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- Dix-neuf hectares de zone humide au bord du Rhône
- Une libellule rare, mais pas si menacée qu’on le dit
- Le castor d’Europe et une surveillance environnementale de tous les instants
- Ce que révèle le bilan de sûreté 2025 de la centrale
- Vers les quatrièmes visites décennales de 2027 et 2028
- Un modèle qu’EDF étend à d’autres centrales du Rhône
- Comment voir ce site de vos propres yeux
L’image spontanée d’une centrale nucléaire, ce sont des tours de refroidissement, des grillages et des zones interdites au public. À Saint-Alban-du-Rhône, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Lyon, une partie du terrain raconte une autre histoire. Depuis cinq ans, l’exploitant y mène un programme de restauration écologique sur une zone humide baptisée Malessard, avec un partenaire naturaliste, un plan de gestion chiffré et des résultats mesurables sur une espèce protégée.
Dix-neuf hectares de zone humide au bord du Rhône
Malessard est une ancienne annexe alluviale du Rhône, un ancien méandre du fleuve resté humide, situé sur le foncier même de la centrale. La zone, classée ZNIEFF (zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique), s’étend sur près de 19 hectares en bordure Est du site industriel. Depuis 2020, elle fait l’objet d’un plan de gestion écologique quinquennal, confié au Conservatoire des espaces naturels de l’Isère (CEN 38), qui en assure le suivi et l’animation jusqu’en 2024.
Les travaux menés ne relèvent pas de la simple vitrine environnementale. Les équipes ont procédé au recreusement de mares, qui profite notamment au crapaud calamite, à la restauration du fonctionnement hydraulique du ruisseau du Royet, qui traverse la zone, et au retrait de clôtures pour faciliter la circulation des espèces entre les différents milieux. Une étude de datation du paléoméandre est même conduite en partenariat avec le CNRS, avec le soutien de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, pour mieux comprendre l’histoire géologique du site.
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Une libellule rare, mais pas si menacée qu’on le dit
C’est l’agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale) qui donne tout son sens au programme. Cette petite libellule bleue et noire, de moins de trois centimètres, dépend de cours d’eau peu profonds, clairs et bien végétalisés, des milieux qui disparaissent avec l’artificialisation des sols. Elle est strictement protégée en France et en Europe, ce qui interdit de la capturer, de la manipuler ou de détruire son habitat.
Sa situation réelle mérite toutefois d’être précisée, tant les statuts circulent parfois de façon approximative. Selon la liste rouge nationale établie par l’UICN France, le Muséum national d’histoire naturelle, l’Opie et la Société française d’odonatologie en 2016, l’agrion de Mercure est classé en préoccupation mineure à l’échelle française, et quasi menacé à l’échelle européenne et mondiale. Ce n’est donc pas, au niveau national, une espèce en danger au sens strict de la classification UICN. En revanche, son statut varie fortement d’une région à l’autre, vulnérable en Île-de-France ou en Haute-Normandie, rare en Auvergne selon le Plan national d’actions Odonates, et suffisamment localisé dans le couloir rhodanien pour que le directeur de la centrale, Nicolas Delecroix, la décrive comme la dernière population connue du secteur sur le ruisseau du Royet. C’est cette rareté locale, plus que le statut national, qui justifie l’attention portée au site.
Le castor d’Europe et une surveillance environnementale de tous les instants
L’agrion de Mercure n’est pas seul à profiter de Malessard. Le castor d’Europe, espèce autrefois quasiment éradiquée du territoire français et aujourd’hui protégée, y a également retrouvé un habitat favorable, confirmé par plusieurs observations de terrain et par des animations nature organisées par la centrale elle-même à l’attention du public. La cohabitation entre un site industriel classé et deux espèces emblématiques de la qualité des zones humides constitue, à cette échelle, une configuration assez rare pour être documentée.
Cette gestion écologique s’accompagne, selon EDF, d’un travail de surveillance environnementale continue confié à une équipe dédiée d’une quarantaine de personnes, qui analyse aussi bien la végétation et le lait des exploitations alentour que les eaux de pluie, avec plusieurs milliers de prélèvements chaque année. Ce chiffre, communiqué par l’exploitant, n’a pas pu être recoupé de façon indépendante à ce stade et doit donc être lu comme une donnée d’entreprise plutôt que comme une statistique certifiée par un tiers.
