David Lisnard dévoile sa vision de l’énergie, et l’éolien en mer en fait les frais

En pleine ascension dans les sondages, David Lisnard s'attaque au programme de onze parcs éoliens en mer. Au RN, Bruxelles et les renouvelables sont dans le viseur, tandis que les profits de TotalEnergies relancent le débat sur les superprofits.

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À quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle, l’énergie s’impose comme l’un des marqueurs les plus clivants de la campagne. La semaine du 26 octobre en a donné une illustration nette : David Lisnard a pris pour cible l’appel d’offres géant sur l’éolien en mer, le Rassemblement national a ouvert un double front contre Bruxelles et les industriels des renouvelables, tandis que les résultats de TotalEnergies ont relancé le débat sur les superprofits. Tour d’horizon des positions, et de ce qu’elles pourraient signifier pour la filière.

David Lisnard, l’outsider qui fait de l’éolien en mer une cible

Le maire de Cannes n’était encore qu’un candidat marginal il y a quelques semaines. Son parti, Nouvelle Énergie, revendique désormais 100 000 adhésions payantes, contre 55 000 revendiquées par le candidat un peu plus tôt en octobre. Un chiffre déclaratif, qui ne préjuge pas d’une dynamique électorale, mais qui accompagne une percée dans les enquêtes d’opinion. Dans un sondage Ifop-Fiducial pour LCI et Sud Radio publié mi-octobre, il était crédité de 6 % des intentions de vote, contre 5 % pour Bruno Retailleau, un écart qui reste dans la marge d’erreur.

C’est sur l’éolien en mer que le candidat a choisi de se démarquer. Le 26 octobre sur X, il a annoncé qu’une fois élu, il ne financerait pas le dernier appel d’offres lancé par le gouvernement, un projet qui, selon lui, « peut coûter 82 milliards d’euros sur sa durée de vie ».

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D’où vient le chiffre de 82 milliards d’euros

L’appel d’offres visé est l’AO10, le plus important jamais lancé en France dans ce domaine. Il regroupe onze projets répartis sur toutes les façades maritimes, pour une puissance cumulée d’environ 10 GW, partagée à parts égales entre éolien posé et éolien flottant. Après l’avis de la Commission de régulation de l’énergie début 2027, l’attribution par la ministre chargée de l’énergie est prévue en février 2027, soit en pleine campagne.

Le chiffre avancé par David Lisnard additionne deux montants. Le premier est le plafond d’aide publique validé par Bruxelles : la Commission européenne a autorisé un soutien pouvant atteindre 63 milliards d’euros sur 25 ans, selon le niveau moyen des prix de l’électricité. Le second correspond au raccordement : RTE estime à environ 20 milliards d’euros le coût total pour relier les onze parcs au réseau terrestre.

Ce total mérite une nuance importante. Le soutien prend la forme d’un contrat pour différence : l’État compense l’écart quand les prix de marché sont inférieurs au prix garanti, mais le producteur reverse la différence lorsqu’ils sont supérieurs. Les 63 milliards représentent donc un maximum, atteint uniquement dans un scénario de prix durablement bas, ce qui ne correspond pas à la tendance actuelle des marchés.

Un candidat qui se défend d’être hostile aux renouvelables

« Il ne s’agit pas d’être contre l’éolien ou le solaire », assure toutefois David Lisnard. Dans un entretien accordé à la chaîne YouTube Et si l’économie sauvait l’écologie ?, il s’est dit favorable à l’autoconsommation et au photovoltaïque sur les hangars agricoles. Une position qui interroge, car le soutien public à ces installations est jugé suffisamment coûteux pour que le gouvernement envisage de réexaminer certains contrats déjà signés, une rétroactivité à laquelle la FNSEA s’est publiquement opposée. Le candidat se place ainsi aux côtés du monde agricole sur ce dossier.

Il affiche également son soutien à l’hydroélectricité et au nucléaire, sans préciser le nombre de nouveaux réacteurs qu’il juge nécessaires. Il veut aussi revenir sur l’interdiction de vente des véhicules thermiques neufs en 2035, actée au niveau européen et déjà en cours d’assouplissement, ainsi que sur l’interdiction d’exploiter des hydrocarbures en France, tout en reconnaissant que la rentabilité de tels projets reste à démontrer.

