MaPrimeRénov’ : les dossiers s’effondrent au premier semestre 2026, mais la pompe à chaleur résiste

Le bilan publié par l'Anah pour le premier semestre 2026 est sans appel : les demandes MaPrimeRénov' ont reculé de façon spectaculaire sur les deux parcours du dispositif. Derrière ces chiffres alarmants pour la filière de la rénovation énergétique, un équipement fait figure d'exception et continue de séduire les propriétaires. Un signal fort, à l'heure où de nouvelles restrictions entreront en vigueur dès le 1er septembre 2026.

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Un recul brutal que les chiffres ne laissent pas en doute

Le premier semestre 2026 restera dans les mémoires comme l’un des plus difficiles pour MaPrimeRénov’. Le bilan publié par l’Agence nationale de l’habitat (Anah) fin juillet révèle une contraction généralisée du dispositif : les dépôts en rénovation d’ampleur ont chuté de 79 %, passant de 95 036 dossiers au premier semestre 2025 à seulement 20 265 sur les six premiers mois de cette année. Le parcours par geste n’est pas épargné non plus, avec une baisse de 34 % des demandes déposées, de 102 715 à 68 016. Au total, les aides accordées sont passées de 1,9 milliard à 1,4 milliard d’euros, soit un recul d’un quart en un an.

Comment expliquer un tel décrochage ? La cause principale est bien identifiée : l’absence de budget d’État voté en début d’année a contraint l’Anah à fermer son guichet en janvier et en février 2026. Aucun nouveau dossier n’a pu être déposé pendant deux mois. À la réouverture, le 23 février, les files d’attente s’étaient accumulées. Les délais d’instruction ont alors grimpé à six mois en moyenne dans la majorité des départements, décourageant une partie des candidats à la rénovation. Un incident technique sur la plateforme en ligne fin mars est venu rallonger encore un peu plus cette période de désorganisation.

Prenons l’exemple d’un ménage de Clermont-Ferrand qui souhaitait rénover son logement classé F en début d’année. Faute de pouvoir déposer son dossier avant mi-février, il a vu son projet repoussé de plusieurs mois, dans un contexte où les artisans RGE avaient eux aussi gelé leurs devis dans l’attente d’une stabilité réglementaire.

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À ces perturbations administratives s’ajoute un effet de fond moins conjoncturel : les montants de subventions ont été revus à la baisse, et les critères d’éligibilité se sont resserrés. Valérie Mancret-Taylor, directrice générale de l’Anah, a elle-même reconnu auprès de l’AFP un « attentisme lié à l’annonce du plan d’électrification », les propriétaires préférant parfois patienter pour mieux comprendre les nouvelles règles avant d’engager des travaux coûteux.

La pompe à chaleur air-eau, seul équipement à progresser

Au milieu de ce tableau morose, un équipement détonne. La pompe à chaleur air-eau est le seul poste à avoir progressé sur la période : avec 36 185 dossiers financés en rénovation par geste, elle enregistre une hausse de 20 % par rapport au premier semestre 2025. Un chiffre qui confirme une tendance de fond, bien au-delà de l’effet conjoncturel.

Cette résistance s’explique par plusieurs facteurs convergents. D’abord, le plan d’électrification des usages présenté par le gouvernement au printemps 2026 place la pompe à chaleur au cœur de sa stratégie : l’objectif est d’atteindre un million de PAC installées par an d’ici 2030. Ensuite, l’interdiction du gaz dans les constructions neuves à partir de janvier 2027 incite de nombreux propriétaires à anticiper leur sortie des énergies fossiles. Enfin, le lancement en juillet 2026 d’un leasing social dédié aux pompes à chaleur réversibles, avec trois opérateurs candidats (EDF, Octopus Energy et Effy) pour équiper 25 000 foyers modestes d’ici 2028, envoie un signal très clair sur la priorité accordée à cet équipement.

Concrètement, un foyer aux revenus modestes peut encore bénéficier d’un cumul MaPrimeRénov’ et prime CEE pouvant couvrir une large partie du coût d’une PAC air-eau, à condition de respecter les seuils de performance (ETAS supérieur ou égal à 140 %) et de faire appel à un professionnel certifié RGE. C’est, à date, l’un des projets de rénovation les mieux soutenus financièrement.

Ce qui se prépare pour septembre et pourquoi agir vite

Si le bilan du premier semestre est difficile à lire, le second semestre 2026 s’annonce sous haute tension pour quiconque a un projet en cours. Le gouvernement a en effet présenté au Conseil national de l’habitat, le 2 juillet 2026, un projet de décret visant à exclure six postes de travaux du parcours MaPrimeRénov’ par geste à compter du 1er septembre : l’isolation des combles et toitures, le remplacement des fenêtres, les chauffe-eau thermodynamiques, les chauffe-eau et chauffages solaires hors Outre-mer, les pompes à chaleur dédiées uniquement à la production d’eau chaude sanitaire, et les systèmes de ventilation. Le CNH a rendu un avis défavorable sur ces textes, mais cet avis est purement consultatif : le gouvernement conserve toute latitude pour les publier au Journal officiel en l’état. À ce jour, la réforme n’est pas encore officiellement actée, mais la volonté de l’exécutif ne fait guère de doute.

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Si elle entre bien en vigueur, ces travaux ne disparaîtraient pas pour autant. Ils resteraient finançables, mais uniquement dans le cadre d’une rénovation d’ampleur, un parcours bien plus exigeant : il impose de regrouper plusieurs postes de travaux, de viser un gain d’au moins deux classes au diagnostic de performance énergétique, et de passer obligatoirement par un Accompagnateur Rénov’ agréé. Pour un propriétaire qui souhaitait simplement changer ses fenêtres ou installer un chauffe-eau thermodynamique, la marche devient nettement plus haute.

Dans ce contexte d’incertitude réglementaire, la prudence commande d’agir sans attendre. Tout dossier déposé avant la publication du décret bénéficie des règles actuelles. Or, les délais d’instruction atteignent déjà six mois en moyenne. Si vous avez un projet de rénovation en geste simple dans les cartons, les semaines qui viennent sont probablement les dernières pour déposer votre demande aux conditions du moment.


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