Montrer le sommaire Cacher le sommaire
- Ce que la CRE a fait, et pourquoi le résultat compte pour vous
- Le prix de gros aurait été supérieur de 20 euros par mégawattheure
- Ce que cela représente sur la facture d’un ménage
- En face, un surcoût de 2,7 milliards d’euros par an
- Trois euros gagnés pour un euro dépensé, avec une nuance de méthode
- Qui paie, qui gagne dans cette redistribution
- En cas de crise, l’écart bascule franchement du côté du consommateur
- Ce que la suite réserve aux consommateurs
Ce que la CRE a fait, et pourquoi le résultat compte pour vous
La Commission de régulation de l’énergie a publié en septembre 2026 une note d’une soixantaine de pages consacrée à l’économie du système électrique français. L’exercice est inhabituel pour le régulateur : plutôt que de commenter les prix constatés, la CRE a construit un modèle d’équilibre offre-demande au pas horaire, à partir du logiciel libre Antares développé par RTE, pour rejouer intégralement l’année 2025 en remplaçant le parc renouvelable actuel par celui de 2020. Même consommation, même disponibilité du parc nucléaire, mêmes capacités d’interconnexion, mêmes mix de production chez les voisins européens. Seule variable modifiée : les capacités solaires et éoliennes installées entre 2020 et 2025.
L’intérêt de cette méthode est qu’elle isole un effet que personne n’observe directement sur sa facture. Un consommateur voit le prix du kilowattheure qu’il paie, pas le prix qu’il aurait payé dans un système électrique différent. C’est précisément ce contrefactuel que la CRE met sur la table, et le résultat est nettement plus favorable aux renouvelables que le débat public ne le laisse souvent entendre.
Le prix de gros aurait été supérieur de 20 euros par mégawattheure
Dans la simulation, le prix moyen de marché en 2025 ressort à 61,3 €/MWh avec le parc renouvelable actuel, contre 80,9 €/MWh avec celui de 2020. L’écart atteint donc près de 20 €/MWh sur la moyenne annuelle, soit un tiers du prix simulé. La mécanique est connue des économistes de l’électricité : le solaire et l’éolien produisent avec un coût variable quasi nul, ils s’insèrent en tête de l’ordre d’appel des centrales et repoussent hors du marché les centrales à gaz, dont le coût de production dépasse fréquemment 100 €/MWh. Moins souvent le gaz fixe le prix, moins souvent le prix est élevé.
Pourquoi votre facture d’électricité augmente alors que la France produit trop d’électricité
Le marché de gros de l’électricité explose à 123 €/MWh en août, record depuis 2022 : vos factures menacées ?
La CRE affine ensuite ce chiffre. Comme la consommation n’est pas répartie uniformément sur l’année et que l’effet baissier n’est pas identique à chaque heure, la baisse réellement captée par les consommateurs s’établit à 16,1 €/MWh une fois pondérée par les volumes consommés. Rapportée aux 446 TWh consommés en France métropolitaine en 2025, pertes de réseau comprises, cette baisse représente de l’ordre de 8 milliards d’euros d’économies sur l’année.
Voici la comparaison avant et après, telle qu’elle ressort de la note.
| Élément | Parc renouvelable 2020 | Parc renouvelable 2025 |
|---|---|---|
| Solaire installé | 10,9 GW | 30,7 GW |
| Éolien terrestre | 17,6 GW | 24,1 GW |
| Éolien en mer | 0,01 GW | 2,0 GW |
| Prix de marché moyen simulé sur 2025 | 80,9 €/MWh | 61,3 €/MWh |
| Coûts complets du système, nets des échanges | 45,3 Mds€ | 48,0 Mds€ |
En cinq ans, la puissance solaire installée a été multipliée par près de trois, avec une progression de 183 %, pendant que l’éolien terrestre gagnait 37 % et que l’éolien en mer passait du stade expérimental à 2 GW opérationnels.
