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- Pourquoi la part des renouvelables baisse alors que le parc n’a jamais autant grossi
- Le solaire, seule filière à changer d’échelle
- Ce que ce record solaire a coûté aux nouveaux projets résidentiels
- La hausse du 1er août 2026 renforce mécaniquement l’autoconsommation
- Ce que le panorama dit, et ce qu’il ne dit pas
Concrètement, le bilan qui vient d’être publié vous concerne sur deux points très matériels. D’abord parce que la production solaire a bondi de près d’un tiers en un an, ce qui pèse désormais sur les prix de gros de l’électricité en journée. Ensuite parce que ce succès est précisément l’argument qui a permis aux pouvoirs publics de supprimer la prime à l’autoconsommation et de diviser par quatre le tarif de rachat du surplus au mois de juin 2026, une décision qui coûte environ 1 400 euros sur vingt ans à un foyer qui installe 3 kWc aujourd’hui plutôt qu’au printemps dernier.
Le Panorama de l’électricité renouvelable au 31 décembre 2025, élaboré par le Syndicat des énergies renouvelables, RTE, Enedis et l’Agence ORE, a été publié le 20 juillet 2026. Il établit que les renouvelables ont couvert 33,2 % de la consommation d’électricité de la France métropolitaine sur l’année 2025 et représenté 27 % de la production totale. Ces deux chiffres marquent un léger recul par rapport à 2024, où la couverture atteignait 33,9 % de la consommation et 27,8 % de la production.
Pourquoi la part des renouvelables baisse alors que le parc n’a jamais autant grossi
Le paradoxe se dissipe dès qu’on regarde les volumes filière par filière. La production renouvelable s’est établie à 148 TWh en 2025, contre 150 TWh en 2024. Ce repli tient presque entièrement à l’hydroélectricité, dont la production renouvelable est tombée à 56,7 TWh, en baisse de 19,2 % sur un an. L’année 2024 avait bénéficié de conditions hydrologiques exceptionnellement favorables, avec des précipitations abondantes et des barrages remplis. Comparer 2025 à cette référence revient à comparer une année normale à une année d’aubaine.
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Ce point mérite d’être compris, parce qu’il revient chaque année dans le débat public. La part des renouvelables dans le mix électrique français dépend encore massivement de la météo, l’hydroélectricité restant la première filière renouvelable du pays avec 12,7 % de la consommation métropolitaine couverte en 2025. Une année sèche fait mécaniquement reculer le pourcentage global, même si le pays raccorde des milliers de mégawatts d’éolien et de solaire dans le même temps. Ce n’est pas un ralentissement de la transition, c’est un effet de dénominateur climatique.
Dans le même temps, le parc de production a atteint environ 84,3 GW fin 2025, en hausse de plus de 7,2 GW sur la seule année 2025. Cette progression se décompose en 5,9 GW de solaire photovoltaïque, 0,9 GW d’éolien terrestre et 0,4 GW d’éolien en mer. Autrement dit, la France n’a jamais raccordé autant de capacités renouvelables en douze mois, et la part des renouvelables baisse quand même. Les deux faits sont vrais simultanément.
Le solaire, seule filière à changer d’échelle
C’est le chiffre le plus significatif du panorama. Avec 5 941 MW raccordés en 2025, la puissance du parc solaire français atteint 30 438 MW au 31 décembre 2025, franchissant pour la première fois le seuil symbolique des 30 GW. La production a suivi, avec 32,9 TWh produits en 2025, soit une hausse de 32,7 % par rapport à 2024. Le solaire couvre désormais 7,4 % de la consommation électrique annuelle de la France métropolitaine, un taux évidemment beaucoup plus élevé en été qu’en hiver.
L’éolien terrestre reste la deuxième filière renouvelable en volume, avec 43,9 TWh produits, en hausse de 2,5 %, pour un parc porté à 23 870 MW après 883 MW de nouvelles capacités. L’éolien en mer, encore modeste en absolu, affiche la progression relative la plus spectaculaire après le solaire : 5,7 TWh produits, soit 43,3 % de plus qu’en 2024, pour une puissance installée de 1 919 MW fin 2025. Les bioénergies électriques complètent le tableau avec 8,9 TWh et 2 % de la consommation couverte.
Un dernier indicateur mérite l’attention des particuliers qui suivent le sujet du stockage : le parc de batteries raccordées atteint 1 617 MW fin 2025, dont 410 MW installés dans l’année, avec une accélération marquée sur les derniers trimestres. C’est encore un marché essentiellement industriel, mais il conditionne directement la capacité du réseau à absorber la production solaire de midi, donc la valeur future de l’électricité que vous injectez.
Ce que ce record solaire a coûté aux nouveaux projets résidentiels
Voici le lien que peu d’articles font, et il est direct. Le succès du guichet ouvert photovoltaïque, celui-là même que le panorama documente en chiffres, a servi de justification à un durcissement majeur du soutien public. Le 22 mai 2026, la Commission de régulation de l’énergie a rendu un avis favorable au projet d’arrêté modifiant le dispositif S21, entré en application le 5 juin 2026. Trois changements ont été actés : la fin de la vente en totalité pour les installations concernées, la suppression pure et simple de la prime à l’autoconsommation et un tarif de rachat du surplus ramené à 1,1 c€/kWh HT, contre environ 4 c€/kWh auparavant.