Au RN, Bruxelles et les renouvelables dans le viseur

Le Rassemblement national partage avec David Lisnard l’objectif de relancer le nucléaire et l’exploitation d’hydrocarbures. Cette semaine, Marine Le Pen a concentré ses critiques sur la Commission européenne après des révélations du média La Lettre. Selon cet article publié le 26 octobre, Bruxelles demanderait davantage d’interconnexions avec les pays voisins, ainsi que des garanties sur la mise en concurrence de l’électricité produite par les futurs réacteurs, en échange de son feu vert au montage financier. Le contexte est sensible : l’enquête européenne porte notamment sur le prêt bonifié de l’État couvrant jusqu’à 60 % d’un programme estimé à 72,8 milliards d’euros.

La candidate a qualifié ces exigences d’« inacceptables ». Maud Bregeon, ministre de l’Énergie et soutien d’Édouard Philippe, lui a répondu en dénonçant son hostilité envers l’Europe. Auditionnée au Sénat le 27 octobre, la ministre a par ailleurs assuré que la France ne se verrait pas imposer d’interconnexions et n’obligerait pas EDF à vendre une partie de sa production à prix fixe pour valider le financement des EPR2.

L’autre cible du RN reste le solaire et l’éolien, pour lesquels le parti propose un moratoire. Le député de la Meuse Maxime Amblard, chargé des questions d’énergie, s’en est pris le 27 octobre aux dirigeants du secteur, qui ont répondu massivement aux derniers appels d’offres de l’année. Il les a accusés sur X de vivre des subventions publiques, des propos particulièrement virulents à l’égard d’une filière qui emploie des dizaines de milliers de personnes en France.

Les superprofits de TotalEnergies, rare point de convergence

Le troisième sujet de la semaine a produit un rapprochement inattendu. TotalEnergies a annoncé le 29 octobre un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, en hausse de près de 125 % sur un an, porté par la flambée des prix. Le Brent s’est établi en moyenne à 97 dollars le baril sur la période, contre 69,1 dollars un an plus tôt.

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Marine Le Pen a salué une « grande et puissante entreprise » tout en appelant les pays européens à taxer les surprofits liés aux crises. Une position critiquée par Clément Thonon, membre de l’équipe de campagne d’Édouard Philippe. À gauche, la demande est unanime : Aurélie Trouvé (LFI) réclame un blocage des prix, François Ruffin dénonce des « profiteurs de crises », Fabien Roussel et Yannick Jadot, soutien de Raphaël Glucksmann, abondent dans le même sens, et le candidat socialiste plaide lui aussi pour une taxation.

Candidat ou camp Éolien et solaire Nucléaire Hydrocarbures et superprofits
David Lisnard (Nouvelle Énergie) Refus de financer l’AO10, soutien à l’autoconsommation et au PV agricole Favorable, sans objectif chiffré Relance de l’exploitation en France
Marine Le Pen (RN) Moratoire proposé Relance, refus des conditions de Bruxelles Relance de l’exploitation, taxation européenne des surprofits
Camp d’Édouard Philippe Non précisé cette semaine Défense du programme EPR2 Critique de la position du RN
Gauche (LFI, PCF, PS, écologistes, Ruffin) Non précisé cette semaine Non précisé cette semaine Taxation des superprofits, blocage des prix (LFI)

Ce que la filière doit surveiller d’ici février 2027

Pour les acteurs des énergies renouvelables, l’enjeu est concret. L’attribution de l’AO10 interviendra quelques semaines avant le scrutin, et plusieurs candidats annoncent déjà vouloir la remettre en cause. Le dossier EPR2, suspendu à l’accord de Bruxelles, et la question de la rétroactivité des contrats photovoltaïques agricoles ajoutent à l’incertitude. Seule constante dans ce paysage fragmenté : l’autoconsommation, rarement attaquée, pourrait sortir de la campagne relativement épargnée.


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