S21 Photovoltaïque : la CRE valide un nouveau coup de frein au petit solaire

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La Commission de régulation de l’énergie a publié, le 21 mai 2026, un avis favorable sur un projet d’arrêté modifiant l’arrêté tarifaire S21. Ce texte, encore au stade de projet, pourrait transformer les conditions de soutien des installations photovoltaïques sur bâtiment, hangar et ombrière. Vente en totalité supprimée, primes à l’investissement supprimées, tarif de surplus fortement abaissé : le signal envoyé à la filière est clair. Le petit photovoltaïque devra désormais reposer beaucoup plus fortement sur l’autoconsommation.

UN NOUVEL AVIS DE LA CRE SUR L’ARRÊTÉ S21

L’arrêté S21 encadre les conditions d’achat de l’électricité produite par les installations photovoltaïques implantées sur bâtiment, hangar ou ombrière. Il concerne les projets de petite et moyenne puissance, historiquement soutenus par des tarifs d’achat et, dans certains cas, par des primes à l’investissement.

Depuis sa création, ce dispositif a déjà été modifié à plusieurs reprises. Le projet examiné par la CRE s’inscrit dans une nouvelle étape de réforme, après les changements intervenus en 2025, qui avaient notamment limité le guichet ouvert aux installations jusqu’à 100 kWc.

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L’objectif affiché est de ralentir le développement des installations soutenues par le guichet ouvert, tout en réorientant les projets vers l’autoconsommation. Selon la CRE, cette évolution s’explique notamment par le volume important de projets photovoltaïques déjà engagés budgétairement, mais pas encore mis en service.

LES PRINCIPALES MESURES DU PROJET D’ARRÊTÉ

Le projet d’arrêté modificatif prévoit plusieurs changements majeurs. Ils concernent à la fois le mode de vente, les primes et le tarif de rachat du surplus.

Sujet concernéSituation actuelleCe que prévoit le projet
Vente en totalitéEncore possible pour certains projetsSuppression
Autoconsommation avec vente de surplusModèle soutenu par tarif et primes selon les casModèle recentré, avec soutien réduit
Prime à l’investissementEncore disponible pour certaines installationsSuppression
Tarif de rachat du surplusPlusieurs dizaines d’euros par MWh selon les tranchesTarif unique de 11 €/MWh
Logique économiqueProduction et revente possiblesPriorité à l’électricité consommée sur place

Ces mesures changent fortement la logique du dispositif. Le soutien public ne disparaît pas totalement, mais il devient beaucoup moins incitatif pour les projets qui injectent une part importante de leur production sur le réseau.

UN TARIF DE SURPLUS RAMENÉ À 11 €/MWH

La mesure la plus marquante concerne le tarif de rachat du surplus. Le projet prévoit un tarif unique de 11 €/MWh, soit 1,1 c€/kWh. Ce niveau est très inférieur aux tarifs précédemment appliqués sur certaines tranches de puissance.

IndicateurMontant
Nouveau tarif de surplus prévu11 €/MWh
Équivalent en c€/kWh1,1 c€/kWh
Ancien tarif de surplus 0 à 9 kWc mentionné dans l’avis40 €/MWh
Tarif de surplus 9 à 100 kWc au 2e trimestre 2026 mentionné par la CRE47,3 €/MWh

À ce niveau, la vente du surplus ne peut plus constituer le moteur principal de rentabilité d’une installation photovoltaïque. Le projet pousse donc les particuliers, entreprises, collectivités et exploitants agricoles à consommer directement l’électricité produite.

Concrètement, une installation trop largement dimensionnée, qui injecterait une part importante de sa production, deviendrait moins intéressante. À l’inverse, un projet bien dimensionné, avec une forte consommation en journée, pourrait rester pertinent grâce aux économies réalisées sur la facture d’électricité.

POURQUOI LA CRE DONNE UN AVIS FAVORABLE

La CRE rend un avis favorable au projet, car elle estime que les mesures proposées permettent de mieux maîtriser le développement du guichet ouvert. Le régulateur considère que le dispositif actuel a généré une dynamique importante, parfois supérieure aux objectifs fixés.

La réforme de mars 2025 avait déjà modifié les équilibres du marché. En limitant le guichet ouvert aux installations jusqu’à 100 kWc, elle a contribué à réduire certains volumes, mais elle a aussi entraîné un report de projets depuis la tranche 100 à 500 kWc vers la tranche 9 à 100 kWc, où les conditions de soutien restaient plus favorables.

Le nouveau projet vise donc à réduire la dépendance des projets au soutien public. La CRE estime aussi que cette évolution pourrait favoriser l’émergence de modèles plus autonomes, combinant production solaire, autoconsommation, pilotage énergétique et éventuellement stockage.

LA CRE DEMANDE PLUSIEURS AJUSTEMENTS

Même si elle donne un avis favorable, la CRE formule plusieurs recommandations.

Point examinéPosition de la CRE
Tarif de 11 €/MWh uniquement lorsque les prix Spot sont positifs ou nulsMise en œuvre jugée complexe à court terme
Versement du tarif sur toutes les heures de productionRecommandé dans un premier temps
Révision du tarifPossible révision annuelle
Autoconsommation collectiveOuverture recommandée à certaines opérations, même sans autoconsommation individuelle

Ce dernier point est important. Si la recommandation est retenue dans le texte définitif, certaines opérations d’autoconsommation collective pourraient bénéficier du dispositif même lorsqu’il n’existe pas d’autoconsommation individuelle sur le site de production.