Ce que cela représente sur la facture d’un ménage
Huit milliards d’euros à l’échelle nationale ne parlent à personne. Ramenée à un foyer, la baisse de 16,1 €/MWh donne des ordres de grandeur beaucoup plus lisibles. Le tableau ci-dessous applique ce différentiel à quatre profils de consommation courants. Il s’agit d’estimations éditoriales ECOinfos, calculées à partir du chiffre publié par la CRE, et non de montants figurant dans la note.
| Profil de consommation | Économie 2025 hors taxes | Ordre de grandeur TTC |
|---|---|---|
| Studio ou petit logement, 2 400 kWh/an | environ 39 € | environ 46 € |
| Appartement familial sans chauffage électrique, 4 000 kWh/an | environ 64 € | environ 77 € |
| Maison avec chauffe-eau et appoint électrique, 6 000 kWh/an | environ 97 € | environ 116 € |
| Maison chauffée à l’électricité, 12 000 kWh/an | environ 193 € | environ 232 € |
Ces montants ne sont pas apparus sous forme de remise sur une ligne de facture. Ils correspondent à une dépense d’approvisionnement que les fournisseurs n’ont pas eu à engager, et qui se répercute progressivement dans les prix proposés aux clients, avec le décalage propre aux stratégies d’achat à terme. C’est d’ailleurs l’une des explications, développée par la CRE, du sentiment de déconnexion entre la chute des prix de gros et la stabilité relative des factures : en 2025, l’approvisionnement lissé sur un an a encore été payé 81 €/MWh sur les marchés, un niveau qui reflète les anticipations formées pendant la crise de 2022.
En face, un surcoût de 2,7 milliards d’euros par an
La note ne se contente pas d’annoncer un gain. Elle chiffre aussi ce que ces capacités coûtent au système, et le régulateur ne cherche pas à masquer le montant. Les coûts complets annualisés du système électrique augmentent de 2,7 milliards d’euros par an du fait des renouvelables installés depuis 2020, soit environ 5 % des coûts totaux. Ce solde net se décompose de la façon suivante :
- 3,1 milliards d’euros de coûts complets supplémentaires pour les installations renouvelables elles-mêmes, investissement, exploitation et rémunération du capital compris
- 400 millions d’euros par an de renforcement et de raccordement au réseau
- 500 millions d’euros de recettes d’exportation en moins pour les producteurs, la baisse des prix n’étant pas compensée par la hausse des volumes vendus
- à l’inverse, 600 millions d’euros d’économies de fonctionnement sur les centrales thermiques et nucléaires évitées
- et 700 millions d’euros de recettes d’interconnexion supplémentaires, l’écart de prix avec les pays voisins s’étant creusé
Au passage, la CRE comptabilise 4,7 millions de tonnes de CO2 non émises en France et 7 millions de tonnes supplémentaires évitées chez les voisins européens, sans les valoriser au-delà du prix du carbone sur le marché européen.
Trois euros gagnés pour un euro dépensé, avec une nuance de méthode
Mis face à face, les deux chiffres donnent un rapport clair : environ 8 milliards d’euros d’économies sur la facture pour 2,7 milliards d’euros de surcoût annuel du système, soit près de trois euros de gain pour un euro engagé sur l’année 2025.
La CRE pose elle-même la limite de cette comparaison, et il serait malhonnête de la passer sous silence. Les coûts sont annualisés et pèseront sur toute la durée de vie des actifs, alors que l’effet prix est mesuré sur une seule année et dépend de la conjoncture. Dans un système à l’équilibre, les deux approches sont comparables. En période de prix durablement bas, l’écart pourrait se resserrer. Le régulateur écrit néanmoins sans ambiguïté que la situation est avant tout favorable aux consommateurs.
