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D’où vient cet objectif de 1 457 GW ?
Ce chiffre provient d’un rapport de la World Nuclear Association (WNA), qui examine chaque année les ambitions nationales en matière de capacité nucléaire. Depuis la COP 28, 33 pays se sont engagés à tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050, un objectif qui correspond à environ 1 200 GW. Mais selon la WNA, si l’ensemble des projets identifiés et des objectifs nationaux étaient menés à leur terme, tout en maintenant en service le parc existant, la capacité pourrait même grimper jusqu’à ces fameux 1 457 GW.
C’est donc un scénario résolument optimiste, qui cumule à la fois le renouvellement du parc vieillissant et une expansion massive des capacités installées. Entre la trajectoire officielle du triplement et ce plafond théorique, l’écart donne déjà une idée du chemin qu’il reste à parcourir pour la filière.
Parmi les signataires de cet engagement de triplement figurent des poids lourds du secteur comme les États-Unis, le Canada, le Japon, la France ou encore le Royaume-Uni, mais aussi des pays beaucoup moins associés au nucléaire jusqu’ici, à l’image du Kenya, du Nigeria ou du Kazakhstan. Un signe que l’appétit pour cette énergie dépasse désormais largement le cercle historique des puissances nucléaires.
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Les pays qui tirent la croissance du nucléaire
La dynamique actuelle du secteur repose très largement sur quelques pays moteurs. La Chine domine très largement les chantiers en cours : depuis 2000, 52 des 116 réacteurs mis en service dans le monde sont chinois, et de nouveaux projets continuent de sortir de terre à un rythme soutenu.
L’Inde suit une trajectoire comparable, avec plusieurs réacteurs actuellement en construction pour compléter un parc déjà conséquent. À l’inverse, les chantiers restent beaucoup plus rares en Europe, au Japon ou en Amérique du Nord, où le renouvellement du parc avance à un rythme bien plus modeste.
La France illustre bien cette dynamique occidentale plus prudente : son programme de relance, porté par six nouveaux réacteurs EPR2, représente déjà un investissement colossal pour l’État, sans pour autant viser une hausse massive de la capacité installée, mais plutôt un renouvellement du parc existant. Un contraste frappant avec le rythme chinois, où les délais de construction restent nettement plus courts que ceux observés en Europe ou en Amérique du Nord.
Les obstacles qui rendent l’objectif incertain
Le principal défi ne réside pas uniquement dans la construction de nouvelles centrales, mais dans le renouvellement d’un parc mondial vieillissant. De nombreux réacteurs construits dans les décennies précédentes devront être remplacés dans les années à venir, malgré les prolongations de durée de vie accordées dans plusieurs pays. Augmenter sensiblement la capacité totale tout en maintenant ce rythme de remplacement exige donc un effort d’investissement constant, bien plus lourd qu’il n’y paraît.
Les délais de construction, historiquement longs pour les réacteurs conventionnels, et les budgets qui dérapent régulièrement sur ce type de projets, pèsent également sur la trajectoire. Les réacteurs modulaires (SMR), plus petits et plus rapides à déployer, suscitent de grands espoirs pour accélérer le mouvement, mais la filière reste encore largement au stade du développement industriel.
S’y ajoute un enjeu moins souvent évoqué : la disponibilité des compétences humaines et des capacités industrielles nécessaires pour mener de front autant de chantiers partout dans le monde. Former des équipes qualifiées et sécuriser des chaînes d’approvisionnement en combustible prend, elle aussi, plusieurs années.
Un scénario optimiste plus qu’une trajectoire garantie
Il est utile de comparer ce chiffre de 1 457 GW à d’autres projections. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) se montre nettement plus prudente : selon ses estimations, la capacité nucléaire mondiale pourrait seulement doubler d’ici 2050, pour atteindre entre 561 et 992 GW, un écart considérable avec le plafond avancé par la WNA.
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La WNA elle-même s’attend d’ailleurs à ce que les réacteurs conventionnels continuent de représenter l’essentiel des nouvelles capacités installées jusqu’en 2050, les technologies modulaires ne devant monter en puissance que plus progressivement.
Le chiffre de 1 457 GW doit donc être compris pour ce qu’il est : un plafond théorique, atteignable uniquement si chaque pays tient ses engagements à la lettre, et si le parc existant continue de fonctionner sans accroc majeur. Une trajectoire séduisante sur le papier, mais que la plupart des experts du secteur jugent encore loin d’être garantie, tant les conditions à réunir restent nombreuses d’ici 2050.