LES PROJETS LES PLUS TOUCHÉS

Tous les projets photovoltaïques ne seraient pas touchés de la même manière. Les plus exposés sont ceux qui reposent fortement sur la vente d’électricité au réseau.

Type de projetNiveau d’impact probable
Projet en vente totaleTrès fort, car ce mode serait supprimé
Projet avec faible autoconsommationFort, car le surplus serait très peu valorisé
Projet avec forte autoconsommationPlus limité, car la rentabilité repose surtout sur les économies de facture
Projet d’autoconsommation collectiveÀ surveiller selon le texte définitif
Projet avec stockage ou pilotage des usagesPotentiellement mieux adapté au nouveau cadre

La tranche 36 à 100 kWc pourrait être particulièrement concernée. Une part importante des demandes de raccordement sur ce segment correspondait à des projets en injection totale. Si la vente en totalité disparaît et que le surplus est faiblement rémunéré, ces modèles devront être entièrement repensés.

UN BASCULEMENT DU MODÈLE ÉCONOMIQUE DU PHOTOVOLTAÏQUE

Cette réforme marque un changement de philosophie. Pendant plusieurs années, le modèle économique du solaire reposait largement sur des tarifs d’achat garantis, des primes et une visibilité de long terme sur la vente d’électricité. Avec ce projet d’arrêté, le soutien public devient beaucoup plus limité.

Le photovoltaïque reste pertinent, mais la logique change. Produire pour vendre devient beaucoup moins attractif. Produire pour consommer devient la priorité.

Pour les porteurs de projets, plusieurs paramètres deviennent désormais essentiels : le dimensionnement de l’installation, la consommation réelle du bâtiment en journée, le taux d’autoconsommation, la part de surplus injectée sur le réseau, le pilotage des équipements et l’intérêt éventuel d’une batterie.

CE QUE CELA CHANGE POUR LES PARTICULIERS ET LES PROFESSIONNELS

Pour les particuliers, cette réforme confirme l’importance de dimensionner correctement une installation solaire. Une installation trop puissante, qui injecte beaucoup de surplus, risque de perdre en rentabilité si le tarif de rachat tombe à 11 €/MWh.

L’intérêt principal du photovoltaïque serait donc de réduire la facture d’électricité en consommant directement l’énergie produite. Les foyers équipés d’une pompe à chaleur, d’un ballon d’eau chaude pilotable, d’une climatisation, d’une piscine ou d’un véhicule électrique pourraient conserver un intérêt plus important, à condition d’adapter leurs usages à la production solaire.

Pour les entreprises, les collectivités et les exploitants agricoles, le solaire peut rester très intéressant lorsque le site consomme beaucoup d’électricité en journée. C’est notamment le cas des commerces, bureaux, ateliers, bâtiments tertiaires, entrepôts frigorifiques, exploitations agricoles ou sites équipés de bornes de recharge.

En revanche, les projets conçus principalement pour vendre l’électricité produite devront être revus. La rentabilité dépendra davantage de l’économie réalisée sur l’électricité non achetée au réseau.

CE QUI RESTE À SURVEILLER

À ce stade, il faut rappeler qu’il s’agit d’un projet d’arrêté ayant reçu un avis favorable de la CRE. Le texte définitif devra encore confirmer les règles applicables.

Les principaux points à suivre sont :

  • la date de publication de l’arrêté définitif ;
  • les conditions d’entrée en vigueur ;
  • le traitement des projets déjà engagés ;
  • l’application du tarif de 11 €/MWh sur toutes les heures de production ou seulement sur certaines périodes ;
  • l’éligibilité des opérations d’autoconsommation collective ;
  • l’impact sur la rentabilité des projets déjà en préparation.

Cette période d’incertitude appelle donc à la prudence. Les porteurs de projets doivent vérifier leur modèle économique, leur date de demande complète de raccordement et leur dépendance au tarif de rachat.

EN RÉSUMÉ

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La CRE a donné un avis favorable au projet d’arrêté modificatif S21, qui prévoit une réforme majeure du soutien au petit photovoltaïque.

Mesure cléConséquence probable
Suppression de la vente en totalitéFin du modèle fondé principalement sur l’injection
Suppression des primes à l’investissementBaisse du soutien public direct
Tarif de surplus à 11 €/MWhFaible valorisation de l’électricité injectée
Recentrage sur l’autoconsommationImportance accrue du dimensionnement et des usages
Ouverture possible à l’autoconsommation collectiveOpportunité à confirmer pour les projets locaux

Le photovoltaïque reste pertinent, mais les règles du jeu changent. Les projets les plus solides seront ceux qui consomment directement une part importante de leur production solaire. Pour les particuliers, les entreprises et les collectivités, l’enjeu sera désormais de concevoir des installations mieux dimensionnées, mieux pilotées et davantage pensées comme un outil de réduction de la facture d’électricité que comme un placement fondé sur la revente d’énergie.


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