Canicule : EDF arrête un troisième réacteur nucléaire, le prix de l’électricité s’envole

La vague de chaleur exceptionnelle qui frappe la France depuis la mi-juin 2026 met le système électrique sous tension. Ce jeudi 25 juin, EDF a mis à l'arrêt deux réacteurs supplémentaires, au Bugey et à Nogent-sur-Seine, portant à trois le nombre d'unités totalement stoppées, après celle de Golfech. En cause : la température des fleuves, qui frôle ou dépasse les seuils réglementaires destinés à protéger la faune et la flore. Conséquence directe sur les marchés, le prix de gros de l'électricité a atteint un niveau inédit depuis l'été 2023. Voici ce qu'il faut comprendre de cet épisode qui illustre, une fois de plus, la vulnérabilité croissante du parc nucléaire face au réchauffement climatique.

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Ce qu’il faut retenir

  • Trois réacteurs sont totalement arrêtés au 25 juin 2026 : Golfech, Bugey et Nogent-sur-Seine.
  • Au total, près de 4 GW de capacité nucléaire ont été retirés du réseau, soit environ 6 % du parc.
  • Le prix de gros a frôlé 280 €/MWh le 23 juin, un record depuis 2023.
  • L’approvisionnement n’a jamais été menacé, la France restant exportatrice.
  • La cause est réglementaire : protéger les fleuves dont la température ne doit pas dépasser 28 °C après rejet.

Trois réacteurs à l’arrêt, plusieurs autres au ralenti

Le mouvement s’est accéléré en quelques jours. Dans la nuit du 23 juin, EDF a arrêté le réacteur n° 2 de la centrale de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne. Le réacteur n° 1 du site étant déjà indisponible pour maintenance depuis le 8 mai, c’est donc l’intégralité de la centrale de Golfech, soit environ 2,6 GW, qui se trouve retirée du réseau. Ce jeudi 25 juin, deux nouvelles unités ont rejoint la liste : le réacteur n° 3 de la centrale du Bugey, en Auvergne-Rhône-Alpes, et le réacteur n° 1 de Nogent-sur-Seine, dans l’Aube. EDF invoque officiellement des causes externes liées à l’environnement, conséquence directe de l’épisode caniculaire.

À ces arrêts complets s’ajoutent des baisses de régime sur d’autres sites. À Nogent-sur-Seine, le second réacteur continue de fonctionner avec une adaptation de sa puissance depuis le mardi 23 juin, à la demande de RTE pour contribuer à la sûreté du réseau. Le site de Saint-Alban, en Isère, qui avait été le premier visé par les avertissements d’EDF dès la mi-juin, ainsi que celui du Blayais, en Gironde, font également l’objet d’une surveillance rapprochée et de possibles bridages. Au total, selon les données de marché, la canicule a conduit à retirer près de 4 GW de capacité nucléaire, soit environ 6 % du parc, en combinant arrêts complets et réductions de puissance.

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Pourquoi la chaleur force les réacteurs à lever le pied

Le principe est purement thermique. Une centrale nucléaire fonctionne comme une immense bouilloire : la fission de l’uranium produit une chaleur considérable qui transforme l’eau en vapeur, laquelle entraîne une turbine reliée à un alternateur pour générer de l’électricité. Cette vapeur doit ensuite être refroidie pour repasser à l’état liquide, et ce refroidissement s’effectue grâce à l’eau puisée dans un fleuve ou dans la mer. C’est précisément pour cette raison que les 57 réacteurs français sont implantés près de la mer ou le long d’un cours d’eau.

Le problème survient lorsque les températures grimpent. L’eau prélevée est restituée plus chaude de quelques dixièmes de degrés à quelques degrés en aval de la centrale. Or la réglementation encadre strictement cet échauffement pour préserver les écosystèmes aquatiques. Depuis un arrêté de 2006, la température du fleuve ne doit pas dépasser 28 °C après les rejets de la centrale. Pour la centrale de Nogent-sur-Seine, deux règles cumulatives s’appliquent : l’élévation de température de la Seine ne doit pas dépasser 3 °C entre l’amont et l’aval du site, et la température moyenne en aval ne doit pas excéder 28 °C. Lorsque ces seuils sont menacés, EDF n’a d’autre choix que de réduire la puissance, voire d’arrêter complètement la tranche concernée.

Ce cadre n’est pas anodin. Ces seuils correspondent aux tolérances physiologiques d’espèces locales déjà fragilisées, comme le brochet, la loche ou l’anguille européenne. La mémoire de 2022 pèse également : lors de la canicule historique de cette année-là, des dérogations avaient permis à plusieurs centrales de continuer à produire malgré les températures alarmantes, avec à la clé des milliers de poissons morts documentés par les associations environnementales. Depuis, l’État a durci les contrôles, et la doctrine s’est inversée vers l’anticipation plutôt que la dérogation.

Un envol des prix, mais pas de menace sur l’approvisionnement

Sur le plan tarifaire, l’effet a été immédiat. La conjonction d’une offre nucléaire réduite et d’une demande dopée par la climatisation a fait flamber les cours. Le 23 juin 2026, le prix de gros français pour livraison immédiate a frôlé 280 euros le mégawattheure, un niveau inédit depuis août 2023. La surconsommation liée aux climatiseurs est massive : selon RTE, ils ont entraîné une surconsommation de 12 gigawatts par rapport à une période équivalente avec des températures de saison, soit environ la puissance de onze réacteurs nucléaires. Lundi à 19 heures, la consommation a atteint un pic de 57 GW, proche du record estival.

Pour autant, la sécurité d’approvisionnement n’est pas en jeu. Selon RTE, la France dispose des moyens de production pour couvrir les besoins en électricité des Français, y compris en cas d’arrêt de moyens de production. Mieux : mardi, la France exportait encore 12,8 GW vers ses voisins, et RTE n’a signalé aucun risque pour le réseau. Cet équilibre tient en partie grâce au solaire, qui bat des records de production en journée. Le revers, en revanche, est carbone : le soir, lorsque le photovoltaïque s’efface, les centrales à gaz prennent le relais. Le bilan carbone de l’électricité française est ainsi passé d’environ 12 grammes de CO2 par kilowattheure le midi à près de 45 grammes le soir.

Une vulnérabilité climatique qui va s’aggraver

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Au-delà de l’épisode ponctuel, ces arrêts révèlent une tendance de fond. Pour l’instant, l’impact reste limité à l’échelle annuelle : EDF estime la baisse de production liée aux contraintes environnementales à 0,3 % par an. Mais la trajectoire inquiète. Sans adaptation, cette diminution pourrait atteindre en moyenne 1,4 % à l’horizon 2035, puis 1,5 % en 2050, avec une multiplication par trois à quatre des arrêts forcés. Ces épisodes de bridage, longtemps cantonnés au cœur de l’été, interviennent désormais dès la fin du printemps, ce qui en dit long sur l’accélération du phénomène.

Face à ce constat, EDF prépare une riposte industrielle de grande ampleur. Le groupe prévoit d‘investir 8,7 milliards d’euros d’ici 2040 pour adapter ses moyens de production nucléaires, hydrauliques et insulaires à ces conditions d’exploitation plus contraignantes. Ce programme inclut notamment des systèmes de refroidissement alternatifs et des aéroréfrigérants améliorés. Mais la technologie seule ne suffira pas : l’épisode de juin 2026 confirme que la régulation environnementale l’emporte désormais sur la rentabilité immédiate, imposant un arbitrage de fond entre production électrique et préservation de la biodiversité.


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