Près de 2 milliards par an encore versés à des panneaux solaires installés avant 2011

Chaque foyer français finance déjà, sans le voir sur sa facture, le soutien public aux énergies renouvelables. En 2027, cette enveloppe atteindra 14,2 milliards d'euros contre 12,3 milliards en 2026, soit environ 54 euros de plus par ménage et par an selon notre estimation. La Commission de régulation de l'énergie vient d'en publier le détail, et la raison de cette hausse n'est pas celle que l'on croit.

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Ce que la CRE a décidé le 15 juillet

Dans sa délibération n°2026-149, publiée le 20 juillet, la Commission de régulation de l’énergie procède chaque année au même exercice, prévu par l’article L. 121-9 du code de l’énergie : elle évalue les charges de service public de l’énergie, les fameuses CSPE, à compenser aux opérateurs pour l’année suivante, et elle réévalue au passage celles de l’année en cours.

Deux chiffres sortent de cet exercice. Les charges à compenser en 2026 sont revues à la baisse, à 12,3 milliards d’euros, soit 631,2 millions de moins que la première évaluation réalisée en juillet 2025. Et pour 2027, première estimation officielle : 14,2 milliards d’euros, dont 10,67 milliards inscrits au budget de l’État et 3,56 milliards compensés par une fraction de l’accise sur l’électricité, qui finance la péréquation tarifaire dans les zones non interconnectées comme la Corse, la Guyane, La Réunion ou la Guadeloupe.

Ces charges ne sont pas une taxe supplémentaire qui apparaîtrait sur votre facture. Elles correspondent à l’écart entre le prix garanti aux producteurs par leur contrat, obligation d’achat ou complément de rémunération, et la valeur réelle de l’électricité qu’ils vendent sur le marché. Quand les prix de marché montent, l’écart se réduit et la dépense publique baisse. Quand ils baissent, elle augmente. C’est exactement ce qui se joue en 2027.

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Ce que ça représente pour un ménage

La CRE ne publie pas de chiffrage par foyer. Nous l’avons donc reconstitué en croisant ses montants avec les données de l’INSEE et de RTE. La méthode est explicitée en fin d’article.

En rapportant la part budgétaire aux 31,7 millions de résidences principales recensées par l’INSEE au 1er janvier 2025, on obtient un ordre de grandeur de 336 euros par ménage et par an en 2027, contre 286 euros en 2026. À cela s’ajoute la part financée par l’accise sur l’électricité : rapportée aux 449 TWh consommés en France, elle représente environ 7,9 euros par MWh, soit près de 34 euros par an pour un foyer consommant 4 255 kWh, la moyenne nationale.

Au total, l’ordre de grandeur ressort à environ 370 euros par ménage en 2027, contre 316 euros en 2026. Une précision indispensable : le budget de l’État n’est pas financé par les seuls ménages, les entreprises y contribuent aussi via l’impôt, et l’accise pèse également sur les consommateurs professionnels. Ce chiffrage est donc une clé de lecture, pas une ligne de facture. Il donne une idée de l’ordre de grandeur de l’effort collectif, pas du montant que chacun paiera individuellement.

Poste2026 (réévalué)2027 (prévision)Écart
Total des charges12,31 Mds€14,23 Mds€+ 1,9 Md€
Dont budget de l’État9,06 Mds€10,67 Mds€+ 1,6 Md€
Dont part de l’accise (ZNI)3,25 Mds€3,56 Mds€+ 0,3 Md€
Ordre de grandeur par ménageenviron 316 €environ 370 €+ 54 €

La hausse vient des volumes, pas des tarifs

C’est le point que la CRE martèle et qui change complètement la lecture du sujet. Sur 2025, 2026 et 2027, le surcoût unitaire du soutien, c’est-à-dire le coût pour l’État rapporté à chaque MWh soutenu, se stabilise autour de 90 euros par MWh, très exactement 91,9 euros en 2025, 89,4 euros en 2026 et 91,2 euros en 2027. Un niveau quasiment identique à celui de 2020, avant la crise des prix de gros, qui s’établissait à 89,8 euros par MWh.

Autrement dit, le soutien ne devient pas plus généreux, il porte simplement sur beaucoup plus d’électricité. Le volume soutenu passe de 89 TWh en 2026 à 98 TWh en 2027, une progression de 10 TWh qui explique à elle seule environ 900 millions d’euros de charges supplémentaires. Cette croissance du parc s’inscrit dans le cadre fixé par les programmations pluriannuelles de l’énergie, la PPE2 pour 2019-2028 et la PPE3 pour 2026-2035.

Il faut aussi rappeler un épisode que l’on oublie vite : pendant la crise des prix de gros, les producteurs renouvelables et la cogénération ont reversé de l’argent à l’État. Les contrats d’achat et de complément de rémunération ont ainsi rapporté 5,5 milliards d’euros de recettes au titre des années 2022 et 2023. Le mécanisme fonctionne dans les deux sens, il amortit les crises et coûte quand les prix sont bas.

