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- Un système électrique qui produit plus que le pays ne consomme
- Et pourtant, le tarif a de nouveau augmenté cet été
- Vous payez encore les achats réalisés pendant la crise de 2022
- L’électricité ne représente plus que 45 % de ce que vous payez
- Moins le pays consomme, plus le réseau coûte cher au kilowattheure
- Ce qui peut faire bouger les prix en 2027
Un système électrique qui produit plus que le pays ne consomme
La note publiée en septembre 2026 par la CRE, consacrée à l’économie du système électrique français, pose un constat sans détour : le parc de production est aujourd’hui surcapacitaire. La puissance installée dépasse 160 GW, quand la pointe de consommation la plus haute de 2025 a plafonné à 87,6 GW et le creux annuel à 30,3 GW. La consommation, elle, stagne depuis le début des années 2010, a reculé pendant la crise de 2022 et n’est jamais revenue à son niveau antérieur.
Cette abondance se lit dans les prix. En 2025, le marché de gros a enregistré 513 heures de prix négatifs, contre 179 heures sur toute la décennie 2010-2020. Près de 3 TWh de production solaire et éolienne ont été écrêtés faute de débouchés, et la France a exporté un solde record de 92,3 TWh vers ses voisins. La CRE constate même que le prix spot moyen de 2025 s’est établi en dessous des coûts complets de production, une situation qui bénéficie mécaniquement aux consommateurs.
Et pourtant, le tarif a de nouveau augmenté cet été
Le 1er août 2026, le tarif réglementé de vente a progressé de 2,5 % TTC en moyenne, soit +2,6 % en option base et +2,5 % en heures pleines et heures creuses. La CRE chiffre l’effet global à 5,98 €/MWh TTC, ce qui représente de l’ordre de 24 euros de plus par an pour un foyer consommant 4 000 kWh, estimation éditoriale ECOinfos.
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Deux causes principales à cette hausse, et aucune ne concerne le prix de l’électricité elle-même. D’abord la révision du TURPE au 1er août, de +3,04 % sur la distribution et +3,34 % sur le transport. Ensuite l’intégration du nouveau mécanisme de capacité, après la première enchère du 6 juillet 2026. La baisse de l’accise, ramenée de 30,85 à 30,62 €/MWh, n’a que partiellement compensé le mouvement.
Vous payez encore les achats réalisés pendant la crise de 2022
C’est l’explication la plus contre-intuitive du rapport, et elle est décisive. Un fournisseur n’achète pas son électricité au jour le jour. Il l’achète à terme, par tranches, souvent un à trois ans à l’avance. La CRE détaille l’approvisionnement de 2025 : 209 TWh acquis sur les marchés de gros à 81 €/MWh selon une stratégie lissée sur un an, à quoi s’ajoutaient 215 TWh d’ARENH à 42 €/MWh.
Or le régulateur souligne que ce prix de 81 €/MWh excède nettement le prix spot réellement constaté sur la période. L’écart s’explique par des contrats à terme conclus plus tôt, à des niveaux qui reflétaient encore les anticipations formées pendant la crise énergétique. Autrement dit, la baisse des prix de gros de 2025 et 2026 n’arrive dans les factures qu’avec un décalage de un à trois ans. La CRE estime que les prix captés devraient converger vers la moyenne des prix spot réalisés, à condition que la situation de surcapacité se maintienne. À cela s’ajoute un changement structurel : l’ARENH a pris fin le 31 décembre 2025, et l’approvisionnement s’effectue depuis intégralement sur les marchés.
L’électricité ne représente plus que 45 % de ce que vous payez
Le rapport permet de reconstituer ce que les consommateurs français, particuliers et entreprises confondus, ont réellement financé en 2025. Le tableau ci-dessous agrège les montants publiés par la CRE. Les pourcentages sont un calcul éditorial ECOinfos, hors TVA.
| Poste de la facture | Montant 2025 | Part | Ce qu’il finance |
|---|---|---|---|
| Part énergie | 27,9 Mds€ | 45 % | achat de l’électricité, mécanisme de capacité, écarts |
| Part réseau (TURPE) | 18,5 Mds€ | 30 % | réseaux, pertes, équilibrage, rattrapages de 2,2 Mds€ |
| Taxes hors TVA | 9,9 Mds€ | 16 % | accise 8,2 Mds€ et contribution tarifaire 1,7 Md€ |
| Frais de fourniture | 3,4 Mds€ | 6 % | commercialisation et couverture du risque d’achat |
| Certificats d’économies d’énergie | 1,8 Md€ | 3 % | primes travaux versées aux ménages |
Le message est clair : même une chute spectaculaire du prix de gros ne peut faire baisser que 45 % de la facture. Les 55 % restants dépendent de décisions tarifaires et fiscales totalement déconnectées du marché. Pour un ménage, l’accise seule représente environ 122 euros par an à 4 000 kWh, et les certificats d’économies d’énergie de l’ordre de 16 euros, estimations éditoriales ECOinfos.
Moins le pays consomme, plus le réseau coûte cher au kilowattheure
La CRE insiste sur un point structurant : les coûts du système électrique sont très majoritairement fixes. Réseaux, nucléaire, éolien et solaire se caractérisent par des investissements lourds et des coûts d’exploitation faibles. Conséquence directe, à parc constant, le coût unitaire en euros par mégawattheure est d’autant plus faible que la consommation est élevée. En 2025, les coûts complets du système ont atteint 55,9 milliards d’euros, soit 125,4 €/MWh rapportés aux 446 TWh consommés.
Ce mécanisme s’est vu très concrètement cette année. La douceur de l’hiver 2025 a fait chuter les volumes acheminés et créé un manque à gagner de 231,6 millions d’euros pour Enedis, que le TURPE d’août 2026 vient rattraper. En 2025, la part réseau de la facture comportait déjà 2,2 milliards d’euros de rattrapages, dont l’apurement d’environ un tiers du solde du compte de régularisation de la période tarifaire précédente. Un foyer qui réduit sa consommation baisse bien sa facture, mais il contribue aussi, collectivement, à faire monter le prix du kilowattheure acheminé.
Ce qui peut faire bouger les prix en 2027
Le rapport donne un repère utile. La CRE estime les revenus du parc nucléaire historique à 66,08 €/MWh pour 2026, puis 60,9 €/MWh pour 2027, signe que la pression baissière des marchés se transmet progressivement. Tant que la surcapacité dure, les prix à terme sur lesquels reposent les offres commerciales ont vocation à se rapprocher des prix spot.
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Deux leviers restent immédiatement actionnables pour un ménage. Comparer les offres, puisque seule la part énergie est ouverte à la concurrence. Déplacer sa consommation ensuite, vers les heures où l’électricité est abondante : la CRE mène précisément des travaux sur le placement des heures creuses et cite les flexibilités comme levier central de synchronisation.

