés dans six réservoirs, d’une contenance totale équivalente à 150 camions-citernes, parfois pendant 4 à 6 mois, le temps que le niveau de la Vienne remonte. Un septième réservoir doit bientôt entrer en service pour faire face à des étiages plus longs, et EDF étudie la possibilité d’en ajouter sur d’autres sites. Une illustration concrète des limites de l’adaptation, même sur la centrale considérée comme la plus avancée du parc.
Un modèle pour les futurs EPR2
Une première opération qui change de dimension
L’expérience de Civaux ne restera pas isolée. EDF envisage d’étendre ce dispositif à d’autres sites fluviaux, dans la perspective d’étés plus chauds. Les deux futurs réacteurs EPR2 prévus au Bugey devraient être équipés de cette solution de refroidissement renforcé. Près de trente ans après sa mise en service, la centrale poitevine devient ainsi un cas d’école pour la relance du nucléaire français, alors que le pays mise sur l’atome pour électrifier son économie.
Pour mémoire, les 57 réacteurs du parc français assurent environ 70% de la production d’électricité. En 2025, la production nucléaire a atteint 373 TWh, soit 68,1% de l’électricité métropolitaine selon le bilan de RTE. Sécuriser cette production face au changement climatique est devenu une priorité, et Civaux offre un aperçu des solutions techniques qui pourraient se généraliser.