Le solaire, premier poste, et l’héritage des contrats d’avant 2011

Le photovoltaïque reste de loin la première ligne de dépense, avec 4,58 milliards d’euros au titre de 2027, soit près d’un tiers du total. L’éolien terrestre pèse 1,40 milliard, l’éolien en mer 1,31 milliard, le biométhane injecté 1,37 milliard et le soutien dans les zones non interconnectées 3,51 milliards.

Mais un détail de la délibération mérite l’attention de tout propriétaire qui hésite aujourd’hui à installer des panneaux. La CRE précise en note de bas de page que les installations photovoltaïques antérieures au moratoire de 2010, dont le tarif d’achat était particulièrement élevé, concourent toujours aux charges pour près de 2 milliards d’euros par an au titre de 2026 et 2027. La majorité de ces contrats arrivera à échéance avant 2033, avec un début de décroissance dès 2029.

Cela signifie que près de la moitié de la facture solaire actuelle correspond à des installations raccordées il y a plus de quinze ans, à des conditions tarifaires qui n’existent plus depuis longtemps. Les tarifs d’achat proposés aujourd’hui aux particuliers pour l’autoconsommation avec revente de surplus sont sans commune mesure avec ceux de cette époque. Confondre les deux revient à juger la rentabilité actuelle du solaire résidentiel avec les chiffres de 2010.

Prix négatifs : les premiers résultats du dispositif d’arrêt

L’autre enseignement concret de cette délibération concerne les périodes où le prix de l’électricité devient négatif, un phénomène de plus en plus fréquent lors des heures ensoleillées de printemps. Quand cela arrive, l’État paie deux fois : le tarif garanti au producteur, et la perte sur la revente à prix négatif.

Depuis 2025, un dispositif permet d’arrêter certaines installations sous obligation d’achat lors de ces périodes. Le bilan du premier semestre 2026 est parlant : 155 GWh de production ont été écrêtés, dont 69 GWh pour l’éolien en mer, 52 GWh pour le photovoltaïque et 33 GWh pour l’éolien terrestre, avec des taux de respect des consignes de 99 %, 79 % et 91 % respectivement. Les producteurs ne sont pas pénalisés, leur production écrêtée leur est compensée.

Les montants en jeu sont considérables. La CRE estime qu’une atténuation totale des prix négatifs permettrait une économie de jusqu’à 100 millions d’euros par an. Deux journées suffisent à mesurer l’ampleur du problème : le 26 avril et le 1er mai 2026 concentrent à elles seules environ 40 millions d’euros de pertes, avec des prix spot proches du plancher de -500 euros par MWh sur certaines heures. La CRE se dit favorable à une extension du dispositif à toutes les installations éoliennes terrestres et photovoltaïques de plus de 1 MW à partir du 1er décembre 2026, ce qui mobiliserait 4,3 GW supplémentaires.

Ce qui pourrait faire baisser la facture, et qui vous concerne directement

Trois leviers sont explicitement identifiés par le régulateur, et deux d’entre eux touchent directement les consommateurs.

Le premier passe par vos heures creuses. La CRE rappelle que l’introduction progressive d’heures creuses méridiennes l’été, entre 11h et 17h, doit rapprocher la consommation des heures de forte production solaire. Mieux la consommation colle à la production, moins les prix s’effondrent en milieu de journée, et moins l’État compense. Une consultation publique est en cours sur la construction des tarifs réglementés, avec une possible prise en compte renforcée de la production solaire dès le mouvement tarifaire du 1er février 2027.

Le deuxième levier, c’est le stockage. La capacité de batteries en autonome atteignait 2 GW à la fin du premier trimestre 2026. La CRE juge toutefois que ce rythme ne suffira pas à absorber seul la cannibalisation solaire, alors qu’environ 10 GW de nouvelles installations photovoltaïques dont le soutien est déjà engagé doivent être mises en service entre 2026 et 2029. Elle recommande d’expérimenter une évolution du soutien aux installations de plus de 100 kWc pour favoriser leur couplage avec une batterie.

Le troisième concerne la gestion elle-même. EDF Obligation d’achat porte environ 94 % de ces charges et gérait près de 900 000 contrats en 2025, avec des frais de gestion en hausse de 89 % entre 2020 et 2025. La CRE travaille à un cadre de régulation incitative, avec des bonus ou malus financiers indexés sur la performance de l’opérateur.

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Rien dans cette délibération ne remet en cause l’intérêt d’une installation photovoltaïque résidentielle. La hausse des charges publiques traduit un parc qui grandit, pas un soutien qui dérape. Le point de vigilance porte ailleurs : le régulateur pousse clairement vers un modèle où la production solaire doit être consommée ou stockée au moment où elle est produite, plutôt que déversée sur un réseau saturé à midi.

Concrètement, cela renforce l’intérêt de l’autoconsommation, du pilotage des usages, du ballon d’eau chaude programmé en milieu de journée plutôt que la nuit, et à terme des batteries résidentielles. C’est la direction que prennent les signaux tarifaires, et ceux qui l’anticipent seront mécaniquement mieux placés que ceux qui se contenteront de revendre leur surplus au fil de l’eau.


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