Trump affirme que les panneaux solaires « grillent » les animaux : ce que répondent les scientifiques

À une semaine des élections de mi-mandat, Donald Trump a enchaîné deux meetings au Texas le 27 octobre. Il a de nouveau critiqué l'éolien et l'Allemagne, puis affirmé que les grandes centrales solaires « tuent tous les animaux ». Les experts interrogés par l'AFP jugent cette affirmation fausse, et le Texas est l'État américain qui développe le plus le solaire.

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Deux meetings, une même cible : les énergies renouvelables

Le mardi 27 octobre 2026, Donald Trump a tenu deux meetings de campagne au Texas, à 14 heures à Corpus Christi puis à 18 heures au Lubbock Memorial Civic Center, pour soutenir les candidats républicains aux élections de mi-mandat. L’objectif affiché était de soutenir Ken Paxton, candidat républicain au Sénat. Pourtant, une partie de ses interventions a porté sur l’énergie, et plus particulièrement sur les renouvelables.

Le discours n’est pas nouveau. Donald Trump attaque l’éolien depuis des années et reprend régulièrement l’expression « Green New Scam », un jeu de mots sur le Green New Deal des démocrates. En janvier 2026, à Davos, il utilisait déjà ce terme pour désigner les politiques climatiques et de soutien aux renouvelables, en affirmant que les pays européens qui les avaient adoptées avaient subi un effondrement énergétique. Ce qui change au Texas, c’est la cible : le photovoltaïque, jusqu’ici moins exposé que les éoliennes, reçoit à son tour des critiques de ce type.

À Corpus Christi, l’éloge du pétrole et le contre-exemple allemand

Le premier meeting s’est tenu sur un site symbolique. Donald Trump s’est exprimé au port de Corpus Christi, où il a mis en avant une cargaison de pétrole vénézuélien, annoncé une baisse des prix du carburant et appelé les Texans à voter républicain. Dans une ville liée à l’industrie pétrolière et gazière, il a opposé son slogan « drill, baby, drill » aux projets énergétiques de ses adversaires démocrates.

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Selon les éléments transmis à notre rédaction, le président a de nouveau visé l’Allemagne, qui aurait selon lui frôlé la faillite avant de revoir sa politique énergétique. Il a aussi résumé sa position sur l’énergie verte en une formule : « Cela ne fonctionne pas, cela coûte cher. »

Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne lui sert d’exemple. Lors de son discours à l’ONU en septembre 2025, il affirmait déjà que le pays avait été entraîné sur une voie dangereuse, en matière d’immigration comme d’énergie.

À Lubbock, les panneaux solaires accusés de « griller » les animaux

Le ton a changé quelques heures plus tard à Lubbock, dans l’ouest du Texas. Après ses critiques habituelles contre les éoliennes, Donald Trump a abordé le solaire. Il a d’abord concédé qu’il existait « un peu de solaire », puis il a visé les grandes centrales, ces « gros monstres » installés un peu partout qui, selon lui, « tuent tous les animaux ».

Il a ensuite expliqué comment ces animaux mourraient : « Les animaux sautent dessus et ils grillent », parce que les panneaux noirs seraient « plus chauds que votre cuisinière ». Le passage a été largement diffusé sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes ont réagi dans les heures suivantes, et certains ont réclamé l’application du 25e amendement, qui permet d’écarter un président jugé inapte.

L’argument n’est pas totalement nouveau. L’an dernier, à bord d’Air Force One, Donald Trump avait déjà critiqué la politique énergétique britannique en affirmant que les panneaux solaires tuaient les oiseaux. Il va ici plus loin, en décrivant une mortalité généralisée dans les centrales au sol.

Toujours selon le brief, le président a aussi cité la Chine et ses nouvelles centrales au charbon pour affirmer qu’une économie solide repose d’abord sur les combustibles fossiles.

Ce que disent réellement les scientifiques

L’AFP a interrogé plusieurs spécialistes dès le lendemain, et leurs réponses vont toutes dans le même sens. Leana Zoller, experte en ressources naturelles à l’université Cornell, juge l’affirmation « non étayée par les faits ». Elle reconnaît que les panneaux chauffent. Par une journée chaude et ensoleillée, leur surface peut dépasser de 20 à 25 °C la température de l’air et atteindre 55 à 70 °C, sans que les animaux qui les touchent brièvement ou vivent à proximité soient brûlés pour autant.

L’effet est même plutôt inverse au sol. Des études montrent que les panneaux rafraîchissent généralement l’espace situé en dessous, là où vit la majorité de la petite faune, et qu’ils offrent de l’ombre à certaines espèces comme les moutons. Femke Nijsse, chercheuse à l’université d’Exeter, rappelle que le photovoltaïque est de plus en plus utilisé en milieu aride dans des projets agrivoltaïques, justement pour rendre le sol plus accueillant. Elle ajoute un détail simple : les panneaux étant inclinés, il est difficile pour un animal de sauter dessus.

D’où peut venir cette idée d’animaux « grillés » ? Howard Crystal, avocat au Center for Biological Diversity, propose une explication. Il évoque le solaire thermodynamique à concentration (CSP), qui utilise des miroirs pour concentrer la lumière sur un récepteur et produire une chaleur très élevée. Cette technologie n’a rien à voir avec les panneaux photovoltaïques, qui produisent directement de l’électricité et ne chauffent pas beaucoup en fonctionnement normal. Des oiseaux peuvent bien être blessés par la chaleur près d’une centrale CSP, mais à cause du rayonnement concentré, pas parce que les miroirs seraient brûlants. Surtout, selon le chercheur Sebastian Dunnett, le CSP reste de loin une technologie minoritaire sur le marché solaire.

