Pourquoi le prix des panneaux solaires reste au plus bas alors que l’électricité n’a jamais coûté aussi cher

Cet été, la canicule a fait grimper votre facture d'électricité jusqu'à 98 euros en cinquante jours, avec un prix de gros de l'électricité grimpant jusqu'à 433 euros le MWh en soirée. Le prix des panneaux solaires reste stable. Mais depuis le 5 juin 2026, le tarif de rachat du solaire s'est effondré de 77 % et la prime à l'autoconsommation a disparu. Voici ce que cela change pour votre projet.

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Si vous avez suivi l’actualité énergétique cet été, vous savez déjà que la France a traversé cinquante jours de forte chaleur entre la mi-juin et la mi-août, avec cinq épisodes caniculaires et un mois de juillet classé parmi les plus chauds jamais enregistrés. Ce que vous savez peut-être moins, c’est que cette même période a coïncidé avec un basculement discret mais radical des règles du jeu pour quiconque envisage d’installer des panneaux solaires chez soi. Le marché mondial des modules reste étonnamment stable, malgré des excédents de production qui pèsent sur les prix. En France, en revanche, c’est la rémunération de l’électricité solaire revendue à EDF qui a chuté d’un coup, au point de rebattre entièrement les cartes de la rentabilité.

Une facture d’électricité alourdie par la canicule

Selon une étude Hello Watt portant sur 220 000 logements climatisés, les foyers équipés d’un climatiseur ont consommé 31 % d’électricité en plus dès la fin juin 2026, comparé à la même période une semaine plus tôt. Sur l’ensemble de l’été, le surcoût dépend fortement de l’équipement du logement. Un foyer sans climatisation a tout de même vu sa facture progresser d’environ 8 euros sur cinquante jours, du fait de la surconsommation des réfrigérateurs et de l’usage des ventilateurs. Un appartement équipé d’un climatiseur mobile a payé environ 70 euros de plus, et une maison équipée de deux splits a atteint près de 98 euros de surcoût sur la même période.

Ce surcoût n’est pas qu’une question de consommation. Il tient aussi au prix de l’électricité lui-même. Le 24 juin 2026, alors que la climatisation faisait grimper la demande en soirée au moment précis où la production solaire décline, le prix spot de l’électricité a atteint 433 euros le mégawattheure, un niveau deux fois plus élevé que les pics observés l’hiver précédent. Plusieurs réacteurs nucléaires étaient alors à l’arrêt et le parc éolien tournait à seulement 10 % de sa capacité, obligeant à mobiliser des centrales au gaz nettement plus coûteuses pour répondre à la demande.

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Pendant ce temps, le prix des panneaux solaires reste étonnamment stable

C’est le paradoxe relevé par l’indice de référence du marché européen des modules, publié chaque mois par pvXchange : alors que la demande d’électricité explose sous l’effet de la chaleur, le prix des panneaux solaires ne bouge presque pas, et certains segments enregistrent même de nouvelles baisses. La raison tient à un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande à l’échelle mondiale. Les usines chinoises produisent toujours plus de modules que le marché n’en absorbe, et ces excédents doivent être écoulés, ce qui exerce une pression continue sur les prix, en particulier pour les modules destinés aux grandes toitures et aux centrales au sol.

Concrètement, pour un particulier qui fait installer des panneaux solaires en France en 2026, l’addition reste stable par rapport aux mois précédents. Le prix d’une installation clé en main, matériel, pose par un artisan certifié RGE et démarches administratives comprises, tourne autour de 6 750 euros TTC pour 3 kWc, 10 900 euros TTC pour 6 kWc et 14 000 euros TTC pour 9 kWc, ce dernier seuil correspondant à la puissance maximale éligible à la TVA réduite à 5,5 % pour les logements individuels. Autrement dit, le matériel n’a jamais été aussi accessible. Le problème se situe ailleurs, du côté de ce que rapporte l’électricité une fois qu’elle est produite.

Le vrai basculement : le tarif de rachat s’est effondré depuis juin 2026

C’est le point que peu d’articles ont mis en avant cet été, et c’est pourtant celui qui change concrètement la donne pour un foyer français. Jusqu’au début du mois de juin 2026, un particulier qui installait des panneaux solaires en autoconsommation avec revente du surplus, le cas de figure le plus courant pour une maison, bénéficiait encore d’un tarif de rachat autour de 4 centimes d’euro par kWh, complété par une prime à l’autoconsommation pouvant atteindre 120 euros par kWc installé. Depuis le 5 juin 2026, l’arrêté tarifaire S21 a instauré un tarif unique de seulement 1,1 centime d’euro par kWh pour toutes les installations jusqu’à 100 kWc, et la prime à l’autoconsommation a purement et simplement disparu. Pour ce cas de figure, il s’agit d’une baisse d’environ 77 %. Pour les installations en vente totale de 9 à 36 kWc, plus courantes chez les professionnels et les agriculteurs, la baisse est encore plus marquée et dépasse 85 %, puisque le tarif est passé d’environ 8,05 centimes à 1,1 centime par kWh.