Ce que révèle le bilan de sûreté 2025 de la centrale
Le volet biodiversité ne dit rien, en soi, du fonctionnement industriel du site. Sur ce plan, les chiffres 2025 publiés par la centrale et recoupés par la presse régionale indiquent que 43 exercices de crise ont été organisés dans l’année pour tester les organisations et identifier des axes d’amélioration, et que 28 inspections de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) ont été menées, dont 6 inopinées. Dans son appréciation 2025, publiée en juillet 2026, l’ASNR estime que les performances de Saint-Alban en matière de sûreté nucléaire et de protection de l’environnement se distinguent favorablement par rapport à la moyenne du parc EDF, tout en relevant quelques écarts sur la culture de radioprotection et la rigueur du balisage de certains chantiers.
Côté refroidissement, la centrale fonctionne en circuit ouvert sur le Rhône, sans tour aéroréfrigérante, ce qui explique sa silhouette basse comparée à d’autres sites du parc français. Le prélèvement d’eau dans le fleuve est plafonné à 140 mètres cubes par seconde, et l’échauffement de l’eau rejetée est strictement encadré par la réglementation, un enjeu qui devient plus sensible les étés de forte chaleur et de bas débit, lorsque la centrale doit parfois adapter sa production pour respecter les limites de température fixées en aval.
Vers les quatrièmes visites décennales de 2027 et 2028
L’échéance industrielle majeure des prochaines années, ce sont les quatrièmes visites décennales des deux réacteurs, chacun d’une puissance de 1 300 mégawatts électriques. Concrètement, le réacteur n°1 s’arrêtera pendant 200 jours à partir du 27 mai 2027, et le réacteur n°2 pendant 250 jours à partir du 13 mai 2028, année qui verra également le remplacement des quatre générateurs de vapeur. Ces arrêts prolongés permettront de statuer sur la capacité du site à fonctionner dix années supplémentaires, sous le contrôle de l’ASNR, et mobiliseront jusqu’à 3 000 intervenants sur site, contre environ 1 200 en fonctionnement normal.
EDF évoque, pour l’année 2025, un investissement de 101,2 millions d’euros au titre du programme Grand Carénage, qui vise à moderniser et prolonger la durée de vie des réacteurs. Ce chiffre, également communiqué par l’exploitant, s’inscrit dans une enveloppe bien plus large : la presse spécialisée évoque un coût total avoisinant les 2 milliards d’euros pour l’ensemble de ces quatrièmes visites décennales, après un premier cycle de grand carénage déjà chiffré à environ un milliard d’euros entre 2015 et 2018. Selon un calcul ECOinfos, l’investissement annoncé pour 2025 représenterait ainsi environ 5 % de l’enveloppe totale prévue pour ce nouveau cycle de travaux, ce qui donne une idée de l’ampleur du chantier qui s’annonce jusqu’à la fin de la décennie.
Sur le plan de la production, la centrale a fourni 17,8 milliards de kilowattheures en 2025, soit environ 25 % des besoins électriques de la région Auvergne-Rhône-Alpes, l’équivalent, selon son directeur, de 120 % de la consommation du seul département de l’Isère, ou encore de 3,8 millions de foyers alimentés. Le site emploie 853 salariés EDF et 375 salariés d’entreprises extérieures en fonctionnement normal, un chiffre qui grimpe fortement lors des arrêts de maintenance.
Un modèle qu’EDF étend à d’autres centrales du Rhône
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Saint-Alban n’est pas un cas isolé dans la politique environnementale d’EDF le long du fleuve. L’exploitant mène des études d’impact cumulé associant les centrales de Bugey, Saint-Alban, Cruas-Meysse, Tricastin et Creys-Malville, toutes situées sur le Rhône, afin d’évaluer leurs effets conjugués sur la ressource en eau et la biodiversité, en particulier lors des étés marqués par la sécheresse et les fortes chaleurs. Le programme de Malessard s’inscrit donc dans une démarche plus large, qui dépasse le seul site iserois et qui a valeur de test pour les autres centrales fluviales du groupe.
Comment voir ce site de vos propres yeux
Contrairement à l’image d’un site fermé au public, la centrale de Saint-Alban Saint-Maurice organise, en complément de ses visites industrielles gratuites toute l’année, des animations nature saisonnières ouvertes aux familles : découverte de la zone humide de Malessard, affût aux castors, ateliers autour des abeilles ou construction de nichoirs. Pour les riverains de la vallée du Rhône ou les curieux de passage, c’est une manière concrète de vérifier sur le terrain ce que ce programme de biodiversité recouvre réellement, au-delà de la communication institutionnelle.

