35 % des foyers qui posent des panneaux solaires snobent désormais le contrat de l’État, contre 2 % il y a un an

Plus d'un tiers des foyers qui installent des panneaux solaires renoncent désormais au contrat de rachat de l'État. Les chiffres Enedis du 3e trimestre 2026 montrent un marché résidentiel stabilisé, qui apprend à vivre sans soutien public. Paradoxe : l'État interdit depuis juin d'agrandir une installation sous contrat et envisage d'étendre cette règle à l'outre-mer.

Montrer le sommaire Cacher le sommaire

Si vous posez des panneaux solaires aujourd’hui, le contrat de rachat de l’État ne pèse presque plus rien dans la rentabilité de votre projet : à 1,1 centime le kWh, la vente du surplus représente moins de 8 % de la valeur produite par une installation type. Et si vous êtes déjà sous contrat EDF OA, vous ne pouvez plus agrandir votre installation dans ce cadre depuis juin. Résultat : 35 % des petites installations résidentielles se raccordent désormais en dehors du dispositif de soutien public S21, contre à peine 2 % un an plus tôt.

Le solaire résidentiel a cessé de chuter

Après cinq trimestres consécutifs de baisse, le segment des installations de moins de 9 kWc, celui des maisons individuelles, se stabilise pour le deuxième trimestre d’affilée : 116 MWc raccordés au 3e trimestre 2026, après 114 et 113 MWc. Le niveau reste 57 % sous le pic de 268 MWc atteint fin 2024, mais la glissade est enrayée.

Autre signal de maturité, une installation sur cinq est désormais équipée d’une batterie, une proportion stable depuis la fin 2025, alors qu’elle plafonnait sous les 5 % début 2025. Pour suivre l’évolution trimestre par trimestre, retrouvez les chiffres essentiels du marché photovoltaïque en 2026.

Maud Bregeon maintient la baisse des tarifs solaires des hangars agricoles, mais promet un audit au cas par cas
Après Hello Watt, Ensol rachète le surplus à 5 centimes : la valeur du solaire bascule vers le pilotage

Un tiers des foyers tourne le dos au contrat S21

Au 3e trimestre 2025, 98 % des installations résidentielles passaient encore par l’arrêté S21, le contrat de 20 ans qui garantit le rachat du surplus par EDF OA. Un an plus tard, elles ne sont plus que 65 %. Le décrochage coïncide avec l’arrêté du 1er juin 2026, entré en vigueur le 5 juin, qui a supprimé la prime à l’autoconsommation et fixé un tarif unique de 1,1 c€/kWh, contre 4 c€/kWh et 80 €/kWc de prime quelques semaines plus tôt.

Pour Enerplan, le syndicat des professionnels du solaire, le marché apprend à fonctionner autrement, porté par le prix de l’électricité, à 0,2001 €/kWh TTC en option Base au tarif réglementé, et par les offres privées. Hors S21, un foyer peut consommer sa production sans rien vendre, stocker avec une batterie ou céder son surplus à un acteur privé : certaines offres affichaient autour de 4,6 c€/kWh en juin 2026, frais d’abonnement en plus.

Ce que vaut encore le contrat EDF OA pour un foyer

ECOinfos a simulé une installation de 6 kWc en métropole produisant 7 200 kWh par an, avec 40 % d’autoconsommation sans batterie.

ScénarioÉconomie sur la factureRevente du surplusPrime
S21 avant le 5 juin 2026 (4 c€/kWh)environ 576 €/anenviron 173 €/an480 €
S21 depuis le 5 juin 2026 (1,1 c€/kWh)environ 576 €/anenviron 48 €/anaucune
Hors S21, offre privée à 4,6 c€/kWhenviron 576 €/anenviron 200 €/an avant fraisaucune
Avec batterie (70 % autoconsommés)environ 1 010 €/anenviron 24 €/an sous S21aucune

Le constat est sans appel : sous S21, la revente ne rapporte plus qu’une cinquantaine d’euros par an, quand l’électricité consommée sur place en fait économiser près de 580. Pour beaucoup de foyers, le contrat public ne compense plus ses contraintes. La rentabilité se joue désormais sur l’autoconsommation, et la batterie la fait presque doubler.

Agrandir son installation, le verrou qui pousse vers la sortie

L’arrêté du 1er juin touche aussi les propriétaires déjà équipés : une installation achevée ne peut plus voir sa puissance augmentée sur son contrat S21 existant. Plusieurs directions régionales d’Enedis ont prévenu les professionnels que ces demandes seraient jugées non recevables.

Concrètement, un foyer équipé de 3 kWc qui achète une voiture électrique ou une pompe à chaleur et veut ajouter des panneaux ne peut plus les rattacher à son contrat. Avant de signer un devis d’extension, mieux vaut vérifier avec son installateur les conséquences sur le contrat en cours. Enerplan estime que cette règle risque d’accélérer encore la sortie des dispositifs publics.

En outre-mer, la même interdiction sur la table

Pendant que la métropole s’interroge sur l’après-S21, l’État envisage d’étendre l’interdiction d’augmentation de puissance aux zones non interconnectées (Corse, Antilles, Guyane, La Réunion, Mayotte). Le dispositif S24 ZNI, en révision, doit être examiné la semaine prochaine au Conseil supérieur de l’énergie, selon Enerplan.

Le projet prévoit de passer de cinq à deux tranches de puissance, en conservant des primes et un rachat du surplus variables selon les territoires. L’enjeu est lourd : le surplus d’une installation de 9 kWc ou moins y est actuellement racheté 18,22 c€/kWh en Guadeloupe, seize fois le tarif hexagonal, et ce soutien pourrait être divisé par deux pour les petites installations ultramarines. Enerplan s’opposera à l’extension de l’interdiction.

Confier le rachat au privé, la piste défendue par la filière

Quatre jours sans électricité, ces éleveurs arrêtent un camion Enedis pour qu’ils interviennent
Le nucléaire mondial peut-il vraiment atteindre 1 457 GW en 2050 ?

Plutôt que de subir cette sortie du soutien public, Enerplan propose de l’accompagner : une obligation d’achat confiée au secteur privé, qui passerait progressivement le relais aux acteurs du marché, notamment aux grands énergéticiens, tout en levant les lourdeurs du S21. On ne peut pas demander à la filière de voler de ses propres ailes « tout en continuant à lui attacher les pieds », résume le syndicat.

L’État justifie ses réformes par le coût du soutien public, financé par les charges de service public de l’énergie, et par la volonté de réserver l’aide à l’autoconsommation. Une bascule vers le privé poserait aussi la question de la garantie offerte aux ménages : un contrat S21 fixe un prix sur 20 ans, quand certaines offres privées révisent leur tarif chaque mois.


Vous aimez cet article ? Partagez !



ECOinfos Energies renouvelables est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Partagez votre avis