SituationAvant le 5 juin 2026Depuis le 5 juin 2026
Tarif de rachat du surplus (moins de 9 kWc)environ 4,00 c€/kWh1,1 c€/kWh
Tarif de rachat en vente totale (9 à 36 kWc)environ 8,05 c€/kWh1,1 c€/kWh
Prime à l’autoconsommationjusqu’à 120 €/kWcsupprimée
Durée du contrat20 ans20 ans, indexé 2 % par an

Cette révision ne remet pas en cause l’intérêt du solaire, mais elle en change profondément la logique économique. Revendre son surplus à EDF ne rapporte plus grand-chose. Ce qui reste rentable, c’est de consommer soi-même le maximum d’électricité produite, plutôt que de compter sur une recette de revente devenue quasi symbolique.

Ce que cela change concrètement pour un foyer qui installe des panneaux solaires

Prenons un cas type : une maison équipée d’une installation de 6 kWc, facturée environ 10 900 euros TTC. Avant juin 2026, une partie de la rentabilité venait de la revente du surplus non consommé, autour de 4 à 8 centimes par kWh, complétée par la prime à l’autoconsommation. Depuis juin, cette source de revenu a quasiment disparu. La rentabilité de l’installation dépend donc presque entièrement de la part d’électricité autoconsommée, c’est-à-dire consommée au moment même où elle est produite, en général en milieu de journée.

C’est là que la canicule change la donne dans le bon sens pour les foyers équipés. Un climatiseur ou une pompe à chaleur réversible tourne justement le plus fort en pleine journée, au moment où la production solaire est à son maximum. Chaque kWh solaire autoconsommé pour faire tourner la climatisation évite d’acheter cette électricité au tarif réglementé, passé à 0,2001 euro le kWh depuis le 1er août 2026, voire de la payer au prix spot en cas de tension sur le réseau. À l’inverse, un foyer qui climatise surtout en soirée, quand le soleil décline, profite beaucoup moins de sa propre production et reste exposé aux pics de prix comme celui observé le 24 juin. Pour rentabiliser une installation dans ce nouveau cadre tarifaire, il devient donc plus déterminant que jamais de caler ses usages, climatisation, lave-linge, recharge de véhicule électrique, sur les heures de production solaire, voire d’envisager une batterie de stockage pour lisser la consommation jusqu’en soirée.

Des carnets de commandes pleins, mais jusqu’à quand

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Malgré cette baisse de rémunération, la demande ne s’effondre pas. Les carnets de commandes de nombreux installateurs restent bien remplis, y compris en plein été, ce qui traduit un phénomène d’anticipation : une partie des acheteurs préfère avancer son projet plutôt que de risquer des conditions encore moins favorables l’an prochain. Ce climat d’incertitude n’est pas propre à la France. En Allemagne, le futur cadre réglementaire EEG 2027 et le paquet réseau attendu à la rentrée suscitent une opposition croissante de la part des professionnels et de plusieurs Länder, qui redoutent des pertes d’emplois importantes dans la filière si le texte n’est pas revu. Ce climat attentiste, où certains acteurs accélèrent leurs projets pendant que d’autres temporisent en attendant d’y voir plus clair, se retrouve dans plusieurs pays européens confrontés à la même équation : une électricité plus chère à produire de façon conventionnelle, mais des soutiens publics au solaire de plus en plus rabotés.

Ailleurs dans le monde, la même prudence face aux prochains mois

Les États-Unis et l’Inde vivent une dynamique comparable, avec des conséquences qui peuvent, à terme, se répercuter jusque sur les prix européens. Début août 2026, le gouvernement américain a instauré des prix minimums à l’importation ainsi que des droits de douane supplémentaires sur le polysilicium et d’autres produits photovoltaïques venus de Chine, des mesures qui doivent entrer en vigueur le 4 décembre 2026. À court terme, cette annonce a provoqué un afflux de produits chinois vers le marché américain avant l’échéance, gonflant les stocks disponibles. L’Inde envisage des mesures de protection similaires pour son industrie nationale, ce qui pourrait, là aussi, accélérer les importations dans les prochains mois et créer des tensions localisées sur l’approvisionnement, avant la fin de l’année.


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