La Maison Blanche a répondu à l’AFP en renvoyant vers des articles sur des oiseaux blessés près d’installations solaires. Mais l’étude préliminaire qu’elle a transmise conclut que la mortalité aviaire liée à ces installations, faible pour le CSP et plus faible encore pour le photovoltaïque, est nettement inférieure à celle causée par d’autres activités humaines.

Le photovoltaïque n’a pas pour autant un impact nul sur la biodiversité. Le média d’investigation E&E News arrive aux mêmes conclusions que l’AFP : il n’a trouvé aucune preuve que les fermes solaires nuisent gravement aux lapins ni que les panneaux grillent les animaux qui s’y posent, les structures étant généralement surélevées pour laisser la végétation et la faune vivre en dessous.

Le Texas, paradoxe parfait du discours anti-solaire

Le choix du Texas pour attaquer le solaire a de quoi surprendre, car l’État est devenu le moteur du photovoltaïque américain. Fin du premier trimestre 2026, il comptait 36,4 GW de capacité solaire, soit 22,2 % du parc national, ce qui en fait le premier État du pays selon S&P Global.

Indicateur Donnée
Part du Texas dans les nouvelles capacités solaires américaines en 2026 Environ 40 %, selon les prévisions de l’EIA
Production solaire contre charbon sur le réseau ERCOT en 2026 78 milliards de kWh prévus pour le solaire, contre 60 milliards pour le charbon
Record de production solaire 35 GW le 30 juillet 2026
Pic de consommation historique 91,1 GW le 22 juillet 2026

Ces chiffres ont un effet très concret sur la sécurité d’approvisionnement. Malgré des chaleurs extrêmes, l’opérateur ERCOT n’a émis aucune alerte de sobriété en 2026, alors qu’il en avait lancé près de 50 entre 2008 et 2022. Les analystes attribuent cette meilleure tenue du réseau aux niveaux record de production renouvelable et de décharge des batteries.

Le solaire a donc progressé au Texas sans plan climat volontariste, surtout parce qu’il permet de répondre vite et à moindre coût à une demande électrique en forte hausse. [Passage non sourcé : analyse de la rédaction, cohérente avec les données ci-dessus mais non attribuée à une source précise.] Les centrales visées par Donald Trump se trouvent d’ailleurs dans l’État qui développe le solaire plus vite que tous les autres.

Méthane, pétrole, gaz : l’autre annonce de la soirée

À Lubbock, Donald Trump a aussi annoncé une mesure concrète. Il a déclaré mettre fin à la réglementation de l’ère Biden sur les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier, en affirmant que la mesure ferait économiser 45 milliards de dollars et permettrait de produire 210 millions de barils de pétrole.

L’Agence de protection de l’environnement prévoit notamment de supprimer le programme de détection des « super-émetteurs » de méthane et de laisser aux industriels plus de liberté dans le choix des technologies de surveillance et de contrôle du torchage. Les associations environnementales estiment que cette décision permettra aux entreprises de continuer à rejeter un gaz qui pourrait être capté et alimenter des millions de foyers. La règle de 2024 devait générer 98 milliards de dollars de bénéfices d’ici 2034, un calcul fondé sur le coût social des émissions que l’EPA actuelle rejette. Les scientifiques estiment que le méthane est responsable d’environ un tiers du réchauffement lié aux gaz à effet de serre.

Les deux annonces vont dans le même sens. D’un côté, le président présente le solaire comme une menace pour la faune. De l’autre, il assouplit des règles conçues pour limiter les fuites d’un gaz à fort pouvoir réchauffant.

Une stratégie électorale à la veille des midterms

Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte politique tendu. Plusieurs États républicains, censés être acquis, sont devenus des terrains disputés pour ces élections de mi-mandat, et Donald Trump cherche à transformer la politique énergétique en arguments électoraux dans son fief texan. Ce déplacement était sa troisième visite au Texas du mois pour soutenir Ken Paxton.

Le prix du carburant pèse aussi dans la campagne. L’abandon de la règle sur le méthane intervient alors que le président cherche à augmenter la production nationale, dans un contexte de prix élevés et de guerre avec l’Iran. Dans ce discours, le pétrole et le gaz sont associés à une énergie abondante et bon marché, tandis que le solaire et l’éolien sont présentés comme coûteux et dangereux. Les élections ont lieu ce mardi 3 novembre.

Une rhétorique qui contredit les données de terrain

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La séquence texane montre une évolution du discours présidentiel. Donald Trump ne critique plus seulement le coût ou les subventions des renouvelables : il oppose directement le solaire et l’éolien au pétrole, au gaz et au charbon, en leur attribuant des effets environnementaux spectaculaires.

Sur le fond, l’affirmation des animaux « grillés » ne tient pas face aux données scientifiques, et elle a été prononcée dans l’État qui démontre le mieux l’intérêt du solaire pour le réseau électrique américain. Ce discours devrait peser sur la perception du photovoltaïque aux États-Unis. Le rythme d’installation, lui, dépendra davantage des besoins du réseau texan et du coût de l’électricité.


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