Qui paie, qui gagne dans cette redistribution
L’autre apport de la note est de nommer les perdants, car une baisse de prix ne crée pas de valeur à partir de rien : elle en transfère. Les consommateurs encaissent le gain. Les producteurs non soutenus par un contrat public voient au contraire leurs revenus de marché s’éroder, ce qui concerne au premier chef le parc nucléaire historique et l’hydraulique. La CRE estime les revenus d’EDF à 66,08 €/MWh pour 2026, soit 6,3 €/MWh au-dessus de ses coûts complets, mais à 60,9 €/MWh pour 2027, un niveau qui les rapprocherait dangereusement du seuil de couverture.
L’État, de son côté, supporte des charges de soutien plus lourdes, 6,2 milliards d’euros pour les renouvelables électriques en 2025, sous l’effet conjugué de volumes soutenus plus importants et de prix de marché plus bas. Les producteurs sous contrat, eux, sont neutres : leur rémunération est garantie quel que soit le marché.
En cas de crise, l’écart bascule franchement du côté du consommateur
C’est la partie la plus frappante du rapport, et sans doute la moins commentée. La CRE a rejoué la même année 2025 en y injectant les chocs de 2022 : prix du gaz multiplié par trois, indisponibilité massive du parc nucléaire, puis les deux simultanément.
| Scénario simulé sur 2025 | Baisse de prix apportée par les EnR récentes | Gain pour les consommateurs |
|---|---|---|
| Conjoncture normale | 16,1 €/MWh | environ 8 Mds€ |
| Choc sur les prix du gaz | 41,4 €/MWh | environ 18 Mds€ |
| Indisponibilité du parc nucléaire | 7,3 €/MWh | environ 2,3 Mds€ |
| Choc gaz et nucléaire combinés | environ 27 €/MWh | environ 11 Mds€ |
Dans le scénario d’une crise gazière comparable à celle de 2022, un foyer consommant 4 000 kWh aurait évité de l’ordre de 166 euros hors taxes de surcoût sur l’année, estimation éditoriale ECOinfos appliquant le différentiel de 41,4 €/MWh. Et dans le scénario le plus sévère, celui du double choc, le solde s’inverse totalement : le système électrique devient moins coûteux avec les renouvelables installés depuis 2020 que sans, avec un gain net de 1,6 milliard d’euros. Le régulateur parle alors d’une valeur assurantielle, à mettre en regard des 36 milliards d’euros nets que les mesures d’urgence de 2022 ont coûté à l’État selon la Cour des comptes.
Ce que la suite réserve aux consommateurs
Dans quel ordre réaliser ses travaux pour améliorer la performance énergétique d’une maison ?
Prix du gaz : après +5,6 % en septembre, une nouvelle hausse de +7,9 % confirmée en octobre, ce que ça coûte vraiment
La note ne s’arrête pas au bilan. Elle simule aussi l’effet du raccordement des projets déjà autorisés, ce que la CRE appelle la file d’attente, soit 10 GW de solaire, 3 GW d’éolien terrestre et 1,5 GW d’éolien en mer supplémentaires. Leur mise en service ferait baisser les prix de marché de 8,7 €/MWh, soit 3,9 milliards d’euros de gain pour les consommateurs, pour 2,6 milliards d’euros de charges de soutien supplémentaires. Le rapport reste donc favorable au consommateur, y compris à consommation stable.
La conclusion du régulateur porte moins sur le volume installé que sur la synchronisation. Avec 513 heures de prix négatifs en 2025 contre 179 heures sur toute la décennie 2010-2020, et 3 TWh d’électricité renouvelable écrêtée faute de débouchés, l’enjeu devient d’aligner la consommation sur les moments où l’électricité est abondante. La CRE cite explicitement l’électrification des usages et le développement des flexibilités, dont ses propres travaux sur le placement des heures creuses. Pour un particulier, cela se traduit très concrètement : programmer son chauffe-eau, sa recharge de véhicule électrique ou son lave-linge sur les créneaux de forte production devient un levier d’économie de plus en plus rentable.

