Géoénergie : Attal veut doubler les investissements dès 2027

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En pleine vague de chaleur, Gabriel Attal a fait de la géoénergie la vitrine de sa nouvelle stratégie économique et climatique. Le secrétaire général de Renaissance s’est rendu jeudi 25 juin au siège d’Optic 2000 à Clamart, dans les Hauts-de-Seine, pour défendre un développement massif de cette technologie capable de chauffer l’hiver et de rafraîchir l’été en puisant l’énergie du sous-sol. Son objectif affiché : doubler dès 2027 les investissements consacrés à cette filière encore marginale en France. Une ambition qui intervient alors que la chaleur représente une part énorme de notre consommation énergétique, mais reste dominée par les énergies fossiles.

Une visite symbole dans une France en surchauffe

Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Le siège d’Optic 2000, un bâtiment de plus de 12 000 m² abritant bureaux et atelier pour environ 450 salariés, fonctionne depuis 2022 grâce à une solution de géoénergie déployée par Celsius Energy, filiale de SLB. Le système capte l’énergie du sol jusqu’à 200 mètres de profondeur pour assurer chauffage et rafraîchissement. Résultat concret mis en avant lors de la visite : une réduction de 71 % des émissions de CO2 et une baisse d’environ 38 % de la consommation d’énergie par rapport à l’ancien système composé de chaudières à gaz et de groupes froids.

En se rendant sur place au moment où le pays traverse un épisode caniculaire intense, Gabriel Attal entend démontrer que la transition climatique n’est pas un coût mais un levier de performance et d’indépendance énergétique. La séquence s’inscrit dans son document programmatique « Pour une nouvelle donne économique et climatique », qui défend une « écologie du contrat » associant entreprises, salariés et pouvoirs publics, par opposition à ce qu’il décrit comme un « backlash » anti-climatique. Il faut toutefois rappeler que cette feuille de route émane du parti Renaissance, et non du gouvernement en exercice : l’engagement de doubler les investissements relève donc d’une proposition politique, pas encore d’une enveloppe budgétaire votée.

La géoénergie, une ressource sous-exploitée malgré un potentiel énorme

Derrière le terme de géoénergie se cache ce que les professionnels appellent la géothermie de surface, c’est-à-dire l’exploitation de la chaleur contenue dans les 200 premiers mètres du sous-sol, couplée à une pompe à chaleur géothermique. Cette ressource présente un atout rare : elle est locale, disponible en continu, pilotable, et fonctionne aussi bien pour produire du chaud que du froid. Selon le BRGM, elle est exploitable sur plus de 90 % du territoire et pourrait couvrir au moins 70 % des besoins thermiques d’un bâtiment ou d’un procédé industriel.

Le paradoxe est que cette énergie reste très peu déployée. La chaleur pèse environ 43 % de la consommation finale d’énergie en France, mais elle est encore produite à 60 % à partir d’énergies fossiles importées. Dans ce total, la géothermie ne représente qu’autour de 1 % de la chaleur produite. En 2024, on comptait 214 210 pompes à chaleur géothermiques de surface en fonctionnement, pour une production de 4,8 TWh, soit 2,7 % de la chaleur renouvelable totale. Le contraste avec les pompes à chaleur aérothermiques est saisissant : on installe chaque année quelques milliers de modèles géothermiques individuels contre plusieurs centaines de milliers de PAC air-eau. La géoénergie souffre d’un coût d’investissement initial plus élevé, de procédures administratives lourdes et d’un nombre encore restreint d’entreprises qualifiées pour le forage.

Des objectifs publics déjà ambitieux que cette annonce vient renforcer

L’annonce de Gabriel Attal s’inscrit dans une trajectoire déjà tracée par les pouvoirs publics, qu’elle propose d’accélérer. La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie fixe l’objectif de multiplier par quatre la production de chaleur géothermique d’ici 2035. Concrètement, les cibles sont les suivantes pour la chaleur renouvelable issue de la géothermie de surface :

  • 10 TWh en 2030, soit un doublement par rapport au niveau actuel
  • 15 à 18 TWh en 2035

Pour la géothermie profonde, exploitée jusqu’à plusieurs milliers de mètres pour alimenter les réseaux de chaleur, l’objectif se situe entre 6 et 8 à 10 TWh. À plus long terme, le BRGM estime qu’un déploiement à grande échelle de la géothermie de surface dans toutes les régions pourrait générer environ 90 TWh par an d’ici une vingtaine d’années, une quantité qui changerait l’échelle de la décarbonation du chauffage.

L’État a déjà engagé plusieurs leviers en ce sens : un plan d’action national géothermie, sept mesures de simplification annoncées en 2025 pour les projets sous 2 mégawatts, et un soutien financier via le Fonds chaleur de l’ADEME, dont les demandes de subvention ont atteint un niveau record de 1,5 milliard d’euros au premier trimestre 2026. La filière réclame de son côté de la visibilité et de la stabilité dans les soutiens publics, condition jugée indispensable pour passer à l’échelle industrielle.

Ce qu’il faut retenir pour les entreprises et les collectivités

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Pour les acteurs du bâtiment tertiaire, des collectivités et de l’industrie, le message politique est clair : la géoénergie est appelée à sortir de la confidentialité. L’exemple d’Optic 2000 montre qu’une installation hybride, combinée à un système existant et pilotée intelligemment, permet d’absorber les pics de chaleur tout en réduisant durablement la facture énergétique et l’empreinte carbone. La durée de vie d’une telle installation se compte en décennies, ce qui en fait un investissement de long terme, particulièrement pertinent à l’heure où les épisodes caniculaires se multiplient et où la climatisation classique pèse de plus en plus sur le réseau électrique.

Reste la question centrale du financement et du calendrier. Doubler les investissements dès 2027 supposerait un effort public et privé considérable, alors que la filière manque encore de foreurs qualifiés et que les délais administratifs freinent de nombreux projets. L’annonce de Gabriel Attal a le mérite de remettre une énergie discrète au centre du débat. Son passage à l’acte dépendra toutefois des arbitrages budgétaires à venir et de la capacité de la filière à monter en puissance dans les prochaines années.


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