Le raisonnement des pouvoirs publics s’appuie sur le coût budgétaire du soutien. Selon la délibération de la CRE du 10 juillet 2025, les charges de service public de l’énergie sont estimées à environ 13 milliards d’euros au titre de 2026, dont 7,6 milliards d’euros pour le soutien aux renouvelables électriques et 4,4 milliards d’euros pour le seul photovoltaïque. Une part importante de cette facture provient des contrats historiques signés avant le moratoire de 2010, à des tarifs d’achat très élevés, qui pèsent à eux seuls près de 2 milliards d’euros par an et s’éteindront majoritairement avant 2033.
Voici ce que la réforme change pour un foyer type qui installe 3 kWc en autoconsommation avec vente du surplus, sur la base d’une production annuelle d’environ 3 450 kWh et d’un taux d’autoconsommation de 40 %.
| Poste | Projet raccordé avant juin 2026 | Projet raccordé aujourd’hui |
|---|---|---|
| Prime à l’autoconsommation | environ 240 € versés une fois | supprimée |
| Tarif de rachat du surplus | environ 4 c€/kWh | 1,1 c€/kWh HT |
| Revenu annuel du surplus | environ 83 € | environ 23 € |
| Écart cumulé sur 20 ans | référence | environ 1 400 € de moins |
Cette lecture ne doit pas être mal interprétée, et c’est le point essentiel. Ce qui a fondu, c’est la rémunération de l’électricité que vous n’utilisez pas. La valeur de l’électricité que vous consommez directement, elle, n’a pas bougé, et elle vient même d’augmenter.
La hausse du 1er août 2026 renforce mécaniquement l’autoconsommation
Le calendrier est presque ironique. Dans sa délibération du 16 juillet 2026, la CRE a annoncé une hausse moyenne de 2,5 % des tarifs réglementés de vente de l’électricité au 1er août 2026, après deux baisses consécutives en août 2025 et février 2026. Cette hausse s’explique principalement par la révision du TURPE, en progression de 3,04 %, liée notamment au rattrapage des coûts d’Enedis pour 2025, ainsi que par l’intégration du nouveau mécanisme de capacité. Pour amortir partiellement le mouvement, l’accise sur l’électricité passe de 30,85 à 30,62 €/MWh. Selon le régulateur, l’effet représente environ 26 euros de plus par an pour un foyer consommant 4,5 MWh.
Concrètement, le kWh en option Base devrait s’établir autour de 20 centimes TTC après application. Chaque kilowattheure produit sur votre toit et consommé immédiatement vaut donc environ 0,20 euro évité, contre 0,011 euro brut s’il part sur le réseau. Le rapport est de un à dix-huit. Sur notre cas type de 3 kWc, les 1 380 kWh autoconsommés représentent environ 276 euros d’électricité non achetée chaque année, quand le surplus rapporte 23 euros.
La conclusion pratique est nette : un projet solaire résidentiel se dimensionne désormais sur votre profil de consommation réel, pas sur la puissance maximale que votre toiture peut accueillir. Décaler le lave-linge, le lave-vaisselle, le chauffe-eau ou la recharge du véhicule électrique en milieu de journée est devenu le principal levier de rentabilité, davantage que le nombre de panneaux installés. Un ballon d’eau chaude piloté sur les heures de production solaire peut à lui seul faire basculer un taux d’autoconsommation de 30 à 50 %.
Ce que le panorama dit, et ce qu’il ne dit pas
Pourquoi 10 % du territoire français ne peut plus raccorder panneaux solaires et éoliennes avant 5 ans ?
Près de 2 milliards par an encore versés à des panneaux solaires installés avant 2011
Il faut rester précis sur la portée de ces chiffres. Le panorama mesure des raccordements, des puissances et des volumes produits. Il ne dit rien du rythme des installations résidentielles pour 2026, année qui sera marquée par la double rupture du nouvel arrêté tarifaire et de l’incertitude persistante sur la programmation pluriannuelle de l’énergie. Il ne dit rien non plus des trésoreries des installateurs, alors que le secteur a déjà enregistré plusieurs défaillances significatives ces derniers mois.
À ECOinfos, nous observons par ailleurs que les périodes de changement tarifaire brutal constituent des fenêtres de démarchage agressif. L’argument du « dernier moment pour profiter de l’aide » a été massivement utilisé au printemps 2026, alors même que la prime concernée était déjà tombée à 80 €/kWc début 2026, soit moins du quart de sa valeur initiale. Un discours commercial qui insiste sur une prime aujourd’hui supprimée, ou qui promet une rentabilité fondée sur la revente plutôt que sur l’autoconsommation, doit déclencher une vérification immédiate du devis et du numéro RGE de l’entreprise.

